dimanche 13 septembre 2026

Repenser la peste

Repenser la peste. Approches environnementales et interspécifiques
 

Journée d'études


Mardi 15 septembre 2026 | 10 h-17 h 30
Grands Moulins | Salle 720 | Bâtiment Olympe de Gouges
8, place Paul-Ricœur | Paris 13e 
L’ouvrage Peste noire de Patrick Boucheron ne propose pas seulement une nouvelle lecture d’un épisode majeur de l’histoire médiévale : il opère un déplacement plus profond dans notre manière de construire les objets des sciences sociales. En mobilisant les apports de la génomique, de la paléoanthropologie et des sciences de l’environnement, il invite à reconfigurer les cadres à partir desquels la peste a été pensée – qu’il s’agisse de ses temporalités, de ses espaces ou de ses modes de transmission. Le but de cette journée d’étude est de déployer le type d’articulation disciplinaire proposé par Patrick Boucheron.
En effet, selon l’historien, les données de la génomique sont à la fois théoriquement inévitables et politiquement bienvenues : ainsi, en montrant que les squelettes découverts en Angleterre appartenaient à des individus à la peau noire ou que les tombes des guerriers vikings étaient en réalité des tombes
de guerrières, « la paléogénomique s’attache méthodiquement à décevoir ses anciens dévots, suprémacistes blancs, masculinistes et brexiters » (p. 63). L’ouvrage en appelle donc à une interdisciplinarité sereine : loin de « remplacer » les sciences sociales, les sciences naturelles apparaissent plutôt comme une occasion de remettre en question certaines évidences historiographiques, telles
que le rôle exclusif du rat dans la diffusion de la maladie ou le centrage européen du récit. Patrick Boucheron invite alors à « une histoire naturelle de la peste noire qui ne soit ni naturaliste ni historiciste, mais écrite après la nature et après l’histoire » (p. 68). La peste apparaît alors moins comme un événement
strictement humain que comme un phénomène situé à l’intersection de multiples formes de vie et de milieux.
À partir de ce cas, cette journée d’étude entend interroger plus largement les effets de l’intégration des sciences du vivant dans les sciences sociales. Que fait aux disciplines historiques, anthropologiques ou philosophiques l’usage de données génétiques ou environnementales ? Comment articuler des régimes
de preuve, des échelles d’analyse et des formes de causalité hétérogènes ? Et dans quelle mesure ces approches transforment-elles les catégories mêmes avec lesquelles nous pensons les phénomènes sociaux et historiques ? Il ne s’agira donc pas seulement de discuter de la peste en tant qu’objet historique,
mais d’en faire un terrain d’expérimentation pour une réfl exion plus générale sur les recompositions contemporaines du savoir. En ce sens, la journée vise à explorer les conditions d’une interdisciplinarité qui ne se limite pas à juxtaposer les approches, mais qui engage une redéfinition des questions, des méthodes
et des objets.


10 h INTRODUCTION

10 h 30 DE LA DERNIÈRE PESTE À LA PROCHAINE PESTE : HISTOIRE, ANTHROPOLOGIE ET THÉÂTRE SELON PATRICK BOUCHERON
Frédéric Keck | EHESS/LAS

11 h 30 MÉDECINS, CLIMAT ET ÉPIDÉMIES À LA FIN DU XVIIIE SIÈCLE
François Zanetti | Université Paris Cité/Echelles

12h 30 PAUSE DÉJEUNER

14 h 00 THE THIRD PLAGUE PANDEMIC AS A NEW HISTORIOGRAPHICAL PARADIGM
Christos Lynteris | University of St Andrews/CCS

15 h 00 PARTIR À LA CHASSE AUX AIRELLES : L’HISTOIRE ENVIRONNEMENTALE DES CATASTROPHES
Raphaëlle Guidée | Paris VIII/Fablitt

PAUSE-CAFÉ

16 h 30 CONCLUSION
Patrick Boucheron | Collège de France/LaMOP
 

Organisation :
Camille Chamois, Université libre de Bruxelles/PHI
Stéphanie Chapuis-Després, Université Paris Cité/Echelles
Noé Gross, Université libre de Bruxelles/PHI
Anne Légier, Université Paris Cité/Echelles
François Zanetti, Université Paris Cité/Echelles


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