jeudi 20 août 2020

La Société suisse d'orthopédie et de traumatologie

La Société suisse d'orthopédie et de traumatologie


Mariama Kaba


BHMS
2020


L’histoire de swiss orthopaedics décrit les réalisations et les défis de l’orthopédie suisse depuis les années 1990. C’est aussi l’histoire du contexte mouvant de la politique sanitaire et de la montée en puissance des sous-spécialisations chirurgicales des trois dernières décennies.

La maladie comme métaphore

Illness as Metaphor in the Latin Middle Ages

Call for papers


Leeds International Medieval Congress 2021


The session seeks to provide a forum for scholars to reflect on the variation and functions of metaphors of illness in the Latin writing of the Middle Ages. We encourage papers that investigate how the imagery of morbus, pestilentia, gangraena etc. structured individual experience and how it shaped self-knowledge and practices of communities. We invite original contributions that critically examine the role that Latin metaphors of illness played in medieval discourse as a tool of explaining reality and as a rhetorical device used to impose specific world views.




… et sermo eorum ut cancer serpit

(2 Tim 2:17)

Susan Sontag hoped her thought-provoking essay Illness as Metaphor (1978) to contribute to the „elucidation (…) and liberation” from metaphors in both social attitudes to illness and its individual experience. Although we can hardly think our existence without resorting to metaphorical language, critical analysis may help to understand how and to what extent the contemporary discourse is shaped by the historical figures of disease. This seems all the more important as this imagery will certainly stay with us in the post-pandemic world.

The session seeks to provide a forum for scholars to reflect on the variation and functions of metaphors of illness in the Latin writing of the Middle Ages. We encourage papers that investigate how the imagery of morbus, pestilentia, gangraena etc. structured individual experience and how it shaped self-knowledge and practices of communities. We invite original contributions that critically examine the role that Latin metaphors of illness played in medieval discourse as a tool of explaining reality and as a rhetorical device used to impose specific world views.

Questions we would like to suggest include, but are not limited to:
  • What was the scope of the metaphors? Which fields of individual experience and social life in the Middle Ages were particularly represented in terms of illness?
  • What are the sources, prototypical examples and creative uses of the figures of disease in medieval Latin texts?
  • How did the use of metaphors vary across text genres, times and space?
  • To what aims did medieval Latin writers employ metaphors of illness? What was their role in persuasive writing (religious and political polemics, preaching etc.)?• Could metaphorical discourse shape social attitudes in the Middle Ages? Which aspects of the reality did medieval metaphors highlight and which did they hide?
  • How was the imagery of disease employed in explaining natural and social phenomena? What was its role in structuring individual (religious, emotional etc.) experience?


Submission Guidelines

Please submit abstracts of no more than 300 words to Krzysztof Nowak (krzysztof.nowak@ijp.pan.pl)
by the 10th of September 2020

Unfortunately, the project cannot cover congress fees or expenses incurred by the session participants.

Session Sponsor
Project eFontes. The electronic corpus of Polish medieval Latin (https://scriptores.pl/efontes)

Session Organizer
Krzysztof Nowak, Department of Medieval Latin Institute of Polish Language (Polish Academy of Sciences)

mercredi 19 août 2020

Histoires d'épidémies en temps de Covid-19

Histories of epidemics in the time of COVID‐19

Centaurus, Volume 62, Issue 2, May 2020


Issue Edited by: Erica Charters & Koen Vermeir

Editorial: Doing history in the time of COVID ‐19
Koen Vermeir


SPOTLIGHT ISSUE: HISTORIES OF EPIDEMICS IN THE TIME OF COVID‐19

The history of science and medicine in the context of COVID ‐19

Erica Charters
Richard A. McKay

Emerging diseases, re‐emerging histories

Monica H. Green

Layers of epidemy: Present pasts during the first weeks of COVID‐19 in western Kenya

P. Wenzel Geissler
Ruth J. Prince

Chinese state and society in epidemic governance: A historical perspective

Angela Ki Che Leung

The invisible enemy: Fighting the plague in early modern Italy

John Henderson

Authority, autonomy and the first London Bills of Mortality

Kristin Heitman

Rethinking the history of plague in the time of COVID ‐19

Nükhet Varlık

“Bosom vipers”: Endemic versus epidemic disease

Margaret Pelling

Quarantine, cholera, and international health spaces: Reflections on 19th‐century European sanitary regulations in the time of SARS‐CoV ‐2

Benoît Pouget

Asian tigers and the Chinese dragon: Competition and collaboration between sentinels of pandemics from SARS to COVID‐19

Frédéric Keck

A historical and political epistemology of microbes

Flavio D'Abramo
Sybille Neumeyer

It wasn't supposed to be a coronavirus: The quest for an influenza A(H5N1 )‐derived vaccine and the limits of pandemic preparedness

Brian Dolan

Science, demons, and gods in the battle against the COVID ‐19 epidemic

Florence Bretelle‐Establet

How to have narrative‐flipping history in a pandemic: Views of/from Latin America

Anne‐Emanuelle Birn

COVID‐19, history, and humility

David S. Jones

Les données médicales

Données médicales

Appel à contributions


La revue Histoire, médecine et santé lance un appel à contributions pour un dossier thématique portant sur les données médicales. Le big data s’est aujourd’hui imposé dans le champ de la santé : les données en grand nombre sont mobilisées dans la recherche biomédicale, pour diagnostiquer la maladie ou bien envisager un traitement. Nous aimerions que ce numéro thématique questionne la notion de données médicales dans un temps long, en partant du principe qu’elles constituent tous les éléments mobilisés par les soignant·e·s et les chercheurs/euses pour appréhender l’état de santé des individus et leurs éventuelles pathologies. Il s’agit notamment de réfléchir aux mécanismes de pouvoir sur les corps produits par un regard médical fondé sur l’élaboration de données sérielles et d’investiguer la manière dont elle façonne les savoirs médicaux et la définition même des pathologies.


Argumentaire

Le big data s’est aujourd’hui imposé dans le champ de la santé : les données en grand nombre sont mobilisées dans la recherche biomédicale, pour diagnostiquer la maladie ou bien envisager un traitement. Elles répondent aussi à des logiques comptables (gestion des établissements de santé notamment) et s’insèrent plus largement dans des marchés (industries technologiques et pharmaceutiques, assurances) très concurrentiels. Les données médicales, hautement convoitées, se monnayent à travers le monde et portent à questionner les modèles économiques, mais aussi scientifiques, qui les sous-tendent.

De nos jours, le paradigme du grand nombre entraîne un renouvellement des représentations médicales du corps (qui se voit fragmenté en autant de données comparables et agençables à merci) et de la relation thérapeutique. L’avènement de la médecine dite personnalisée, de l’intelligence artificielle et de ses dispositifs algorithmiques s’accompagne effectivement de nouveaux imaginaires et rhétoriques soignantes. Ces dernières s’appliquent à déployer un discours prophétique sur les découvertes scientifiques à venir, sur la capacité des sciences à repousser les maladies et même la mort, à renforcer et normaliser les corps ; l’idée d’une médecine toute puissante, en somme. La « vérité » des corps et la résolution de leurs troubles ne se trouveraient que dans ce qui est pensé comme une double objectivation : traitement de données quantitativement nombreuses et réalisation de l’exercice par une machine non douée d’affects.

Nous nous proposons de revenir sur ces rhétoriques médicales, de saisir ces promesses intellectuelles et techniques dans le temps long, en les articulant aux relations thérapeutiques qu’elles induisent. En investissant d’une part les imaginaires soignants, et d’autre part la place des individus souffrants, nous souhaitons enquêter sur les césures que génère l’émergence des données médicales en grand nombre, comme sur les très fortes permanences, jusqu’aux discours contemporains, de l’idée d’un « progrès » nécessairement obtenu par une mise à distance, de plus en plus importante, de la médiation humaine, pour saisir les corps et leurs pathologies.

Nous aimerions plus particulièrement que ce numéro thématique questionne la notion de données médicales dans un temps long, en partant du principe qu’elles constituent tous les éléments mobilisés par les soignant·e·s pour appréhender l’état de santé des individus et leurs éventuelles pathologies. Il s’agit notamment de réfléchir aux mécanismes de pouvoir sur les corps produits par un regard médical fondé sur l’élaboration de données sérielles et d’investiguer la manière dont elle façonne les savoirs médicaux et la définition même des pathologies.

Diverses pistes de recherche pourront être explorées :

Définitions et élaboration d’une donnée médicale : quels sont, au fil des siècles, les éléments corporels ou psychiques observés et évalués par les soignant·e·s ? Comment passe-t-on de l’expérience du corps malade à l’énonciation d’une pathologie singulière ? Comment s’élabore une donnée, des approches sensualistes aux dispositifs techniques ? Quels sont les méthodes et contextes de recensement, mais aussi les processus d’objectivation du corps ? Quelle place pour les perceptions des souffrant·e·s et leurs mises en récit ?

Données et paradigmes : quels rapports aux données les médecines idiosyncratiques, holistiques, personnalisée ou encore prédictive ont-elles élaborés ? Quelles évolutions notables dans les représentations du corps et de la santé sont décelables ?

Formes des données : sous quelles formes les données sont-elles élaborées ? Quels codages nécessitent-elles pour être appréhendées et comparées ? Quelles en sont les incidences sur leurs mobilisations et leur traitement ?

Mise en série : l’approche sérielle, au cœur des données en grand nombre, invite à explorer la notion de « cas » et ses possibles mises en série, mais aussi à revenir sur les rationalités à l’œuvre. Quelles intelligences mobiliser pour saisir les données ? Quelle est la place des soignant·e·s face aux données, comment les faire parler ? La machine algorithmique induit-elle une disqualification des capacités d’observation et d’analyse des soignant·e·s, simples exécutant·e·s « éclairé·e·s » des diagnostics ou traitements proposés ?

Patient·e·s : Quelle place des malades, et plus largement des individus, dans ces dispositifs ? Que faire de l’expérience sensible et individuelle des malades : est-elle une donnée et comment est-elle traduite ? Quelles collaborations sont demandées aux souffrant·e·s ? Quelles capacités de négociation ont les malades face aux données ? Quelles sont les incidences sur la relation thérapeutique ?

Utilisation des données médicales : comment et dans quels domaines les données médicales peuvent-elles servir en dehors du champ du soin ? Quelles ont été les mobilisations de ces données dans le domaine économique, social, politique, militaire… ? À qui appartiennent-elles et par quels dispositifs sont-elles devenues monnayables ?

Des contributions relevant de ce thème, mais davantage destinées à la présentation critique de sources, textuelles et/ou iconographiques, pourront également être proposées pour la section « Sources et documents » de la revue.

Histoire, médecine et santé publie des articles aussi bien en français qu’en anglais et en espagnol. Les propositions de contributions pour la section « Sources et documents » peuvent être soumises dans une de ces trois langues, mais la publication imprimée de ces textes se fera exclusivement en traduction française ; en revanche, la version numérique pourra être bilingue.


Modalités de contribution

Les travaux proposés ne devront pas excéder 45 000 signes (espaces comprises) pour les articles, 10 000 pour les textes de présentation de sources. Ils devront être adressés
jusqu’au 15 décembre 2020

à Céline Barthonnat (celine.barthonnat [@] cnrs.fr).

Pour toute question d’ordre scientifique sur cet appel, vous pouvez joindre Hervé Guillemain (herve.guillemain [@] univ-lemans.fr) ou Nahema Hanafi (nahema.hanafi [@] univ-angers.fr).

Les consignes sont disponibles sur le site de la revue, à l’adresse suivante : https://journals.openedition.org/hms/757.


Responsables du numéro
Émilie Bovet, Maître d'enseignement HES, Haute École de Santé Vaud (HESAV), Lausanne ;
Hervé Guillemain, Professeur des Universités, Le Mans Université - TEMOS UMR 9016 CNRS ;
Nahema Hanafi, Maîtresse de conférences, Université d’Angers - TEMOS UMR 9016 CNRS.

Modalités d'évaluation

Le comité de rédaction, composé d’enseignant·e·s-chercheur·e·s et de jeunes chercheur·e·s, sélectionne les articles avant de les envoyer à deux évaluateurs/trices anonymes. Les articles peuvent être : acceptés en l’état, acceptés sous réserve de modifications, refusés.


mardi 18 août 2020

Folie, famille et pouvoir psychiatrique dans la France du 19e siècle

Institutionalizing Gender. Madness, the Family, and Psychiatric Power in Nineteenth-Century France


Jessie Hewitt

Cornell University Press
2020

Institutionalizing Gender analyzes the relationship between class, gender, and psychiatry in France from 1789 to 1900, an era noteworthy for the creation of the psychiatric profession, the development of a national asylum system, and the spread of bourgeois gender values.

Asylum doctors in nineteenth-century France promoted the notion that manliness was synonymous with rationality, using this "fact" to pathologize non-normative behaviors and confine people who did not embody mainstream gender expectations to asylums. And yet, this gendering of rationality also had the power to upset prevailing dynamics between men and women. Jessie Hewitt argues that the ways that doctors used dominant gender values to find "cures" for madness inadvertently undermined both medical and masculine power—in large part because the performance of gender, as a pathway to health, had to be taught; it was not inherent.Institutionalizing Gender examines a series of controversies and clinical contexts where doctors' ideas about gender and class simultaneously legitimated authority and revealed unexpected opportunities for resistance.

Thanks to generous funding from the Andrew W. Mellon Foundation, through The Sustainable History Monograph Pilot, the ebook editions of this book are available as Open Access volumes from Cornell Open (cornellopen.org) and other repositories.

Imaginaires cinématographiques de la peau

Imaginaires cinématographiques de la peau

Appel à contributions


Projet d’ouvrage collectif (dir. Diane Bracco)


À la fois limite, surface et « enveloppe nécessaire » (Mimoun, 2006), la peau se montre et se dissimule. Elle s’inscrit à cet égard tout autant dans le champ du visible que du palpable. La dermatologie elle-même s’impose comme science de la visualisation et entretient un rapport étroit avec l’iconographie : c’est notamment par le biais d’images médicales que les étudiants de la discipline apprennent à détecter les affections de l’épiderme et à appréhender celui-ci comme lieu de symptômes. Plus largement, la peau en tant que terrain de manifestations et d’inscriptions visibles se situe à l’intersection de différents domaines – médecine, psychanalyse, arts, sémiologie, sociologie, anthropologie, histoire du corps et de ses représentations – qui la chargent de sens, de valeurs, de connotations. Les théorisations dont elle a fait l’objet ont abouti à l’émergence de concepts clés, à l’instar de la métaphore psychanalytique du Moi-peau (Anzieu, 1985), qui l’assimile à un contenant unifiant, barrière protectrice du psychisme nécessaire à la représentation du Soi. Ce rôle de contour démarcateur, qui sépare autant qu’il met en relation, peut aussi être rattaché aux réflexions sur la peau envisagée comme entre-deux, comme passage du dedans vers le dehors, du dessous (la chair) vers le dessus (la surface), lieu de transit entre le « corps interne », dissimulé, et le « corps externe », apparent (Singer-Delaunay, 2011). Ces questions de représentation et de visibilité / invisibilité, justement, se révèlent centrales dans l’appréhension d’un médium tel que le cinéma, qui, en raison de sa nature visuelle et de la présence corporelle des acteur.rice.s, offre une place essentielle aux images des anatomies et des peaux. Dans le prolongement des travaux menés sur le corps au cinéma (Aumont, Bellour, Brenez, Game, Grunert, Marks, Roques…), ce sont précisément les imaginaires épidermiques forgés par le septième art international que nous entendons interroger ici.

Au cinéma comme en photographie, la peau est fragment de réel capturé par l’objectif et manipulé comme matière première de la figuration humaine. À l’écran, elle s’offre immédiatement au regard à travers les visages et les corps que la caméra encadre, découpe métaphoriquement, saisit dans le mouvement aussi bien que dans l’immobilité. Elle devient matériau filmique doté d’une grande plasticité et décliné en un large spectre de colorations, de textures, de surfaces, lisses, indéterminées ou bien accidentées, marquées des stigmates porteurs de l’individualité du sujet filmé. Sa nature de frontière fait aussi de la peau une zone de contact et d’échanges avec l’autre, un aspect primordial, notamment, dans les traitements filmiques de la sensualité et des sexualités (cinémas charnels, érotisme, pornographie). De même, elle est interface avec le monde, avec la société, et, à ce titre, revêt une évidente dimension identitaire. Comme le rappellent Priska Morrissey et Emmanuel Siety dans l’introduction de Filmer la peau (2017), la carnation constitue dans l’histoire du cinéma un instrument de désignation visuelle de groupes ethniques et, par conséquent, un incontournable référent culturel, idéologique et politique. Ce dernier s’est modelé au gré de l’évolution des techniques (matériel de prise de vues, éclairages, étalonnage…), inévitablement orientées par la composition ethnique dominante du marché visé. On pourra s’interroger sur le rapport entre la représentation des couleurs de peau dans leur diversité et, par exemple, dans le cas du cinéma caucasien, la suprématie à l’écran d’un supposé « idéal » blanc (whiteness). Les problématiques idéologiques posées par la coloration de la peau sont ainsi abordées par certains classiques de la production étatsunienne, qui fondent en partie leur trame narrative sur la non-coïncidence entre la carnation et l’appartenance ethnique et sociale qu’elle est censée dénoter (Pinky d’Elia Kazan ; Band of Angels de Raoul Walsh ; Shadows de John Cassavetes). Plus récemment, certaines réalisations ont œuvré à redessiner les frontières de ces cartes mentales en démarginalisant l’image et le point de vue de groupes minoritaires, à travers des écritures auctoriales ayant séduit critique et public (Moonlight de Barry Jenkins ; Do the Right Thing de Spike Lee ; Get Out et Us de Jordan Peele…).

Parce qu’elle se voit mais se dérobe aussi à la vue, la peau s’inscrit également dans le champ de l’esthétique. Ses mises en images participent de régimes filmiques qui peuvent pencher du côté du désir aussi bien que de celui de la sidération, voire de la répulsion. Organe du corps le plus subtilement singularisé, elle peut paradoxalement se faire oublier pour laisser l’œil appréhender le visage, voire l’individu dans son entier. Aux antipodes des peaux gommées, lissées par les artifices de la machine cinéma, certaines surfaces épidermiques exhibent leurs aspérités, leurs pores, leurs sécrétions, les marques du temps qui passe, rides, acné (Les Beaux gosses de Riad Sattouf), taches, dermatoses, plaies ou cicatrices, indices d’une étrangeté, d’une fascinante « anormalité » (Le Dos rouge d’Antoine Barraud ; Nos traces silencieuses de Myriam Aziza et Sophie Bredier ; Crash de David Cronenberg ; Edward Scissorhands de Tim Burton). À travers eux, la peau fait signe : voie d’accès à l’intime, elle affiche les émotions, les humeurs, les passions de l’être ; elle suggère un vécu, elle peut révéler un débordement, dire une « blessure identitaire » (Le Breton, 2003). Plus extrêmes, la défiguration et la brûlure ont aussi été explorées par maints cinéastes, associées à une expérience intérieure de désespoir et/ou à un parcours de résilience, qu’elles soient le fruit d’une malformation congénitale (The Elephant Man de David Lynch ; Pieles d’Eduardo Casanova), d’un accident (Abre los ojos d’Alejandro Amenábar et son remake Vanilla Sky de Cameron Crowe ; Sauver ou périr de Frédéric Tellier), d’une agression (Dirty God de Sacha Polak) ou d’un acte autodestructeur (Balada triste de trompeta d’Álex de la Iglesia). Les isotopies qui se trament dans ces cinémas de l’incarnation incluent quelquefois le motif du masque, qui interroge la porosité des frontières entre humanité et monstruosité (Phantom of the Paradise de Brian de Palma) et se confond avec la peau (Les Yeux sans visage de Georges Franju), devenant lui-même matière monstrueuse (le masque-peau vert de The Mask de Chuck Russel ; le masque du tueur fait de lambeaux de chair dans The Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper). De même, la seconde peau suggérée par certains costumes près du corps (Batman Returns de Tim Burton) peut signifier l’inachèvement et les mutations constantes de l’anatomie humaine, laquelle est même niée quand l’épiderme devient invisible (The Invisible Man de James Whale et ses versions ultérieures). Lorsqu’elle n’est pas organe cybernétique ou enveloppe à retirer comme un vêtement dans l’univers de la science-fiction (ExistenZ de David Cronenberg, Under the Skin de Jonathan Glaze), ce tissu vivant et malléable fascine les scientifiques et assassins de l’écran, se prêtant à toute sorte d’expérimentations transgéniques et autres manipulations démiurgiques (descendance cinématographique de Frankenstein ; La piel que habito de Pedro Almodóvar ; The Silence of the Lambs de Joanthan Demme). Dans cette démarche à la fois destructrice et créatrice, elle est matière à coudre, mais aussi support calligraphique (The Pillow Book de Peter Greenaway) et iconographique, comme en témoigne la représentation filmique des inscriptions tégumentaires où se mêlent enjeux esthétiques, identitaires et mémoriels. Les tatouages et scarifications peuvent ainsi apparaître comme les signes distinctifs d’une caste (Eastern Promises de David Cronenberg), d’un gang (La vida loca de Christian Poveda, Sin nombre de Cary Fukunaga, Skin de Guy Nattiv), d’une ethnie (One Were Warriors de Lee Tamahori), ou être utilisés comme stratégie de fixation d’une histoire individuelle (Memento de Christopher Nolan).

Les modes de filmage de ces multiples peaux, sublimées, altérées, agressées, ornementées, reflètent une volonté d’observer les corps à la loupe, au point que l’image cinématographique semble déborder sur le spectateur : il est sensoriellement impliqué dans le film, gagné par l’illusion qu’il peut palper les épidermes et sonder la géographie intime de l’humain. Les cadrages resserrés attribuent aux anatomies une matérialité organique qui relève de la fonction haptique (Riegl, 1978 ; Deleuze, 1981) et offre à l’œil un toucher métaphorique. Ce concept ouvre la voie à une riche réflexion sur les correspondances entre la peau et l’écran, la texture de l’épiderme et celle de l’image, le corps humain et celui du film, ou encore la peau comme texte et le texte filmique, problématiques qui sous-tendent un grand nombre de productions génératrices de métadiscours sur le langage et le dispositif cinématographiques.

Ce cadrage n’est bien sûr pas exhaustif mais vise à donner quelques pistes d’analyse pour un projet de publication qui ambitionne d’étudier les enjeux esthétiques, techniques et éthiques de la figuration de la peau au cinéma, un sujet encore relativement peu étudié. Afin de refléter la pluralité des imaginaires épidermiques dans l’histoire du septième art, l’ouvrage réunira des articles portant sur diverses traditions cinématographiques, époques et aires géographiques/culturelles. Il s’intéressera aussi bien à la production mainstream et aux films de genre qu’aux réalisations plus confidentielles et au cinéma d’auteur. Il privilégiera l’hétérogénéité des approches : histoire du corps, histoire du cinéma, analyse filmique, sémiologie du cinéma, narratologie, sociologie, perspectives techniques et industrielles…

Les articles pourront ainsi aborder les problématiques suivantes : 
  • La peau comme entre-deux ; variations sur la frontière ; transactions entre l’intime et le monde extérieur. 
  • Le rapport au temps : la peau comme marque d’une trajectoire, surface où s’imprime l’histoire de l’individu ; traces indélébiles de l’existence. 
  • Dialectiques visibilité / invisibilité, montrer / cacher.
  • Couleurs de peau à l’écran : enjeux socio-culturels, idéologiques et politiques de leurs représentations.
  • Problématiques esthétiques ; reconfigurations de la dialectique beau / laid.
  • Questions de la norme et de la monstruosité.
  • Thèmes du masque et de la seconde peau (combinaison, justaucorps, body, costume organique…).
  • Cicatrices, coutures, interstices : signes d’un inachèvement, d’une transformation.
  • La peau et le post-humain
  • Filmer les textures et le recouvrement tégumentaire / la peau comme support textuel ou artistique (maquillage, calligraphies, tatouages, scarifications…). 
  • Cinémas de chair : approches cliniques du corps ; érotisme ; pornographie. 
  • Tissu épidermique et texture filmique : concomitance entre peau et image cinématographique, entre organisme humain et corps filmique ; analyse des mécanismes métadiscursifs.
  • Travail sur le rendu de la peau à l’écran : étude des dispositifs techniques (caméra, pellicules, filtres, cosmétiques, prothèses, éclairages, émulsions photosensibles, étalonnage…) et technologiques (passage de l’argentique au numérique, images de synthèse) / professions sollicitées (directeur.ice.s de la photographie, maquilleur.se.s, étalonneur.se.s).
Modalités de soumission

Les articles seront rédigés en français et ne dépasseront pas 35 000 signes (espaces compris). Ils devront être envoyés à Diane Bracco
le 18/12/2020 au plus tard

à l’adresse mail suivante : diane.bracco@unilim.fr

Il appartient aux auteur.ice.s de s’assurer de l’obtention des droits pour la publication des images.

Comité scientifique
Jean-Paul Aubert (Université Nice Sophia Antipolis)
Nancy Berthier (Université Paris-Sorbonne)
Bénédicte Brémard (Université de Bourgogne)
Claude Forest (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
Camille Gendrault (Université Bordeaux-Montaigne)
Laurent Jullier (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
Sylvie Roques (EHESS)
Emmanuel Siety (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
Georges Vigarello (EHESS)
Bertrand Westphal (Université de Limoges)


Bibliographie indicative

ANZIEU, Didier, Le Moi-peau (1985), Paris, Dunod, 2ème édition revue et augmentée, 1995.

ARDENNE, Paul, L’Image corps. Figures de l’humain dans l’art du XXème siècle, Paris, Éd. du Regard, 2010.

ASSELIN, Olivier, Un cinéma-peau. La question de l’immersion dans les promenades de Janet Cardiff, Presses Universitaires de Rennes, 2019.

AUMONT, Jacques (coord.), L’Invention de la figure humaine. Le cinéma : l’humain et l’inhumain, Conférences du Collège d’Histoire de l’art cinématographique (1994-1995), Paris, Cinémathèque française, 1995.

BAUDRY, Patrick, Violences invisibles. Corps, monde urbain, singularité, Bègles, Éd. du Passant, coll. « Poches de résistance », 2004.

BELLOUR, Raymond, Le Corps du cinéma : hypnose, émotions, animalités, Paris, P.O.L., coll. « Trafic », 2009.

BRENEZ, Nicole, De la Figure en général et du corps en particulier. L’invention figurative au cinéma, Paris / Bruxelles, De Boeck Université, 1998.

COURTINE, Jean-Jacques (coord.), Les Mutations du regard. Le XXème siècle (Histoire du corps, volume 3), Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 2005.

CRUZ SÁNCHEZ, Pedro A. & HERNÁNDEZ-NAVARRO, Miguel A. (ed.), Cartografías del cuerpo. La dimensión corporal en el arte contemporáneo, Murcia, CendeaC, col. « AdHoc », serie « Seminarios », n° 4, 2004.

DAGOGNET, François, La Peau Découverte, Paris, Les Empêcheurs de tourner en rond, 1993.

DYER, Richard, White, London / New York, Routledge, 1997.

ESQUENAZI, Jean-Pierre, Film, perception et mémoire, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1994.

FINTZ, Claude (éd.), Le Corps comme lieu de métissages, Paris / Budapest / Torino, L’Harmattan, coll. « Nouvelles études anthropologiques », 2007, actes du colloque de Grenoble, décembre 2002.

------------------------, Les Imaginaires du corps en mutation. Du corps enchanté au corps en chantier, Paris, L’Harmattan, « Nouvelles études anthropologiques », 2008, actes du colloque de Grenoble, décembre 2006.

FONTANILLE, Jacques, Corps et Sens, Paris, PUF, coll. « Formes sémiotiques », 2011.

GAME, Jérôme (coord.), Images des corps / corps des images au cinéma, Lyon, ENS éditions, coll. « Signes », 2010.

GARLAND THOMSON, Rosemarie (ed.), Freakery. Cultural Spectacles of the Extraordinary Body, New York, New York University Press, 1996.

GROGNARD, Catherine, Tatouages. Tags à l’âme, Paris, Syros, 1992.

GRUNERT, Andrea, Le Corps filmé, Condé-sur-Noireau, Corlet Publications, coll. « CinémAction », n° 121, 2006.

LE BRETON, David, La Chair à vif : usages médicaux et mondains du corps humain, Paris, Métailié, 1993.

---------------------------, Signes d’identité : tatouages, piercings et autres marques corporelles, Paris, Metailié, 2002.

---------------------------, La Peau et la trace. Sur les blessures identitaires, Paris, Métailié, 2003.

---------------------------, « L’incision dans la chair. Marques et douleurs pour exister », Quasimodo, n° 7, Montpellier, printemps 2003, p. 89-104.

---------------------------, « Tatouages et piercings, un bricolage identitaire ? » in Catherine Halpern (dir.), Identité(s). L’individu, le groupe, la société, Auxerre, Sciences Humaines Éditions, 2016, p. 110-118.

MAERTENS, Jean-Thierry, Ritologiques I. Le dessein sur la peau : essai d’anthropologie des inscriptions tégumentaires, Paris, Aubier Montaigne, coll. « Étranges / Étrangers », 1978.

MARKS, Laura U., The Skin of the Film. Intercultural Cinema, Embodiment, and The Senses, Durham / London, Duke University Press, 2000.

MIMOUN, Maurice, « La quatrième dimension de la peau », Revue française de psychosomatique, 2006/1, n° 29, p. 147-158.

MORRISSEY, Priska & SIETY, Emmanuel, Filmer la peau, Rennes, Prennes Universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire cinéma », 2017.

RICHARDSON, Niall, Transgressive Bodies. Representations in Film and Popular Culture, Farnham / Burlington VT, Ashgate, 2010.

RIEGL, Aloïs, Grammaire historique des arts plastiques : volonté artistique et vision du monde, Paris, Klincksieck, coll. « L’Esprit et les formes », 1978, trad. Eliane Kaufholz.

ROQUES, Sylvie, Dans la peau d’un acteur, Paris, Armand Colin, collection « Dans la peau de », 2015.

ROSENKRANZ, Karl, Esthétique du laid (1853), Belval, Circé, 2004, trad. Sibylle Muller.

ROTH, Lorna, « Looking at Shirley, the Ultimate Norm: Colour Balance, Image Technologies and Cognitive Equity », Canadian Journal of Communication, vol. 34, n° 1, avril 2009, p. 111-136.

SINGER-DELAUNAY, Hélène, « Introduction », Expressions du corps interne : la voix, la performance et le chant plastique, Paris, L’Harmattan, coll. « Arts et sciences de l’art », 2011.

TRIAS, Jean-Philippe, La Nouvelle peau du cinéma (New Skin, installation vidéo de Doug Aitken, 2002), Presses Universitaires de Rennes, 2015.

TRÖHLER, Margrit, « Le paysage au cinéma : L’image, objet ambigu et seconde peau », Figurationen, Juillet 2019, vol. 13, issue 2, p. 65-80.

VERGEZ-SEIJA, Sarah (coord.), La Peau. Un continent à explorer, Paris, Éd. Autrement, coll. « Mutations », n° 240, 2005.

VIGARELLO, Georges & ROQUES, Sylvie, « La Fascination de la peau », Communication 92 (1), 2013, p. 85-97.




lundi 17 août 2020

Une médecine de femmes

Women's Medicine: Sex, Family Planning and British Female Doctors in Transnational Perspective, 1920-70


Caroline Rusterholz

Publisher: Manchester University Press 
ISBN: 9781526149121 
Number of pages: 264 
Dimensions: 216 x 138 mm


Women's medicine highlights British female doctors' key contribution to the production and circulation of scientific knowledge around contraception, family planning and sexual disorders between 1920-70. It argues that women doctors were pivotal in developing a holistic approach to family planning and transmitting it across borders, playing a more prominent role in shaping scientific and medical knowledge than previously acknowledged. Illuminating women doctors' agency in the male-dominated field of medicine, this book reveals their practical engagement with birth control and later family planning clinics in Britain, their participation in the development of the international movement and their influence on French doctors. Drawing on a wide range of archived and published medical materials, Rusterholz sheds light on the strategies British female doctors used and the alliances they made to put forward their medical agenda and position themselves as experts and leaders.


La santé sexuelle des hommes dans l'Angleterre moderne

Cause for Complaint: Men’s Sexual Health in Early Modern England

Online Talk


Date: Wednesday, 19 August, 2020 - 18:00
Cost: Free
The live stream link will be added to this page one hour before the talk is due to begin


Speaker: Dr Jennifer Evans, Senior Lecturer in History, University of Hertfordshire

How did men cope with sexual health issues in early modern England? How did they feel when their bodies failed them?

This talk investigates how sexual, reproductive, and genitourinary conditions were understood. It tells the story of how men responded to bouts of ill health and reveals that physicians and surgeons had to vigorously encourage men to seek help. Men’s responses suggest that healers’ entreaties were not always successful and that male patients could be obstinate, unruly and disobedient.