samedi 12 juillet 2014

Usages et représentations du corps sous l’Ancien Régime

Usages et représentations du corps dans les Mémoires et les Lettres d’Ancien Régime du XVIe siècle au XVIIIe siècle


Appel à communications


Journées d’étude de Clermont II et Nantes : avril et juin 2015

Organisées par Emmanuèle Lesne-Jaffro (Cerhac-Umr 5037) et Christian Zonza (L’AMo-EA 4276)



La conscience du corps évolue sous l’Ancien Régime, ainsi que ses représentations et ses discours, suivant ainsi une réflexion sur la conscience de soi à laquelle la philosophie prête une attention grandissante. C’est à travers les Mémoires et les correspondances que nous chercherons à mesurer ces mutations.

Les corps souffrants, les corps captifs, les corps triomphants et parés pour les cérémonies, carrousels, batailles, bals, corps publics et corps privés tiennent une place singulière dans les récits de vie sous l’Ancien Régime : de la chronique du fameux rhumatisme qui scande et organise secrètement l’écriture des Lettres de Mme de Sévigné aux inconforts de la cour de Fontainebleau rapportés par la Palatine, de l’épaule démise de Retz, évadé de Nantes, à la « cuisse héronnière » de Mazarin mourant, des détails insoutenables de l’évocation du cancer d’Anne d’Autriche par Mme de Motteville, à la mâchoire comme dévissée du premier président lors du lit de justice d’août 1718 décrite par Saint-Simon, au « grand remède » qu’expérimente Casanova. Ces évocations attirent notre attention sur un champ immense : celui de l’image et de l’expérience du corps restituées par les mémoires et les correspondances. Il s’agit d’interroger les discours non spécialisés sur le corps, autrement dit les récits d’expériences personnelles vécues ou de témoignage, en deçà des traités philosophiques, religieux, moraux, médicaux ou de civilité de l’époque.

Les études peuvent envisager différentes perspectives : 1. La santé du corps 2. Sa valeur sociale et sa perception esthétique 3. Le corps politique 4. La passion, la galanterie et la sexualité 5. Les rapports du corps et de l’âme 6. Le corps ridicule ou héroïque.

1. La santé :

Comment perçoit-on la santé et la maladie sous l’Ancien-Régime, comment en parle-t-on ? La maladie est objet de nombreux récits, qu’il s’agisse de discours sur soi ou de la santé des autres, des proches comme des personnages historiques. Litanie de fièvres, de remèdes et de pratiques médicales, des saignées aux lavements, de l’antimoine à la poudre d’écrevisses, les mémoires et les lettres évoquent les médecins, les drogues, les « plaies et les bosses ». Les récits de captivité évoquent les corps martyrisés, sous la torture infligée par les barbaresques entre autres exemples (Luppé du Garané, G. Mouette). Les régimes, les diètes, les séjours en ville d’eaux comme Vichy, Bourbon sont l’objet de chroniques (Mme de Sévigné, Mlle de Montpensier). Les grossesses constituent un chapitre important des témoignages féminins d’Ancien Régime. Le corps blessé, balafré, à côté d’autres infirmités est l’objet de l’attention des mémorialistes et épistoliers.

Enfin, la mort occupe une place non négligeable dans les Mémoires et les correspondances : nous songerons à la description de la mort d’Henriette d’Angleterre dans le récit de sa vie par Mme de Lafayette , à celle que Mme Roland consacre à l’agonie de sa propre mère, à la description de la mort d’Anne d’Autriche par Mme de Motteville, à la mort de Condé chez Choisy ou au massacre de la Saint-Barthélémy par Marguerite de Valois. Jusqu’à quel point les auteurs poussent-ils la représentation des agonies et dans quel but ?

2. Sociabilité et esthétique

La civilité et la politesse, les rituels sociaux engagent, disciplinent et contraignent le corps. Mais, tous ne sont pas soumis aux mêmes contraintes ; ainsi la duchesse d’Harcourt scandalise Saint-Simon par son incontinence sans gêne, d’autres princesses par « leur gousset fin ». Les normes esthétiques définissent la beauté et la laideur. Les parures, le vêtement, les coiffures, les bijoux travestissent, embellissent, normalisent les corps, les exercices du corps, la pratique des armes, de la chasse, l’équitation, la danse les éduquent. Les portraits apparaissent comme un sous-genre des mémoires, modelant les descriptions selon des canons et des valeurs qu’il importe d’inventorier. La sociabilité implique des changements d’identité par le vêtement comme le montrent les exemples de femmes qui se déguisent en hommes pour échapper au pouvoir masculin et les exemples d’hommes parés comme des femmes, Choisy ou le personnage d’Hendrich dans les Mémoires d’Henri de Campion. Enfin, songeons à la description des corps représentés : statues, peintures en particulier chez les artistes (Benvenuto Cellini, E. Vigée le Brun…).

3. Le corps politique

Les corps sont soumis à une hiérarchie imposée par le cérémonial de cour, dans une société où il faut voir et être vu. Comment rois, reines et princes jouent-ils du corps comme d’autant de signes capables d’imposer la force et le mystère du pouvoir, en particulier au moment de troubles politiques et sociaux ? Enfin, les signes politiques sont aussi les signes qui se lisent sur les visages, dans les gestes, constituant pour le mémorialiste un moyen de lire dans les âmes et de dire les causes de l’histoire secrète.

4. La passion : galanterie et sexualité

Comment les Mémoires et les lettres reflètent-ils les pratiques de séduction, les usages galants ou érotiques ? Comment Mémoires et lettres décrivent-ils et s’approprient-ils le champ de la sexualité ? Quelle perception des identités sexuelles ces discours portent-ils ? On sera frappé tantôt par l’audace, tantôt par les réticences de ces textes qui redéfinissent les frontières de l’intime et de la morale. Les textes libertins (Bussy, Tilly, Casanova) doivent être distingués des textes galants. Comment les mémorialistes qui prennent pour objet principal des histoires galantes (la Vie d’Henriette d’Angleterre, les Mémoires du comte de Gramont,l’Histoire de ma vie de Casanova, Alexandre de Tilly) disent-ils le corps sous un voile de pudeur ? Enfin les discours du corps sont sans doute sexués, comment peut-on l’évaluer ?

5. Le corps et l’âme

Le corps est au centre du mystère chrétien à travers la dévotion au corps du Christ ou selon l’image de l’homme pêcheur, déchu dans sa chair. On assiste à une polarisation des représentations entre vénération et effroi. Quelles images du corps héritées des traditions dévalorisantes (Saint-Augustin) ou valorisantes (Gerson, Saint François de Sales) traversent les récits de soi ? Comment les discours mondains, les discours des religieux et religieuses, ou des mystiques, décrivent-ils les rapports de l’âme et du corps et quels sont les échanges entre les représentations religieuses et l’univers mondain ? Quelle place est accordée au corps dans les relations, lettres et témoignages des religieuses, à Port-Royal, comme dans d’autres ordres, chez les Ursulines, par exemple ? Quelles pratiques singulières et usages du corps remarquables sont rapportés dans ces textes et à quelles fins ?

6. Corps, comédie et poème épique

La question du corps pose la question des portraits, de leur place, de leur fréquence et surtout de la littérarisation du réel : comment passe-t-on en effet de la pure description à la description satirique, ironique ? Se pose également la question de la théâtralisation du réel surtout chez des mémorialistes qui sont des hommes de théâtre ou proche du théâtre : comment Casanova ou bien Goldoni mettent-ils en scène les corps pour en tirer des effets comiques ? Le corps héroïque apparaît dans les récits de guerre, comme chez Monluc, Commynes, Campion, mais aussi La Rochefoucauld, dans les récits camisards. On pourra étudier l’autre version de l’héroïsme, le duel.

Ces questions donneront lieu à deux colloques successifs d’une journée et demi, à Clermont II les 9 et 10 avril 2015 et à Nantes les 4 et 5 juin 2015.

Les propositions de communications sont à envoyer pour le 15 septembre 2014 à Emmanuèle Lesne-Jaffro emmanuele.lesne@gmail.com et Christian Zonza : zonzachristian@yahoo.com.

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