jeudi 10 décembre 2015

Une histoire sociale des numerus clausus

La hantise du nombre. Une histoire sociale des numerus clausus de médecine


Marc-Olivier Déplaude


Éditeur Les Belles Lettres
Nb de pages 480 p. Index . Bibliographie .
ISBN-10 2-251-43036-9
ISBN-13 978-2-251-43036-2




Entre le début des années 1960 et la fin des années 1990, le nombre de médecins français a connu une croissance sans précédent. Ce livre étudie comment cette évolution a été définie comme un problème par les médecins et les pouvoirs publics, qui ont tenté de la freiner, voire de l'inverser. Dans un premier temps, le livre montre comment les pouvoirs publics ont mis en place des numerus clausus régulant l'accès aux études médicales et aux spécialités, entre la fin des années 1960 et le début des années 1980. Par ce système de quotas, il s’agissait d’éviter un encombrement du corps médical et une dégradation des conditions d’exercice des médecins, mais également de limiter l’accroissement des dépenses de santé et de rationaliser le système de santé. Dans un second temps, le livre étudie comment cette politique malthusienne a été mise en œuvre à partir des années 1980, jusqu’à sa remise en cause à la fin des années 1990 : loin d’avoir réussi à rationaliser l’offre de soins, les pouvoirs publics ont contribué à accroître les disparités internes au système de santé et les inégalités territoriales d’accès aux soins.


Procréation humaine et planning familial au XXe siècle

Faire des enfants ? Procréation humaine et planning familial à l’épreuve de l’évolution des valeurs au XXe siècle


Appel à communications


14-16 avril 2016
Mayence, Allemagne


Aidé par les progrès technologiques et médicaux accomplis au cours du XXe siècle dans le domaine de la contraception, de l’avortement, de la stérilisation et de l’aide médicale à la procréation, l’homme (et, de plus en plus, la femme) des sociétés occidentales s’est progressivement approprié la maîtrise de sa fécondité. Cependant, cette appropriation ne s’est pas déroulée sans heurts. Ainsi, la question de savoir par qui, quand, en quel nombre, dans quelles conditions, dans quel but mettre des enfants au monde, et même si on devrait le faire, a fait l’objet de réflexions individuelles et de conflits sociaux et a pu recevoir, au cours des décennies, des réponses fort différentes. Dans le contexte des vastes transformations sociétales qui ont affecté les domaines de la politique, de l’économie et de la culture, les rapports entre ce qui était faisable, ce qui apparaissait comme souhaitable et ce qui était permis en matière de procréation ont dû être sans cesse renégociés.

C’est sur ce phénomène que souhaite se pencher notre colloque international organisé en avril 2016 à Mayence par le département d’Histoire Contemporaine de l’Université Johannes Gutenberg (dans le cadre d’un projet de recherche intitulé « Les valeurs et leur mutation dans le monde moderne et postmoderne », regroupant plusieurs doctorants et post-doctorants et financé par la Deutsche Forschungsgemeinschaft – équivalent allemand de l’ANR). Ainsi, nous souhaitons réunir toutes les personnes intéressées afin d’examiner ensemble la problématique suivante :

Quels changements les nouvelles possibilités ouvertes par le progrès médical et technologique dans le domaine du contrôle des naissances ont-elles apporté à la pensée, au discours et aux pratiques individuelles et collectives concernant la procréation ? Ces changements, qui ont eu lieu en Europe et aux États-Unis au XXe siècle, peuvent-ils être décrits en termes d'évolution des valeurs? 

De cette problématique découlent un certain nombre de questions qui méritent d’être examinées de près, à la fois sur le long-terme et d’un point de vue transnational :

Tout d’abord, on doit se demander quelles sont ces valeurs : quelles représentations normatives prédominaient quant à la sexualité, la procréation, la grossesse, l’embryon et la naissance et comment se sont-elles transformées ? Comment concevait-on la famille, le fait d’être parent et la sphère privée ? Quel rôle était attribué à la religion, la juridiction et la médecine? Comment voyait-on les rapports entre l’individu et la collectivité ?

Ensuite, il s’avère nécessaire de déterminer la façon dont s’est déroulée cette mutation des valeurs : S’agissait-il d’un développement linéaire et continu ou d’un processus opérant par à-coups et caractérisé par des ruptures et des mouvements contraires ?

Troisièmement, quel a été le rôle des différents acteurs sociaux (politiques, médicaux, économiques, juridiques, religieux, féministes etc.) où comment peut-on identifier leurs intérêts propres sous-jacents ?

Enfin, quels sont les liens entre l’évolution des valeurs sur le plan discursif et la transformation des pratiques sociales (développement des pratiques contraceptives et besoin croissant de recourir à l’aide médicale à la procréation) ainsi que les changements institutionnels (réformes du droit pénal et du droit de la famille…) ?

Notre colloque vise tout particulièrement à prendre en compte la dimension internationale de ce phénomène. Étant donnée l’introduction quasi simultanée de nouvelles possibilités médicales et techniques de régulation des naissances en Europe et aux États-Unis, nous nous proposons, dans une perspective comparatiste, d’examiner dans quelle mesure les réactions ont pris des formes spécifiquement nationales et si l’on peut reconnaître des tendances transnationales.

Sur quels points se ressemblent et s’opposent un pays marqué par le catholicisme comme l’Italie, un État laïque comme la France, un pays de tradition sociale-démocrate et protestante comme la Suède et des pays ayant subi des régimes fasciste ou communiste comme l’Allemagne et la Hongrie?

Quel a été le rôle joué par les acteurs transnationaux dans ce processus d’évolution des valeurs ?

Dans quelle mesure l’évolution des valeurs en matière de procréation a-t-elle été affectée, dans les différents pays, par les mutations sociétales profondes comme la sécularisation, les transformations démographiques et l’émancipation des femmes ?

Nous invitons cordialement tous les intéressés à nous envoyer leur contribution écrite à ce colloque. Vos propositions de communication peuvent se rattacher à l’un ou l’autre des thèmes suggérés ci-dessous ou encore éclairer d’autres aspects de la question.

Champs thématiques possibles 
  • Contraception 
  • Stérilisation 
  • Avortement 
  • Diagnostic prénatal 
  • Aide médicale à la procréation (insémination artificielle, FIV etc.) 

Axes de recherche possibles 
  • Evolution des pratiques procréatrices 
  • Evolution du cadre institutionnel et processus de négociation 
  • Evolution des discours dans les débats publics 
  • Aspects transnationaux 


...
Cadre spatio-temporel 
Époque étudiée : 1920-1990 (environ) 
Délimitation géographique : l’Europe et les États-Unis 

Ce colloque s’adresse aux spécialistes en histoire culturelle, histoire des mentalités, histoire des discours, histoire des mouvements sociaux, histoire de la médecine, histoire des savoirs, histoire du droit…

Modalités de soumission

Nous vous prions de faire parvenir vos propositions de communication sous forme électronique (500 à 700 mots) à Theresia Theuke ttheuke@students.uni-mainz.de) ou à Ann-Katrin Gembries (angembri@uni-mainz.de)
au plus tard le 06 janvier 2016.


Vos frais de déplacement, d’hébergement et de restauration seront pris en charge.

La publication des contributions est prévue.

Comité scientifique 
Andreas Rödder, professeur titulaire et directeur de la section d’histoire contemporaine à l’université Johannes Gutenberg de Mayence (Allemagne). 
Bernhard Dietz, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Johannes Gutenberg de Mayence (Allemagne). 
Ann-Katrin Gembries, doctorante en histoire contemporaine à l’université Johannes Gutenberg de Mayence (Allemagne). 
Theresia Theuke, doctorante en histoire contemporaine à l’université Johannes Gutenberg de Mayence (Allemagne). 

mercredi 9 décembre 2015

Guerre, santé et médecine

Guerre, santé et médecine de la guerre de Crimée au premier conflit mondial

Le mouvement social - Octobre-décembre 2015



Editeur : La Découverte (10 décembre 2015)
Langue : Français
ISBN-10: 2707188034
ISBN-13: 978-2707188038



Ce numéro, dirigé par Jean-François Chanet, Claire Fredj et Anne Rasmussen, place la Grande Guerre dans une moyenne durée ancrée dans les années 1850, inaugurant les conflits " modernes " que caractérisent l'affrontement de combattants nombreux, les effets de la révolution industrielle sur la puissance militaire et les formes nouvelles de violence qui en sont issues. Le désastre sanitaire de la guerre de Crimée (1853-1856), qui constitue jusqu'en 1914 la référence, comme anti-modèle, pour les nations qui y ont pris part, est fondateur pour la réorganisation des services de santé militaires et de la chaîne de soins, mais aussi pour les savoirs sanitaires en matière de " care " et de statistique. La période envisagée voit ainsi s'opérer un basculement entre des guerres où la mortalité des troupes a très majoritairement pour origine les maladies – le constat en est établi en Crimée – et les guerres industrielles du début du xxe siècle. En Mandchourie, dans les Balkans ou sur le territoire français de 1914, la puissance de feu devient la cause majeure de mortalité, tandis que les grandes épidémies sont jugulées, à la faveur de la prophylaxie pastorienne – encore la maladie demeure-t-elle une cause majeure de mortalité dans les guerres coloniales (Madagascar). D'autre part, prendre pour observatoire les interactions entre guerre, santé et médecine permet une réflexion sur la manière dont des moments de crise reconfigurent l'intervention sanitaire, en direction du champ de bataille mais aussi de la société civile. La question sanitaire est perçue comme un risque majeur pour les soldats comme pour les populations civiles : c'est l'idée du " prix pathogénique " de la guerre à payer par les sociétés, des épidémies de variole ou de typhus qui sévissent dans le sillage des troupes durant les années 1860 et 1870, jusqu'à la préemption des ressources médicales au détriment des civils dans la Grande Guerre. La guerre moderne met également à l'épreuve les composantes des dynamiques médicales à l'œuvre depuis le dernier tiers du xixe siècle qui, combinant science médicale, professionnalisation et intervention des gouvernements, a affaire avec la santé publique et l'efficience des ressources humaines destinées au travail et aux forces armées. Les déplacements chronologique et thématique que propose ce numéro spécial s'accompagnent d'un déplacement spatial qui, au-delà de la seule confrontation des puissances européennes observée classiquement dans la Grande Guerre, inclut, en tant qu'éléments déterminants de la formulation de la question sanitaire, les " marges " européennes (guerres balkaniques), les guerres coloniales et les théâtres d'opérations lointains.

Médecine, humanités et sciences sociales

The 8th Annual Medicine and the Humanities and Social Sciences Conference



Call for Papers

Sam Houston State University
College of Humanities and Social Sciences
Huntsville, Texas

March 17-18, 2016


The College of Humanities and Social Sciences at Sam Houston State University invites abstracts for paper and poster presentations on topics related to the intersections between medicine, the humanities, and the social sciences. This interdisciplinary conference, which is open to contributions from all relevant fields, includes plenary sessions, scholarly panels, round tables with community representatives and stakeholders, a full poster exhibition, student sessions, and a student poster competition. 

The aims of the conference are to promote interdisciplinary discussion around contemporary health challenges and to develop networks for future research. Social and behavioral scientists, medical humanities scholars, healthcare professionals, and students interested in careers in healthcare are encouraged to participate in this important conference devoted to examining how social factors facilitate the health and well-being of children and adults across the global community. 

The conference will be held on the campus of Sam Houston State University on March 17-18, 2016. Sam Houston State is located in Huntsville, Texas, about an hour north of Houston’s Intercontinental Airport. 

Conference sessions/topics may include but are not limited to
  • Community Health
  • Health Disparities
  • Health and the Environment
  • History of Medicine
  • Medicalization of Society
  • Medicine and the Arts and Literature
  • Medicine and Ethics
  • Medicine, Globalization, and New Infectious Diseases
  • Medicine, Health, and Society
  • Medicine and Public Policy
  • Medicine: Traditional/folkloric/alternative and Contemporary
  • Medicine and (World) Languages
  • Nutrition and Wellness
  • Political Determinants of Decision-Making in Medicine
  • Preparing Students for the New MCAT
  • Public Health and Prevention
  • The Obesity Epidemic
Oral paper presentations will be twenty minutes in length, with time for questions and discussion afterwards. 

Student researchers will also be able to participate in a poster competition. Students’ posters will be reviewed by the Poster Judging Panel and evaluated according to (1) quality and importance of the scientific or critical question; (2) content: design and methodology; and (3) oral explanation by author(s). In order to be considered for a poster prize, at least one author must be present during the designated poster review session to provide a brief explanation of the research or critical inquiry.

Please submit a paper or poster abstract of between 300 to 500 words with background, objectives, methods, results, and conclusion. Submissions should be received by December 31, 2015. Abstracts will be reviewed by the Abstract Review Committee and evaluated according to importance of the question, content design and methodology, and organization and clarity. Receipt of abstract submissions will be acknowledged via e-mail to the submitting author. After the review process is complete, the author will be notified regarding the acceptance or rejection of her or his abstract. 

Participants must register for the conference by Friday, February 26, 2016, to be included in the official program. Information about registration will be sent to all interested parties.


Please send your abstract electronically to

Medicine and the Humanities and Social Sciences Conference

Abstract Review Committee

Care of Paul W. Child, Program Committee Chair: eng_pwc@shsu.edu


Notes:

Please send a paper and/or poster proposal only if you are reasonably certain that you can attend the conference.

Regrettably, the sponsors cannot fund travel expenses for participants.

We do not publish conference proceedings.

mardi 8 décembre 2015

Maternité et petite enfance en Égypte ancienne

Maternité et petite enfance en Égypte ancienne

Amandine Marshall


Broché: 280 pages
Editeur : LE ROCHER EDITIONS (4 décembre 2015)
Collection : Champollion
Langue : Français
ISBN-10: 2268080323


En Égypte ancienne, le principal rôle que l'on attendait de la femme était celui de mère car il ancrait sa place dans son foyer mais également dans sa communauté. Le désir de maternité pouvait être biologique mais il était avant tout social : l'absence d'héritier entraînait une déconsidération pouvant aboutir à la répudiation. Dieux, magiciens, médecins et revenants étaient donc sollicités afin d'aider l'Égyptienne à devenir enceinte.
La maternité n'était pas sans risque et nombre de tests, prescriptions et autres incantations permettent d'appréhender l'obstétrique telle qu'elle était pratiquée en ces temps reculés. Lorsque les femmes déjouaient la malveillance de Seth, que l'on rendait responsable des fausses-couches, et parvenaient au terme, advenait la naissance attendue et redoutée à la fois. La venue au monde d'un enfant était perçue comme un don des dieux, mais elle ne mettait pas fin à l'inquiétude des parents. On estime, en effet, qu'un tiers des enfants n'atteignait pas l'âge de 5 ans en dépit des efforts conjugués des parents, médecins et magiciens pour les protéger.
Mère et nouveau-né passaient par divers rites de passage qui procédaient de leur (ré-)intégration dans la communauté. Le nourrisson, source de multiples attentions, y occupait toutefois une place à part. Il n'obtenait un véritable statut social que lorsque les menaces (sur)naturelles planant sur sa vie et sa santé étaient enfin écartées, c'est-à-dire lorsqu'il sortait de la petite enfance.
Richement documenté et illustré par quelque 80 planches et dessins, cet ouvrage offre un éclairage inédit sur la maternité et la petite enfance en Égypte ancienne.

(Ré)Appropriation des savoirs

(Ré)Appropriation des savoirs. Acteurs, territoires, processus, enjeux


Appel à communications

Université Paris-Diderot, amphithéâtre Buffon -
15 rue Hélène Brion - Paris, France (75013) 

Malgré des situations asymétriques et de domination parfois très fortes, sur de vastes échelles, le processus de mondialisation ne conduit pas forcément à une uniformisation des savoirs et des savoir-faire : comme l’analyse A. Appadurai, c’est précisément cette tension entre homogénéité et hétérogénéité qui définit la complexité des situations globalisées. Nous nous proposons de réfléchir de manière critique, à partir de situations précises, aux processus d’appropriation ou de réappropriation de savoirs et de savoir-faire, en centrant les analyses sur le point de vue des acteurs, leur pouvoir d’initiative et les stratégies qu’ils déploient dans la production et l’usage des savoirs, leurs enjeux, ainsi qu’aux multiples processus de transformations en œuvre.

Argumentaire
Les recherches actuelles sur les élaborations, circulations et usages des savoirs insistent sur l’hybridité de ces constructions, les multiples phénomènes d’emprunts et de recompositions qu’ils mettent en œuvre, et permettent de sortir d’oppositions, parfois un peu simples, entre des savoirs qui seraient scientifiques et des savoirs dits traditionnels ou encore autochtones La notion de transfert, dépassant celle d’acculturation ou d’emprunt (M. Espagne, Werner, L. Turgeon et D. Delage) a souvent été mobilisée pour rendre compte de ces processus. Elle permet en effet d’interroger la circulation de tout type de savoir, par des acteurs variés, et leur transposition en des contextes différents. Toutefois, elle peut tendre à présupposer une forme de permanence ou d’autonomie de ces savoirs et savoir-faire ce qui conduit, parfois, à une étude des circulations dissociée des acteurs qui les produisent, et des contextes, tant spatiaux que temporels, qui y impriment leur marque, en recomposition perpétuelle dans des configurations variées. Ainsi, malgré des situations asymétriques et de domination parfois très fortes, sur de vastes échelles, le processus de mondialisation ne conduit pas forcément à une uniformisation des formes de savoirs : comme l’analyse Arjun Appadurai, c’est précisément cette tension entre homogénéité et hétérogénéité qui définit la complexité des situations globalisées. Les contrastes qui en ressortent invitent à s’intéresser plus précisément à la diversité et aux multiples processus de transformations en oeuvre. Les processus d'homogénisation, de reprise de schémas valorisés ou les tendances à la standardisation, aussi bien, au contraire, que le fourmillement des inventions, des créations nouvelles ou des recompositions nous conduisent à interroger la validité des concepts d'appropriation et de ré-appropriation comme support et filtre de compréhension. Un effort de contextualisation s’impose également, replaçant les phénomènes les plus récents dans la longue durée et mesurant l’ampleur, voir la réalité, d’une rupture proprement contemporaine.

Nous nous proposons de réfléchir dans le cadre de ce colloque, à partir de situations précises, sur le concept d’appropriation ou de réappropriation de savoirs et de savoir-faire, en centrant les analyses sur le point de vue des acteurs, leurs engagements, leurs visées et objectifs, en s'intéressant au pouvoir d’initiative et aux stratégies qu’ils déploient dans la production et l’usage des savoirs. Il sera moins question de réception que de (ré)appropriation de savoirs ou de pratiques par des acteurs, individuels ou collectifs. L’objectif n’est pas de figer la définition de ces processus de (ré)appropriation, mais d’envisager ces notions d’un point de vue méthodologique et heuristique. Nous nous proposons de repérer qui et quels sont les acteurs impliqués mais aussi d'examiner les processus à travers leur épaisseur ou leurs dynamiques.

La journée d’étude d'avril 2015, organisée par l’axe « Constructions et usages des savoirs » du CESSMA, a porté sur des thématiques variées, concernant des faits sociaux, culturels, y compris linguistiques, ou politiques. Les contributions ont dégagé un ensemble d’expériences et de situations concrètes, en contexte tant contemporain qu'ancien, en Asie, aussi bien qu’en Afrique ou en Amérique, y compris dans leurs relations avec le reste du monde.

L'objectif de ce colloque international est de poursuivre la réflexion dans les directions suivantes :
La diversité des acteurs, singuliers ou collectifs, les coopérations ou compétitions entre eux, dans des contextes historiques, sociaux, spatiaux définis constitueront autant d’éléments placés au coeur des analyses. En quoi acteurs locaux, institutions, Etats, et organisations internationales se distinguent-ils, conjuguent-ils leurs dynamiques ou entrent-ils en contradiction pour la captation, la maîtrise ou les bénéfices tirés de savoirs et savoir-faire ?
La notion même de savoir est en question dans notre problématique. La nature des savoirs envisagés sera donc très diverse, qu’il s’agisse des savoir-faire, de savoirs considérés comme « scientifiques », tant formels qu'informels, de savoirs dits « professionnels » ou encore « traditionnels », qu'ils soient perçus comme populaires, lettrés, classiques ou savants. Les questions liées aux processus de patrimonialisation participent de cette réflexion. La convention Unesco sur le patrimoine immatériel de 2003 a en effet recomposé des normes qualifiées d’hégémoniques et ouvert la voie à des processus nouveaux de reconnaissance de savoir-faire auparavant négligés, reconsidérant ainsi les notions d’appartenance, d’authenticité et de transformation. La formation de nouvelles catégories de biens culturels a suscité de nouvelles modalités de légitimation, institutionnelles ou non, de l’autochtonie et contribué à l’émergence de nouveaux acteurs, qu’ils soient ancrés localement ou en diaspora, membres de la communauté ou chercheurs (Bortolotto 2011, Tornatorre 2010 et 2011, ANR Fabriq’am).
Que signifie s’approprier, se réapproprier ou incorporer des savoirs ? Comment s’établit le rapport de l'observateur ou de l'apprenant à un savoir identifié ? Quelles méthodologies ou perspectives critiques permettent d'identifier des savoirs existants mais non reconnus comme tels, dans la société d'origine ou dans la culture de l'observateur ? Y a-t-il là une question de positionnement théorique et pratique, posant aussi la question de l'engagement idéologique ou politique des participants ou du chercheur autant que celle du détachement scientifique de l'observateur et analyste ?
On pourra ainsi s’intéresser à tous les phénomènes de (ré)appropriation ou d’incorporation des savoirs et savoir-faire, issus de régions ou de cultures spécifiques, comme à tous les processus de fabrication ou de dépassement (pratique, critique), conduisant à des transformations de leurs signification et de leurs usages, et porteurs d’éventuelles réélaborations ou inventions originales, Les différents langues et langages, en concurrence, juxtaposés ou en relations, les phénomènes de traduction et de transposition, les formes prosaïques ou littéraires de (ré)appropriation pourront constituer autant de questions de recherche.

On sera attentif au rôle déclencheur des événements, des situations conflictuelles ou d’opposition et des crises dans les processus de (ré)appropriation. On suivra aussi les circulations de ces savoirs et savoir-faire, de ces (re)créations, dans la durée et dans l’’espace en posant la question des transmissions entre acteurs sociaux (individus, groupes, générations…) mais aussi des ruptures et des résurgences dans la transmission des savoirs. Les (ré)appropriations de savoirs conduisent-elles à faire table rase d’héritages, d’identités, de cultures ou procèdent-elles de recombinaisons plus subtiles ? Comment certains savoirs ou savoir-faire font-ils l’objet de réinvestissements, de «redécouvertes » et, à cette occasion, de réinterprétation ou de réinvention ? Quelles ruptures et résurgences s'opèrent-elles dans le processus de transmission ou de perpétuation des savoirs ?

L'appropriation des savoirs n’a pas nécessairement de finalité purement intellectuelle, culturelle ou scientifique. Il convient donc de s’interroger sur les intérêts poursuivis par des acteurs se (ré-) appropriant des savoirs : pour quelles finalités et quels usages ? Dans quelle mesure la (ré)appropriation de savoir participe-t-elle à la construction d’identités culturelles et sociales dans le cadre de systèmes de valeurs ? En quoi peut-elle servir des objectifs de valorisation individuelle ou collective, qui incluent la recherche de l'efficacité ou de légitimités, et qui visent la quête de bénéfices symboliques ou réels, dans le jeu des positions et des rôles sociaux comme dans les domaines du pouvoir et de la communication ?

On s’interrogera aussi sur les effets, parfois non désirés, des (ré)appropriations de savoirs, en fonction de la position relative des acteurs, selon qu’ils sont en position dominante ou minoritaire, qu'ils se situent dans une relation de dépendance, d'aliénation ou d'autonomie. Dans quelle mesure les processus de (ré)appropriations apparaissent-ils subversifs ou dangereux, exacerbent-ils des formes de concurrences, ou sont-ils perçus comme inaboutis, illégitimes en tant que signe de reniement d’une identité ou d’une culture supposée originelle ? Transforment-ils et comment le rapport de l’acteur individuel ou collectif à soi et au monde ?
Modalités de soumission

Les propositions de communication (3 000 signes) préciseront le terrain et la période à partir desquels la réflexion sera élaborée ; elles pourront envisager l’un ou plusieurs des aspects évoqués ci-dessus ou adopter une perspective originale, en lien avec la thématique du colloque.

Les propositions peuvent être formulées en français, en anglais ou en espagnol.
Elles sont à adresser avant le 10 décembre 2015


Les réponses du comité scientifique seront communiquées le 15 janvier 2016.

Les langues de communication pendant le colloque seront le français, l’anglais et l’espagnol (dans ce cas, un résumé de deux pages de la communication, en français ou en anglais, sera aussi demandé)
Date et lieu

19-20 mai 2016

Université Paris 7 Denis-Diderot 
Comité scientifique 
Anath ARIEL DE VIDAS, EHESS CERMA
Françoise BOURDARIAS, CITERES / CESSMA,
Anna CAIOZZO-ROUSSEL Paris-Diderot, ICT
Marie CHOSSON, INALCO, CESSMA
Dominique COURET, IRD, CESSMA
Alexandra GALITZINE-LOUMPET, CESSMA
Dr. Hans Peter HAHN, Goethe Universität, Frankfurt/Main, Institut für Technologie
Harit JOSHI, INALCO, CESSMA
Mina KLEICHE-DRAY, IRD, Paris-Descartes, CEPED
Daniel NEGERS, INALCO, CESSMA
Frédéric OBRINGER, EHESS, CECMC
Fabrizio SPEZIALE, Mondes iraniens et indiens, Paris-Sorbonne nouvelle, CNRS
Marie-Albane de SUREMAIN, UPEC, CESSMA
Mahamet TIMERA, Paris-Diderot, URMIS
Anne VIGUIER, INALCO, CESSMA
Céline WANG, Paris-Diderot, CESSMA

lundi 7 décembre 2015

Alimentation et santé dans l'Europe prémoderne

Food and Health in Early Modern Europe: Diet, Medicine and Society, 1450-1800 

David Gentilcore

Hardcover: 264 pages
Publisher: Bloomsbury Academic; 1 edition (November 19, 2015)
Language: English
ISBN-13: 978-1472528896


Food and Health in Early Modern Europe is both a history of food practices and a history of the medical discourse about that food. It is also an exploration of the interaction between the two: the relationship between evolving foodways and shifting medical advice on what to eat in order to stay healthy. It provides the first in-depth study of printed dietary advice covering the entire early modern period, from the late-15th century to the early-19th; it is also the first to trace the history of European foodways as seen through the prism of this advice.

David Gentilcore offers a doctor's-eye view of changing food and dietary fashions: from Portugal to Poland, from Scotland to Sicily, not forgetting the expanding European populations of the New World. In addition to exploring European regimens throughout the period, works of materia medica, botany, agronomy and horticulture are considered, as well as a range of other printed sources, such as travel accounts, cookery books and literary works. The book also includes 30 illustrations, maps and extensive chapter bibliographies with web links included to further aid study.

Food and Health in Early Modern Europe is the essential introduction to the relationship between food, health and medicine for history students and scholars alike.

Les recettes du quinquina (1640-1800)

Quelques gouttes qui changent tout. Les recettes du quinquina (1640-1800)

Samir Boumediene (CNRS/ IHPC)

Jeudi 10 décembre de 14h à 17h
au Centre Alexandre Koyré
(27, rue Damesme, 75013 Paris, salle de séminaire, 5e étage)

Séminaire  « Les savoirs opératoires de la matière de la Renaissance à l’industrialisation »

"A partir des années 1640 est importée en Europe une écorce péruvienne soignant les fièvres paludiques (ou "intermittentes"), le quinquina. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, l'extraction de cette écorce, son passage vers l'Europe et son administration aux malades transforment conjointement la théorie et la pratique médicales, le gouvernement de la santé, le commerce des drogues exotiques et les paysages andins. Le but de cette communication est de suivre, à travers la relation à ce matériau médicinal, la reconfiguration des rapports entre Indiens, missionnaires jésuites, marchands, médecins, apothicaires, droguistes et malades. Diverses sources, en particulier les recettes du quinquina, permettent d'approcher la dimension politique des savoirs de la transformation en observant comment, par où, et à travers quelles limites s'établit une solidarité entre maîtrise de la nature et maîtrise des activités humaines."

Discutant : Stanis Pérez (MSH Paris Nord - Pleiade/Paris 13)



Programme complet du séminaire : http://techniqcak.hypotheses.org
http://calenda.org/340287