vendredi 1 mai 2026

La vie sociale des catégories psychiatriques

La vie sociale des catégories psychiatriques : théories et pratiques d’une épistémologie en mouvement (XVIIIe – XXIe)


Appel à contributions 

Volume spécial des Cahiers François Viète
(Volume III-24, parution mars 2028)

Éditrices : Audrey Higelin-Cruz (Sophiapol, Université Paris Nanterre et Centre Hospitalier Guillaume Régnier) et Agathe Meridjen-Manoukian (Institut des Sciences sociales du Politique, Université Paris Nanterre et Archives départementales du Val-de-Marne).


« Il est intéressant de remarquer que les psychiatres contemporains ont opéré dans leur propre discipline une rectification et une mise au point des concepts de normal et de pathologique, dont il ne paraît pas que les médecins et les physiologistes se soient bien soucié de tirer une leçon en ce qui les concerne. » Ainsi débute l’« Introduction au problème » de la thèse de Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique (2013 [1943], p. 89). Cette proposition fondatrice inaugure une analyse des sciences attentive à la contextualisation historique et conceptuelle des catégories médicales, tout en s’inscrivant dans une réflexion critique sur les fondements des savoirs médicaux et psychiatriques. Canguilhem souligne notamment la capacité particulière de la psychiatrie à redéfinir ses propres concepts et à intégrer ces mouvements de redéfinition au coeur de son épistémologie. À la même période, Michel Foucault, dans une perspective également critique, propose dans La naissance de la clinique d’interroger les dispositifs et les conditions de possibilité de la pratique clinique : les instruments, les cadres théoriques préexistants, ainsi que les relations sociales qui structurent la production des savoirs, entre pairs comme dans l’interaction avec les patients.

A la suite des travaux issus et nuançant ces deux auteurs, nous affirmons que la psychiatrie (s’)est fondée et développée par la proposition régulière de catégories pour définir et délimiter la folie. La constitution des nosographies (Goldstein, 1987 ; Quetel, 2012) a nécessairement occupé une partie des travaux, souvent joins à une réflexion sur leur légitimité plus ou moins opérantes comme politiques publiques ou dans le corps social (Foucault, 1972 ; Castel, 1976 ; Gauchet et Swain, 2007). L’observations de ces catégories au fil du temps nous permet également de voir comme elles sont également des enjeux et des outils de questionnements voire de modifications de la discipline, par des mouvements politiques internes (Lantéri Laura, 1995 ; Papiau, 2017 ; Minard et Perrier, 2010), par une pression sociale externe (Fauvel, 2002) ou par résultante de nouvelles formes d’organisation médicale (Gay, 2018 ; Tartour, 2021).
L’histoire des classifications est soucieuse d’histoire sociale (Guillemain, 2018). Ces catégories se développent en lien avec des outils et techniques qui ont aussi leur histoire, méthode clinique faite d’observations et de notes soigneuses (Hess et Mendelsohn, 2010) et d’outils de mesure visant sans cesse à plus d’exhaustivité quantitative et de précision qualitative (Cases et Salines, 2004 ; Desrosières, 2010). Ces derniers vont de la chronométrie des tests cognitifs (pensons au test du « quotient intellectuel ») jusqu’à l’exploration microscopique du cerveau pour construire une matérialité mesurable de la santé mentale (Renneville, 2020 [2000] ; Fournier, 2012 ; Dupont et Cherici, 2015). Historiens et sociologues s’intéressent à ces classifications prises pour objets dans des approches aussi chronologiques que diachroniques (Henckes et Majerus, 2022 ; Autès, 2020). La production de ces catégories ne se limite cependant pas à un travail conceptuel : elle implique leur inscription dans des dispositifs classificatoires et dans des pratiques d’observation, de mesure et d’enregistrement qui contribuent à stabiliser les savoirs psychiatriques.


De ces catégories en mouvements cohabitent et se concurrencent conséquemment une multiplicité de « styles » thérapeutiques différents au sein d’une discipline « psychiatrie » (Haliday et Demailly, 2023), et tout un spectre épistémologique de catégories (Arminjon, Cherici et Méthot, 2022). On entendra ici par catégorie psychiatrique, de manière non exhaustive et pouvant être discutée au sein du numéro, un outil de regroupement et d’interprétation de différents ensembles de symptômes, de comportements ou d’expériences psychiques, considérés a priori distincts mais qui sont justement réunis au sein d’une même catégorie de pensée. Cette catégorie psychiatrique,
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qui prend souvent la forme d’une nosographie médicale, se construit entre des pratiques cliniques, scientifiques et sociales et peut être redéfinie voire délaissée.
C’est sur cette tension, ou cette complémentarité, entre la nécessité épistémologique de constituer des catégories englobantes d’une part et la multiplicité théorique et pratique de ces catégories d’autre part, qu’insiste ce numéro. Nous proposons d’étudier ces interactions et vies mouvantes des catégories dans le temps. Méthodologiquement, nous n’opposons pas directement théorie et pratique, ni savoir et savoir-faire, mais invitons l’enquête à se concentrer sur les allers et retours entre les deux, en précisant sur le cas psychiatrique certaines pistes issues d’un numéro antérieur1. Surtout, nous considérons la catégorisation comme une pratique en soi qui peut s’observer comme telle par des méthodes ethnographiques et plus largement soucieuses des environnements sociaux autour de la production scientifique (Bowker et Star, 2023). Plus précisément, ce ne sont pas tant les catégories isolées qui nous intéressent, le numéro ne visant pas à enrichir l’énumération des catégories psychiatriques, mais plutôt l’analyse de leur vie sociale, clinique et scientifique : comment les catégories sont-elles développées, appliquées, dupliquées, abandonnées, en interaction entre les savoirs constitués et le quotidien psychiatrique ? Qu’est-ce que l’analyse de la vie sociale des catégories nous permet de conclure sur l’épistémologie de la psychiatrie étudiée comme objet propre, historicisé et en mouvement ?

A la suite de cette interrogation générale, nous proposons trois axes : la psychiatrie à l’épreuve du terrain (i), le temps des savoirs (ii), de la leçon clinique à la concurrence (des) pratique(s) (iii).

1. La psychiatrie à l’épreuve du terrain
Ce premier axe vise à penser les usages de théories sur le terrain psychiatrique (qui n’est pas réduit aux murs de l’ancien hôpital) pour étudier comment leur application structure, restructure ou déstructure les catégories médicales. Il s’agit de penser ces savoirs mis à l’épreuve du terrain, en étudiant non seulement les finalités et modifications possibles mais aussi le processus qui confronte et articule théorie et pratique. Nous proposons de le faire dans un in situ psychiatrique qui doit être précisément analysé dans ses influences possibles sur les catégories et leurs usages et au fil du temps (Klein, Guillemain et Thifault, 2018). En ceci, l’axe propose d’éprouver au cas psychiatrique des approches développées dans un numéro antérieur des Cahiers François Viète sur les milieux de savoirs (Dumas Primbault et al, 2021) et des réflexions plus générales sur la réalité sociale, matérielle et charnelle des théories scientifiques (Waquet, 2015; Bert et Lamy, 2021) empreintes d’histoire sociale et de sociologie des sciences.
Les résultats de cette mise à l’épreuve empirique peuvent aussi être questionnés : loin d’être inévitables et d’être une réponse naturelle au terrain, il est pertinent de se demander de quoi les modifications ou non-modifications des catégories sont la construction. Que permettent-elles de saisir du psychiatre ou de la psychiatrie, et d’un horizon des possibles qui est aussi un univers scientifique pour l’étude ? Ici, des analyses réflexives des notions « d’échec » ou « d’impasse » cliniques sont particulièrement intéressantes pour nuancer un récit souvent positiviste des modifications théoriques par les pratiques.

Outre l’observation du retour à la théorie après la pratique, les analyses pourront également se maintenir à l’échelle du terrain et insister justement sur ce que les changements de pratiques nous permettent de saisir du terrain psychiatrique. A commencer par définir ce qu’est un terrain psychiatrique (un lieu ? des acteurs ? des objectifs ?) et dans quels cas empiriques quelles catégories sont déployées et éprouvées, par des modifications discrètes débattues localement : en ce cas, ce serait l’empirie même qui serait la catégorie à l’épreuve de la psychiatrie. Des enquêtes portant sur des terrains modifiés selon les catégories sont aussi pertinentes, tout comme l’inertie des catégories au-delà du premier terrain psychiatrique (Goffman, 1975).
Enfin, les objets et sujets de la psychiatrie peuvent être étudiés comme agissants dans la construction des catégories cliniques, volontairement ou non : pensons aux catégories coloniales et post-coloniales (Fanon, 2015 ; Wang, 2017 ; Metzl, 2020 ; Peiretti-Courtis, 2021 ; Marquis, 2021 ; Scarfone, 2021 ; Edwards-Grossi, 2021), catégories de genre (Arena, 2016 ; Edelman, 2003 ; Löwy, Gardey, 2000) ainsi que par exemple l’influence des revendications féministes en psychiatrie (Pache, 2023) , ou encore celles propres aux militaires (Young, 1995 ; Derrien, 2015 ; Guillemain, Tison et Lemire 2013).

2. Le temps des savoirs
Cet axe propose d’étudier des thèmes récurrents de l’historiographie scientifique, médicale et en particulier psychiatrique : les innovations, les retards, les obsolescences, et toutes nuances synonymiques évoquant de près ou de loin un fondement chronologique des savoirs. C’est cette chronologie induite qui est l’objet de l’analyse dans ses liens avec les catégories : comment leurs usages et modifications peuvent être influencés ou justifiés par un rapport au temps (Guillemain, 2020) ? Y a-t-il par exemple des phénomènes de « mode » en psychiatrie dans l’adoption ou l’abandon de certaines catégories ? Comment s’opèrent des « retours en arrière » qui défendent ou occultent les réusages d’anciennes approches ? A l’inverse, comment se construisent et se présentent des nouveautés (Young, 1995 ; Morgiève et Briffault, 2014) – et dans quelles mesures sont-elles nouvelles (Carroy, 1991 ; Chazal, 2002 ; Dupont et Cherici, 2015 ; Guillemain, 2017 ; Klein, 2019) ? En somme, nous proposons d’étudier la construction d’une mesure temporelle en psychiatrie, des conditions sociales et cliniques de cette mesure, et de ces influences réciproques avec les catégories.

C’est aussi une histoire du quotidien des catégories psychiatriques que nous proposons de développer. La banalité des usages ou non-usages des catégories n’est pas le temps mort de leur étude, qui ne peut se résumer aux faits plus brusques (invention, adoption, abandon). Pour comprendre les usages et appropriations des catégories, le temps long et répétitif du quotidien est nécessaire. Ce temps a priori univoque permet de conforter à chaque instant certains usages, ou de déceler de subtiles nuances qui permettent d’analyser plus précisément les changements plus visibles, ou encore ouvre certaines possibilités de méthodes comparatistes. La question de l’innovation médicale et des « nouveautés » déjà étudiée (Edgerton, 1998 ; Von Bueltzingsloewen, 2010 ; Demailly et Haliday, 2022) continue de nous intéresser par l’axe des conditions catégoriques de leur émergence ou concernant directement les catégories, en plus d’attendre des contributions portant sur des corolaires plus discrets comme des pratiques à la fois considérées théoriquement désuètes mais néanmoins maintenues. (Guillemain, 2006).

3. De la leçon clinique à la concurrence (des) pratique(s).Les catégories psychiatriques sont des entreprenariats scientifiques qui peuvent remporter l’adhésion ou l’opposition dans un « marché des classifications » (Ahnich, 2021). Même les projets de synthèse et de conciliation cliniques restent des tentatives supplémentaires d’affirmation de certaines classifications par rapport à d’autres (Demazeux 2013 ; Gratreau 2023). Le numéro s’intéresse aux luttes et enjeux derrière l’avènement, le déclin ou la non-prise de certaines catégories, aux niveaux théoriques comme pratiques, dans des découpages chronologiques qui sont propres à leur objet.

Etudier la trajectoire propre des catégories permet de suivre les conditions de circulation et de réception de ces catégories, y compris dans les cas de non-réception, de variations d’usages ou de mauvaise traduction : comment une catégorie peut-elle être appliquée différemment ? Les corpus scientifiques sont un terrain d’études féconds pour penser les réceptions réussies ou manquées (Afresne, 2021 ; Tesnière, 2021 ; Lemerle, 2024), les phénomènes d’hybridité ou de porosité avec d’autres disciplines (Darmon, 2005 ; Moutaud, 2012) voire les vies propres des classifications dans d’autres champs - par exemple les classifications psychiatriques dans le champ judiciaire (Guignard 2006; Walin 2023). Outre les disciplines reconnues dans les milieux académique ou institutionnels, les appropriations, concurrences et articulations des savoirs peuvent aussi permettre de réinterroger la dualité traditionnelle entre savoirs experts et profanes (Hazif-Thomas, Hanon, 2015) : pensons aux savoirs accusés de charlatanisme (Edelman, 2017 ; Guillemain, 2017 ; Faure et Guillemain, 2019), aux revendications et apprentissages militants (Gelly et Pavard ; 2016 ; Ruault, 2021), aux savoirs niés puis absorbés pendant la colonisation (Boumediene, 2016).
Cet axe est également l’occasion d’élargir le champ d’étude, de décloisonner la psychiatrie (Von Bueltzingsloewen 2015) pour saisir les catégories dans des contextes politiques et sociaux plus larges (Henckes, 2007 ; Brodiez-Dolino, Von Bueltzingsloewen, Eyraud, Laval et Ravon (dir.), 2014 ; Tartour, 2021). Le poids des décisions budgétaires dans l’administration de l’hôpital en général et dans la psychiatrie en pratique constitue déjà un corpus conséquent où le devenir des catégories peut être étudié spécifiquement (Tournay, 2007 ; Juven, 2016 ; Gelly et Spire, 2021 ; Gingras et Khelfaoui, 2021). Si le reste de l’appel insistait sur les contextes cliniques et donc notamment les catégories nosographiques, toutes les catégories peuvent aussi être pensées : les catégories médicales peuvent être proprement explicatives et non plus diagnostic, et surtout l’appel invite à articuler et à élargir aux différentes catégories en jeu dans l’espace psychiatrique, y compris les catégories administratives. Ces dernières peuvent être internes à la structure ou imposées par des décisions extérieures, et interagir entre elles par des processus de concurrence, d’hybridation ou d’appui. Elles peuvent aussi circuler d’un espace à l’autre, par exemple de la clinique à l’administratif. La normalisation et règlementation des catégories est enfin un objet pertinent, liant acteurs administratifs et médicaux, et construisant aussi de nouvelles catégories hybrides : les enquêtes médicales aux critères à l’intersection des médecins et d’autres agents (Delmaire, Nobi et Tortosa, 2022) ou les statistiques exigées par les autorités (Génard, Simoni, 2018 ; Martin, 2020 ; Lalanne Berdouticq, 2022).
 

1 « La classification comme pratique scientifique », dir. François Lê et Anne-Sandrine Paumier, Cahiers François Viète, 2016, III-1.
2 Numéro III-10 des Cahiers François Viète paru en 2021. 

CALENDRIER
Les contributions pourront être proposées en français ou en anglais. Le recueil des contributions se déroulera en trois temps :
- Avant le 15 juin 2026 : envoi aux éditeurs du dossier (agathe.meridjen@gmail.com et a.higelin@ch-guillaumeregnier.fr ) d’un document d’intention. Ce texte (.doc ou .odt) expliquera en 5 000 signes (espaces compris) le contenu de l’article en se référant aux termes et aux axes de l’appel à contribution. Il permettra une pré-sélection des articles Les auteur·e·s seront informé·e·s de la recevabilité de leur proposition d’ici le 15 juillet 2026.
- 1er décembre 2026 : pour les propositions acceptées, envoi par les auteur·e·s des articles (entre 30 000 et 50 000 caractères, espaces compris, liste de références non comprise). Il est demandé aux auteur⋅e⋅s de prendre connaissance de la charte de publication des Cahiers François Viète et de suivre les consignes éditoriales de la revue. Pour rappel, les articles seront expertisés par deux rapporteur·e·s selon la procédure en double aveugle.
- 1er novembre 2027 : remise des articles finalisés pour publication en ligne et papier en mars 2028.
 

Références
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jeudi 30 avril 2026

Sexualité et déviances

Sexualité et déviances. Perspectives historiques. Époques modernes et contemporaines


Appel à communications 



L’atelier invite à confronter des configurations historiques différentes, du début de l’époque moderne jusqu’à nos jours, à partir de sources, de méthodes et d’approches différentes. L’espace considéré est l’espace européen du XVIe au XXIe siècle. Des communications portant sur des espaces extra-européens et coloniaux peuvent être proposées dans une perspective comparatiste ou connectée. L’objectif n’est pas de donner une réponse unique et univoque à des questions complexes, mais d’y réfléchir et d’en discuter ensemble au cours de l’atelier, et à travers une multiplicité de points de vue.



Argumentaire

Depuis son essor durant les années 1970-1980, l’histoire de la sexualité a construit son objet d’études en englobant constamment la question des déviances. Les sources les plus couramment disponibles l’y ont incitée, depuis les manuels de confession égrenant des listes de péchés à rédimer jusqu’aux écrits médicaux décrivant des pratiques qualifiées de pathologiques, en passant par les archives et chroniques judiciaires réprimant délits et crimes sexuels. Peu à peu, dans le prolongement des observations de Michel Foucault, l’histoire de la sexualité a aussi découvert le revers de « l’hypothèse répressive », une abondance insoupçonnée de discours sur la sexualité, souvent normatifs mais aussi transgressifs ou simplement interrogatifs sur le bien-fondé des normes – écrits et œuvres érotiques, journaux intimes, réflexions savantes explorant la psyché humaine ou raisonnant sur les irrégularités statistiques des enquêtes sociales. En portant attention aux déviances, l’histoire de la sexualité a travaillé sur l’évolution des terminologies les désignant – péché contre nature, perversion, anormalité – et sur les régimes de normes qui les régiss(ai)ent, s’intéressant aux producteurs et garants de ces normes (institutions religieuses et séculières, système éducatif, institutions médicales et psychiatriques, famille, voisinage, artistes, etc.). Accompagnant les utopies, rêves et aspirations à l’égalité des sexes, à la reconnaissance des minorités sexuelles et de genre, au recul d’une morale sexuelle jugée contraignante, cette démarche a opéré une historicisation critique de la notion même de déviance. Pour autant, les orientations les plus récentes de la recherche, dans le contexte qui a suivi le #MeToo, en s’intéressant aux situations d’inégalité, de contrainte et de violence, réexaminent cette question de la déviance en la déplaçant. En centrant l’attention sur des processus de domination liés à l’âge, au genre, au statut social, à l’ethnie, la race, la nation ou encore à l’appartenance religieuse, la recherche historique interroge à nouveaux frais les frontières de l’acceptable et du réprouvé, du banal et du monstrueux, de l’ordinaire et de l’exceptionnel dans les sociétés passées et récentes.


L’atelier invite à confronter des configurations historiques différentes, du début de l’époque moderne jusqu’à nos jours, à partir de sources, de méthodes et d’approches différentes. L’espace considéré est l’espace européen du XVIe au XXIe siècle. Des communications portant sur des espaces extra-européens et coloniaux peuvent être proposées dans une perspective comparatiste ou connectée. L’objectif n’est pas de donner une réponse unique et univoque à des questions complexes, mais d’y réfléchir et d’en discuter ensemble au cours de l’atelier, et à travers une multiplicité de points de vue.

Parmi les pistes proposées, la première porte sur la production des normes qui régissent la sexualité, normes qui définissent explicitement ou en creux des zones de déviance. On pourra s’intéresser aux producteurs des normes, aux vecteurs et supports qui les diffusent – parfois sur une très longue durée –, à leur réception, intériorisation et incorporation, aux conflits qu’elles engendrent lorsqu’elles sont plurielles, à leur critique et à leur remise en cause.

La deuxième porte sur les populations considérées comme déviantes dans leur sexualité, dans une perspective sociale et politique. On pourra s’intéresser à leur (in)visibilité, aux types de sociabilité et de culture qu’elles ont développées, aux luttes et mobilisations qu’elles ont menées, ainsi qu’à l’identification ou au rejet qu’elles ont opéré des stigmates ou autres représentations les concernant.

La troisième renvoie aux liens qui existent entre populations marginales, réprouvées ou discriminées socialement d’une part, et déviances sexuelles d’autre part. Qu’il s’agisse de différences perçues liées à la religion, à l’ethnie, à la nationalité, à la couleur ou encore à l’appartenance sociale, toute une série de discours et de représentations se sont attachés historiquement à renforcer ces différences, mises à l’écart ou exploitation, en projetant sur ces populations un imaginaire de déviances sexuelles qu’il s’agira d’analyser.

Une quatrième piste renverra aux problématiques de la contrainte et de la violence sexuelles pour examiner dans quelles mesures celles-ci sont considérées ou non comme relevant de la déviance, que cette déviance soit définie historiquement suivant des critères moraux, sociaux ou genrés.
Publics

L’atelier est ouvert aux doctorants et aux étudiants de M2 de toutes disciplines et de toutes nationalités. Une attention particulière sera portée aux questions théoriques et de méthode, à la réflexion sur les sources et les documents à mobiliser et les échelles d’analyse. Des séances historiographiques et problématiques alterneront avec des ateliers centrés sur la présentation des travaux des étudiants. Les langues de travail sont le français, l’italien et l’anglais. Une bonne compréhension du français est toutefois nécessaire.

Comité scientifique

Albane Cogné (EFR),
Silvia Sebastiani (EHESS-CRH),
Sylvie Steinberg (EHESS-CRH)
Modalités de candidature

Le dossier de candidature comprendra les deux pièces jointes suivantes à attacher directement au formulaire en ligne (format pdf) : Champ « lettre de motivation » (un seul pdf)

- une lettre de motivation ;

- un résumé (max. 4000 caractères) de l’intervention proposée ;

- une lettre de recommandation écrite par un ou une titulaire dans l’enseignement supérieur et la recherche, qui prendra soin de dater et signer la lettre et de faire explicitement référence au présent atelier. Champ « CV » (un seul pdf)

- un curriculum vitae (max. 3 pages), accompagné d’une présentation des recherches en cours et d’un programme de travail. Il est important de préciser dans le cv les langues parlées et comprises.

Tous ces documents peuvent être rédigés en français, italien ou anglais.

Les candidats retenus sont tenus d’assister à l’ensemble des cours et ateliers.

Il sera demandé à chaque participant d’envoyer aux organisateurs, avant le 15 septembre 2025, 8.000 caractères de présentation de leurs travaux comprenant une description de leur corpus de sources, en y joignant une bibliographie synthétique.
Envoi du dossier de candidature

La réception des dossiers de candidature pour l’EFR est ouverte via le formulaire en ligne accessible.

La réception des dossiers s’achèvera le 31 mai 2026 à 17h (heure de Rome).

Les personnes sélectionnées en seront informées au plus tard le 1 juillet 2025.

⚠ ATTENTION : L’envoi du dossier de candidature est définitif, il ne sera pas possible de revenir sur une candidature.
⚠ ATTENTION : Pour éviter tout problème technique, veillez à ne pas déposer votre candidature au dernier moment.
Informations pratiques

Les déjeuners et le logement (en chambre double non mixte) seront assurés par l’École française de Rome et l’École des hautes études en sciences sociales. Les participantes et participants devront prendre en charge les frais du voyage à Rome.

Pour toute information, vous pouvez contacter Claire Challéat, assistante scientifique pour les époques moderne et contemporaine à l’École française de Rome, Piazza Farnese 67, 00186 Rome, secrmod@efrome.it.


Lieux École française de Rome - Palais Farnèse, Piazza Navona, 62
Rome, Italie (00186)

Format de l'événement 
Événement uniquement sur site


Contacts Claire Challéat
courriel : secrmod [at] efrome [dot] it

mercredi 29 avril 2026

Brève histoire de la médecine au Québec

Brève histoire de la médecine au Québec

Denis Goulet


Septentrion
28 avril 2026

Premier document de synthèse à embrasser l'ensemble du parcours médical, de la Nouvelle-France à aujourd'hui, ce livre propose bien plus qu'une simple chronologie : il invite le lecteur à explorer la complexité des pratiques médicales et à comprendre leur évolution en lien avec les dynamiques sociales qui ont façonné la société québécoise. Là où d'autres ouvrages s'arrêtent aux faits médicaux ou hospitaliers, celui-ci offre une analyse croisée des pratiques cliniques, chirurgicales et populaires, tout en mettant en lumière les enjeux sociaux et politiques qui les accompagnent. Il retrace avec précision comment la médecine s'est imposée au coeur du système de santé, décryptant le long processus de médicalisation et ses ­répercussions sur la vie quotidienne des Québécois. Que vous soyez professionnel de la santé ou lecteur curieux, cet ouvrage vous propose une immersion passionnante dans l'histoire complexe et foisonnante de la médecine au Québec.

mardi 28 avril 2026

Les remèdes de Galien au début de l'époque moderne

Galen's Remedies in the Early Modern Period. Traditions, Theories, Transformations, and Trades (1400-1750)


Editors: Fabrizio Bigotti, John Wilkins
 

Palgrave MacMillan

2026

Surviving the demise of his humoral pathology and anatomy, Galen’s works on simple and compound remedies (the so-called ‘galenicals’) formed the backbone of Western pharmacology up until the Industrial Revolution. Over its long and multicultural tradition—spanning the Roman Empire and Byzantium, through Islamicate societies, India, and China, to the New World and even Japan—Galenic pharmacopoeia evolved to incorporate new remedies, foods, philosophical rationales, and modes of preparation, including chemical ones. Despite its endurance, a systematic exploration of the use of galenicals beyond the Renaissance remains overdue.

Addressing this gap, the contributions in this volume bring together leading scholars who illuminate how this medical tradition unfolded in the early modern period and its underlying dynamics, often drawing on new or overlooked archival material. Challenging the prevailing narrative of decline, they examine how pharmacological knowledge was transmitted across languages and medical traditions. Each contribution highlights an aspect of the various conceptual adaptations this process entailed, including textual transmission, debates over the structure of matter, occult qualities, dosage quantification, apothecary regulations, patient treatment, and the integration of galenicals into household medicine. Special attention is also given to the commodification of materia medica in Atlantic trade, while a comprehensive introduction contextualises the main themes of Galen’s post-Renaissance legacy and explores the reasons for its enduring vitality.


lundi 27 avril 2026

Histoire des sciences de l'esprit

History of the Sciences of the Psyche



Call for papers

9th Writing Workshop:
3–4 September 2026

Forum for the History of the Human Sciences
in cooperation with the University of Erfurt, the University of Lübeck, and the Section History of Psychology of the German Psychological Society (DGPs)

International Meeting Centre (IBZ), University of Erfurt
Erfurt, Germany


For the ninth time, the Forum for the History of the Human Sciences, in cooperation with the Chair for the History of Science at the University of Erfurt, the University of Lübeck, and the Section History of Psychology of the German Psychological Society (DGPs), is organizing a writing workshop.
The workshop is conceived as an open forum that provides a platform for exchange on ongoing projects in the history and theory of psychology and related fields of knowledge (such as psychotherapy, psychiatry, anthropology, etc.). Its aim is to facilitate constructive work on article manuscripts and draft chapters for book projects, dissertations, or theses. During the workshop, these texts will be further developed through collective feedback and discussion with experienced scholars.

All interested participants are warmly invited to apply by 1 June 2026 by sending a half-page abstract and a short CV via email to laurens.schlicht@khk.uni-saarland.de. After acceptance of the abstracts, manuscript drafts should be submitted by 1 August 2026. During the workshop, the manuscripts will be briefly introduced and commented on, followed by an in-depth discussion.
Travel and accommodation costs will be covered for all active participants (presenters and commentators).


For further inquiries, please contact: laurens.schlicht@khk.uni-saarland.de.

An overview of the programs from previous years and further information about the Forum for the History of the Human Sciences can be found under
https://www.gwmt.de/netzwerke/ag-geschichte-der-humanwissenschaften/
https://www.uni-erfurt.de/philosophische-fakultaet/seminare-professuren/historisches-seminar/professuren/wissenschaftsgeschichte/forschung/schreibwerkstatt-psychologiegeschichte

dimanche 26 avril 2026

Histoires de la santé mentale globale

Histories of Global Mental Health 

Conference

 
June 25-26, 2026 | Montreal, Canada


DAY 1
8-9 Coffee & Greetings

9:00 Welcome & Introduction to Histories of Global Mental Health (HGMH)

9:30 KEYNOTE PANEL DISCUSSION: Critical Perspectives on Global Mental Health
Facilitator: Mariano Ruperthuz PhD Psychology (University of Chile) & PhD History (University of Santiago de Chile)
Panelists:

Nafissa Ismail, PhD
Director – LIFE Research Institute, University of Ottawa

 Laurence Kirmayer, MD, FRCPC, FCAHS, FRSC
Distinguished James McGill Professor & Director of the Division of Social & Transcultural Psychiatry, McGill University
Thirusha Naidu, MClin Psych, PhD

CRC Equity and Social Justice in Global Medical Education, University of Ottawa
Harry Yi-Jui Wu, MD, DPhil
Associate Professor of Medical Humanities & Social Medicine, National Cheng Kung University

11:30 Lunch Break
(not included with registration)

13:00 GLOBAL NORTH EXPORTING PSYCHIATRY

Meyerian Mental Hygiene and Its Transnational Migrations North
Alexander Myrick, University of Ottawa (Canada)

Recursive Gatekeeping: Technical Disputes and Professional Quarrels between Clinical Psychologists and Psychiatrists under the National Committee for Mental Hygiene, 1909-1939
Catriel Fierro, Autonomous University of Barcelona (Spain)

From Washington to Santiago: The Expansion of the Mental Hygiene Movement
in Latin America (1908-1950)
Mariano Ruperthuz, Buenos Aires & International Psychoanalytic Associations

The Freudian School of Paris and the Making of a New Kind of Psychoanalysis (1964-1980)
Alejandro Dagfal, Universidad de Buenos Aires (Argentina)

15:00 Coffee/Tea & Intellectual Exchange

15:30 GLOBAL SOUTH RESPONDING TO PSYCHIATRY
Social Medicine, Psychiatry, and Activism During the Chilean Road to Socialism, 1970-1973: Historical Notes on Global Mental Health Today
Gabriel Abarca-Brown, University of Copenhagen (Denmark)

Psychiatrists and Psychiatry: The Making of Modern Indian Psychiatry in Independent India
Shilpi Rajpal, University of Copenhagen (Denmark)

Mental Health in Brazil and Global Mental Health
Cristiana Facchinetti, Fundação Oswaldo Cruz (Brazil)

5-7pm Cinq à Sept (Happy Hour) For Presenters & Organizers
 

DAY 2
8-9 Coffee/Tea & Intellectual Exchange

9:00 RETHINKING EFFECTS OF PSYCHIATRY IN OPPRESSIVE CONTEXTS
African Pharmakon: The Asylum as Shrine from Slavery to the Return
Nana Osei Quarshie, Yale University (USA)

Healthcare and Indian Indentureship in Trinidad, 1845-1921
Karishma Nanhu, National Trust, Preservation and Research Office (Trinidad and Tobago)

Resilience in the Face of Trauma: a Historical Reappraisal of Mental Health Experiences
in Collapsed Economies and Protracted Wars in the Middle East
Joelle Abi-Rached, American University (Lebanon) and Harvard University (USA)

10:30 Coffee/Tea & Intellectual Exchange

11:00 BIG GLOBAL PICTURES FROM HISTORIANS
Colonialism and Decolonisation in Histories of Global Mental Health
Ana Antic, University of Copenhagen (Denmark)
Beck’s Cognitive Behavior Therapy Globally
Rachael Rosner, Independent Scholar (USA)
Reconsidering the Machine Zone: Technologies of Addiction, Habituation, and Disorientation in Digital Mental Health
Luke Stark, Western University (Canada)

12:30 Lunch Break
(not included with registration) 

14:00 ACTIVATING HISTORY FOR GLOBAL MENTAL HEALTH
Improving Theoretical Perspectives in Mental Health and Well-being from Global South Ideas: the Case of Brazilian Teachers
Ana Luiza de França Sá, Federal Institute of Education, Science, and Technology of Brasília- IFB (Brasil)
Universidad del Desarrollo (Chile)

Mental Health Practices and Traditional Ecological Knowledges
Wade Pickren, Independent (USA)

15:00 CLOSING REMARKS & ACKNOWLEDGEMENTS
 

Conference Co-Sponsors:
Division of Social & Transcultural Psychiatry, Department of Psychiatry, McGill University
Department of Global & Public Health, McGill University
Social Studies of Medicine Department, McGill University
Jason A. Hannah Chair in History of Medicine, University of Ottawa
 

Conference Co-Chairs:
Rachael Rosner & Susan Lamb
Program Committee:
Rachael Rosner
Suzanne Hollman
Susan Lamb
Wade Pickren
 

Address of Conference (all sessions): 4333 Ch. de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal, QC H3T 1E4
Registration: https://www.mcgill.ca/tcpsych/training/2026-special-event (lunch not included)
Contact: Susan Lamb (mobile 001-514-576-3382)

samedi 25 avril 2026

L'administration du vaccin contre la variole dans la Grèce du XIXe siècle

Administrating the Smallpox Vaccine in 19th Century Greece: scientific dimensions, practical issues and popular reactions


Online Lecture

Wednesday, 11 June 2025, 17.30 CEST



Athanasios Barlagiannis, Modern Greek History Research Centre, Academy of Athens

Who was vaccinating in 19 th century Greece? How was the effectiveness of the vaccine ascertained? Were there any popular reactions and what forms did they take? The presentation aims to discuss these questions after tracing the history of the smallpox vaccination in the regions of the Ottoman Empire, which would become Greece in 1832, as well as its relations to inoculation, the previous form of smallpox prevention developed by Greek physicians of the Ottoman Empire. It highlights the
factors that influenced vaccination policies and concludes with the importance of public administration in overcoming obstacles such as popular discontent and fears, scientific uncertainty, challenges from local political opposition and practical issues, such as long-distance transportation of the vaccine.

Short CV:
Athanasios Barlagiannis is a tenure-track researcher at the Modern Greek History Research Centre of the Academy of Athens, specialising in the history of the institutions of the Greek state, 19 th - 20 th centuries. He holds a PhD in Modern Greek History from the Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris). Since 2016, he has been collaborating with the French research centre TELEMMe (Marseille) on medical and scientific exchanges in the Eastern Mediterranean during the 1820s-
1830s. He is a member of the Network for the History of Health (Greece) and treasurer of the Greek Commission of the DHST/IUHPST. He is interested in the history of public health policies, medicine, pharmacology and the Greek state.

Link: https://kit-lecture.zoom-
x.de/j/6884631281?pwd=R3ZwaXVvQWhEaG5MTmlrdytTUXFPUT09


Access without registration - for additional questions, please contact the organizer by
stefan.poser@kit.edu

vendredi 24 avril 2026

Doctorats en histoire des sages-femmes en Belgique

PhD positions in the history of midwifery

Call for applications

 Vrije Universiteit Brussel and the University of Antwerp. 

The PhD projects are part of a larger FWO-funded research project 'Midwifery roles and practices in Belgium and the Belgian Congo (1908-1960)', coordinated by Jolien Gijbels and Margot Luyckfasseel. The project as a whole aims to generate fresh insight into the continuing importance of midwives in reproductive care in Belgium and the Belgian Congo between 1908 and 1960. Although women across the globe handled the lion’s share of deliveries and combined different reproductive care roles far into the 20th century, a comprehensive history of their variety of practices and roles still needs to be written. To this end, the PhD researchers will collaborate closely with one another to develop a practice-oriented methodology that prioritizes source material offering insights into midwifery practices and the perspective of midwives, and to examine the mutual influences between Belgium and the Belgian Congo.

The PhD researcher at Vrije Universiteit Brussel will work on the Belgian case and will be supervised by Jolien Gijbels, Margot Luyckfasseel and Margo De Koster. The PhD researcher at the University of
Antwerp will focus on the Belgian Congo and will be supervised by Margot Luyckfasseel, Jolien Gijbels and Amandine Lauro.

 

Important dates:

·                Interviews will be held on July 7.

·                The planned start date is November 1 or as soon as possible after that date.

 

Please feel free to share the two vacancies with interested candidates in your networks: https://shoc.research.vub.be/en/vacancy-doctoral-researcher-in-the-history-of-midwifery

https://www.uantwerpen.be/en/jobs/vacancies/academic-staff/?q=4373&descr=Doctoral-scholarship-holder-history