lundi 9 novembre 2020

Le dernier numéro du Bulletin canadien d'histoire de la médecine

Canadian Bulletin of Medical History/ Bulletin canadien d'histoire de la médecine 

Vol. 37, No. 2, fall/automne 2020



 

 

 

 

 

Articles

Noddle Pox: Syphilis and the Conception of Nosomania/Nosophobia (c. 1665–c. 1965)
Diederik F. Janssen

Inpatients at the St. John’s General Hospital: Morbidity in Late 19th-Century Newfoundland and Labrador
Madeleine Mant

“Une plus brillante moisson de citoyens sains et robustes”: Eugenic Discourses in French Canada (1902–10)
Vincent Auffrey

Building Community and Transforming Knowledge: Histories of Women’s Health Practitioners and Community-Based Health Services in 20th-Century Alberta, Canada
Karissa R. Patton, Emily B. Kaliel

Race, Kidney Transplants, Immunosuppression Research, and White Supremacy under Apartheid, 1960–80
Simonne Horwitz

Incertitude diagnostique et action politique : une association de parents face aux politiques de l’autisme, 1982–2017
Dannick Rivest, Julien Prud’homme


Book Reviews / Comptes rendus


Poisonous Pandas: Chinese Cigarette Manufacturing in Critical Historical Perspectives Matthew Kohrman, Gan Quan, Liu Wennan, and Robert N. Proctor
Lucas Richert

Archéologie de la santé, anthropologie du soin Alain Froment et Hervé Guy
Ninon Dubourg

Comment l’Empire romain s’est effondré : le climat, les maladies et la chute de Rome Kyle Harper
Laurent Galopin

The Clean Body: A Modern History Peter Ward
Jane Nicholas

Les Tentations de la chair. Virginité et chasteté (16e–21e siècles) Alain Cabantous et François Walter
Pauline Mortas

Gothic Remains: Corpses, Terror and Anatomical Culture, 1764–1897 Laurence Talairach
Martin Robert

Sharks upon the Land: Colonialism, Indigenous Health, and Culture in Hawai’i, 1778–1855 Seth Archer
Caroline Lieffers

Corpses in Belgian Anatomy, 1860–1914: Nobody’s Dead Tinne Claes
Martin Robert

L’asile en procès. Le scandale d’Evere (1871–1872) et la prise en charge de la folie en Belgique Gauthier Godart
Renaud Bardez

Un village pour aliénés tranquilles Juliette Rigondet
Gaspard Bouhallier

Strange Trips: Science, Culture, and the Regulation of Drugs Lucas Richert
Catherine Carstairs

To Comfort Always: A history of palliative medicine since the nineteenth century David Clark
Zoë Dubus

Building Resistance: Children, Tuberculosis, and the Toronto Sanatorium Stacie Burke
Eric Story

Brainwaves: A Cultural History of Electroencephalography Cornelius Borck, trans. Ann M. Hentschel
Fabio De Sio

The Colonial Politics of Global Health: France and the United Nations in Postwar Africa Jessica Lynne Pearson
Adebisi Alade

Diagnosing the Legacy: The Discovery, Research, and Treatment of Type 2 Diabetes in Indigenous Youth Larry Krotz
Travis Hay

Travailler sur les dossiers personnels

Travailler sur les dossiers personnels : apports et défis, limites méthodologiques et éthiques

Colloque 



Ce colloque propose d'échanger sur les aspects méthodologiques et éthiques en lien avec l'usage de dossiers personnels comme source historique. Il s'agit en particulier de réfléchir aux questions de recherche, au design de recherche, aux limites possibles des résultats et aux questionnements éthiques que leur utilisation peut susciter.


Le dossier personnel est le résultat d’une procédure de recueil d’informations, d’enregistrement, de description et de suivi d’un individu. Ce dernier devient l’objet d’un tel dossier lorsqu’il attire l’attention de certaines instances, en particulier l’administration, la justice, la médecine ou la psychiatrie. Cette mise en écriture de l’existence individuelle devient un moyen de contrôle et de traçabilité pour identifier des catégories de personnes et surtout fabriquer une typologie de l’hors norme, dont l’objectif peut viser la protection de l’individu et de ses droits mais aussi et surtout la protection de la société en adaptant l’intervention à la nature jugée déviante de la personne concernée. Rapports d’expert·e·s, correspondances entre institutions, procès-verbaux divers, fiches de visites, etc. sont autant de documents constituant le dossier personnel et participant à la catégorisation de l’individu. Ces archives spécifiques peuvent être étudiées du point de vue des observé·e·s comme des observateurs·trices : elles laissent filtrer des parcours de vie, mais aussi des préjugés et stéréotypes, un fonctionnement institutionnel particulier, des discours normatifs – concordants ou concurrents – et des enjeux de pouvoir.


Jeudi 19 novembre

14h-14h15 Introduction au colloque / Einführung

Panel 1: Les démarches en amont et les conséquences pour la recherche

14h15-14h35 Gilles Jeanmonod (Archives cantonales vaudoises) et Grégoire Oguey (Archives de l’État de Neuchâtel): Les dossiers personnels de patients: une gageure pour l’évaluation archivistique.

14h35-14h55 Rebecca Crettaz (Université de Genève): Expérience de recherche(s) sur des dossiers personnels. Considérations autour des dossiers des internés administratifs et de la protection de l’enfance.

14h55-15h15 Jonathan Holst (Universität Lübeck) und Alison Dörnte (Universität Lübeck): Dokumente der Verabreichung. Nutzen und Eigenlogik psychiatrischer Patient*innenakten.

15h15-15h35 Miriam Baumeister (Basel Graduate School of History): Die Rekonstruktion des Lebenswegs von Jugendlichen aus ihren Personalakten.

15h35-15h55 Aurore Müller (Université de Fribourg): Les défis de la comparaison dans la sélection des sources.

15h55-16h30 Questions et discussion / Fragen und Diskussion


Vendredi 20 novembre

Panel 2: Traitement et analyse des dossiers

9h15-9h35 Jasmine Lovey (Université de Fribourg): Les mères célibataires dans les dossiers de l’assistance publique valaisanne (1929-1970): quelles évolutions?

9h35-9h55 Camille Jaccard (Institut des humanités en médecine): L’apport des dossiers de patients à l’histoire des disciplines: l’exemple des relations entre psychologie et psychiatrie infantile en Suisse romande (1930-1980).

9h55-10h15 Cécile Bannwart (Hochschule Luzern), Lea Bloch, Paula Krüger, Danielle Berthet: Personendossiers von (gewaltsam) verstorbenen Kindern und Jugendlichen – Möglichkeiten und Grenzen eines lückenhaften Quellentyps.

10h15-10h45 Questions et discussion / Fragen und Diskussion

10h45-11h Pause

11h-11h20 Stephan Strunz (Humboldt-Universität Berlin): Der Lebenslauf zwischen autobiographischem Ausdruck und institutioneller Überformung – Methodologische Einsichten aus preußischen Personalakten um 1800.

11h20-11h40 Gregor Feindt (Leibniz-Institut für Europäische Geschichte, Mainz): Das Leben hinter der Akte: Wie schreibt man mit Personalakten Biographie(n)?

11h40-12h Dr. (phil.) Fruzsina Müller (Leipziger Diakonissenhaus): Individualität und Kollektivität: Ein Projekt zur biografischen Erfassung von Diakonissen.

12h-12h30 Questions et discussion / Fragen und Diskussion

12h30-14h Pause


Panel 3 : Considérations éthiques

14h-14h20 Amos Kuster (Universität Basel): Patient.innen eine Stimme geben? Ethiken historischen Arbeitens mit Krankengeschichten.

14h20-14h40 Romain Tiquet (CNRS, Aix-en-Provence): Rentrer par effraction: réflexions méthodologiques et éthiques sur l’exploration de dossiers de patients de l’hôpital psychiatrique de Fann (Sénégal) dans les années 1960.

14h40-15h Niels Rebetez (Université de Fribourg): Confronter la parole avec le papier. Considérations méthodologiques et éthiques dans la double utilisation d’entretiens avec des témoins et de leur dossier judiciaire.

15h-15h30 Questions et discussion / Fragen und Diskussion

15h30-15h40 Clôture / Schluss


Modalités de participation

En raison de la situation sanitaire, le colloque aura lieu entièrement en ligne, pour les intervenant.e.s comme pour le public. Les inscriptions pour le public sont à effectuer auprès de niels.rebetez@unifr.ch jusqu'au 12 novembre. Les participant.e.s du public peuvent suivre tout ou partie du programme.

Le colloque est bilingue français-allemand. Chacun.e peut s'exprimer dans la langue qu'il/elle souhaite. Les organisateur/-trice peuvent traduire une question ou une brève réponse si besoin, mais il n'y a pas de traduction des présentations.

dimanche 8 novembre 2020

Les épidémies et la loi

American Contagions: Epidemics and the Law from Smallpox to COVID-19  

 

John Fabian Witt

Publisher : Yale University Press (October 27, 2020)
Hardcover : 184 pages
ISBN-13 : 978-0300257274

From yellow fever to smallpox to polio to AIDS to COVID-19, epidemics have prompted Americans to make choices and answer questions about their basic values and their laws. In five concise chapters, historian John Fabian Witt traces the legal history of epidemics, showing how infectious disease has both shaped, and been shaped by, the law. Arguing that throughout American history legal approaches to public health have been liberal for some communities and authoritarian for others, Witt shows us how history’s answers to the major questions brought up by previous epidemics help shape our answers today: What is the relationship between individual liberty and the common good? What is the role of the federal government, and what is the role of the states? Will long-standing traditions of government and law give way to the social imperatives of an epidemic? Will we let the inequities of our mixed tradition continue?

samedi 7 novembre 2020

Fools Crow, l'homme-médecine des Sioux

Fools Crow, l'homme-médecine des Sioux 

Thomas Mails 

 

Éditeur : Editions du Rocher (14 octobre 2020) 
Broché : 424 pages
ISBN-13 : 978-2268103471
Dimensions du produit : 14 x 2.7 x 22.5 cm


À l'instar de la rencontre en 1930 entre Black Elk, homme-médecine lakota, et John G. Neihardt, de laquelle résultat le célèbre Élan Noir parle (Black Elk Speaks), la rencontre dans les années 1970 entre Thomas E. Mails et Frank Fools Crow, chef cérémoniel lakota, procède du même « hasard » de Grand Rendez-Vous spirituel. Né en décembre 1890, année et mois du massacre de Wounded Knee, dans la réserve des Sioux oglalas de Pine Ridge, ce neveu de Nicholas Black Elk est le dernier descendant d'une grande lignée de Saints-Hommes. Outre son parcours personnel, il nous relate un monde et un mode de vie entrelacés à des valeurs morales et spirituelles consubstantielles de l'identité lakota. Au début de sa vie, Fools Crow dut vivre caché, presque exilé sur sa propre terre, pour échapper à l'école des Blancs. Longtemps il pratiqua des rites secrets interdits par le Bureau des Affaires indiennes, particulièrement la danse du Soleil. Toute sa vie au service des siens, Fools Crow a conduit aussi d'autres cérémonies des plus importantes dont celle du Yuwipi, de la Pipe Sacrée, du Hunka, de la quête de la Vision. Tenant à la fois du passé comme du présent, les propos de l'homme-médecine, à leur façon, répondent aux questions que se pose aujourd'hui un vaste public quant au devenir des Indiens d'Amérique du Nord, en l'occurrence sur l'héritage spirituel les Sioux lakotas. En cela la préface de Didier Dupont répond en partie, aujourd'hui, à certains aspects de ce questionnement.

vendredi 6 novembre 2020

Fièvre typhoïde et épidémiologie dans l'Angleterre victorienne

The Filth Disease.Typhoid Fever and the Practices of Epidemiology in Victorian England
 
Jacob Steere-Williams
 
Boydell & Brewer
November 2020
31 black and white illustrations
266 pages

Shows how the the investigation of local outbreaks of typhoid fever in Victorian Britain led to the emergence of the modern discipline of epidemiology as the leading science of public health Typhoid fever is a food- and water-borne infectious disease that was insidious and omnipresent in Victorian Britain. It was one of the most prolific diseases of the Industrial Revolution. There was a palpable public anxiety about the disease in the Victorian era, no doubt fueled by media coverage of major outbreaks across the nation, but also because Queen Victoria's husband, Prince Albert, died of the disease in 1861. Their son and heir, Prince Albert Edward, contracted and nearly succumbed to typhoid a decade later in 1871.

The Filth Disease shows that typhoid was at the center of a number of critical debates about health, science, and governance. Victorian public health reformers, the book argues, working in central and local government, framed typhoid as the most pressing public health problem in order to persuade local officials to implement sanitary infrastructure to prevent the spread of disease. In this period British epidemiologists uncovered how typhoid is spread via food and water supplies, disrupting the longstanding idea that typhoid was spread via filth. In the process the modern disciple of epidemiology emerged as the chief science of public health. Typhoid was as much a social and political problem as it was a scientific one, and The Filth Disease provides a striking reminder of the cultural context in which infectious diseases strike populations and how scientists study them.

JACOB STEERE-WILLIAMS is Associate Professor of History at the College of Charleston.

Bourses Hans Rausing du CHSTM

Hans Rausing Scholarships at the Centre for the History of Science, Technology and Medicine at King’s College London

Call for applications

The Centre for the History of Science, Technology and Medicine (CHoSTM) at King's College London invites applications for Hans Rausing Scholarships to begin in October 2021. The scholarships are available to students from overseas, the EU and the UK to study the history of science and/or technology at Masters and PhD-level at the Centre (please note that research projects in the history of medicine are not eligible).

Scholarships are available as:

· a one-plus-three year award (“1+3 award”), which funds the student to take one of the KCL MA History programmes, with progression to doctoral study at CHoSTM subject to satisfactory completion of the MA; or

· a three-year award (“+3 award”), to fund doctoral study only, for students who already have a Master’s degree in the history of science, technology, and/or medicine (HSTM), or a Master’s degree in History or a related humanities or social science field with an HSTM taught component or HSTM research experience.

Applicants should have an exceptional academic track record and outstanding research potential in the history of science and/or technology. The award covers fees (at home or overseas rates) and a maintenance grant equivalent to that offered by the UK Arts and Humanities Research Council (AHRC) for the duration of the award (current value detailed here: https://www.lahp.ac.uk/apply-for-a-studentship/ ).

Applicants for either award are advised to contact a prospective supervisor to discuss research interests and proposal. Staff at KCL working in HSTM are listed here: https://www.kcl.ac.uk/history/research/expertise​ or here: https://www.kingschostm.com/about-us

Application procedure for +3 award

Applicants for the +3 award should apply for the History Research MPhil/PhD via the King's College London application system. All the information on this is here:

https://www.kcl.ac.uk/study/postgraduate/research-courses/history-research-mphil-phd

There is no separate form for the Rausing Scholarship. To be considered for the +3 award, applicants must submit with their electronic application a sample of written work, a brief personal statement of academic interests and reasons for undertaking doctoral research, and a research proposal. The research proposal should be around 1,000-1,500 words plus bibliography and should outline the historical questions being addressed and their significance, relevant historiography, and sources.

Applications are invited for +3 award applications for entry in October 2021 (or exceptionally in January 2022). The closing date is 15 March 2021, but you may apply at any time. Applicants may be called for interview. Applications received after 15 April 2021 may not be considered. Rausing awards will be announced by mid-May 2021.

Application procedure for 1+3 award

Applicants for a 1+3 award for entry in October 2021 should apply to one of the MA programmes via the King's College London electronic application system. All the information on this is here: https://www.kcl.ac.uk/history/postgraduate

We will potentially support applicants taking any of our MA programmes, although applicants should discuss with their prospective supervisor which would be most appropriate for their research project and interests.

There is no separate form for the Rausing Scholarship. To be considered for the award, applicants must submit with their electronic application a sample of written work and a 1-2 page personal statement of academic interests, reasons for undertaking postgraduate study in history of science and technology, and possible areas of doctoral research. If they wish, they may also produce a research proposal of around 1,000-1,500 words plus bibliography and should outline the historical questions being addressed and their significance, relevant historiography, and sources.

Applications for the MA programme are currently being reviewed as they are received. Applications received after 15 April 2021 may not be considered for a Rausing studentship. Awards will be announced by mid-May 2021.

jeudi 5 novembre 2020

Les épidémies au prisme des sciences humaines et sociales

Les épidémies au prisme des sciences humaines et sociales. De quelles crises les épidémies sont-elles porteuses ?

Appel à communications


Colloque interdisciplinaire de sciences humaines et sociales organisé par la Maison des sciences humaines de l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) 25-26/03/2021


Problématique scientifique

Les épidémies liées aux maladies contagieuses et infectieuses accompagnent le développement humain depuis la nuit des temps (fièvre typhoïde ; variole ; peste bubonique ; choléra ; grippes espagnole, asiatique et de Hong Kong ; tuberculose ; etc.), sans oublier les épidémies de maladies nouvelles comme le VIH ou la Covid-19. La croissance démographique, l’augmentation de la densification des espaces, l’essor des mobilités tous azimuts dans le cadre de la mondialisation des échanges en ont encore accéléré la diffusion planétaire comme l’illustre de manière spectaculaire l’épidémie liée au virus SARS-CoV-2, à l’origine de la maladie nouvelle de la Covid-19. Malgré sa médiatisation considérable, la mortalité engendrée par cette dernière (plus de 930 000 morts recensés et plus de 26 millions de personnes infectées entre son identification officielle le 17 novembre 2019 à Wuhan en Chine et septembre 2020) reste cependant bien en deçà des hécatombes de la grippe espagnole (environ 50 millions de morts entre 1918 et 1919) ou encore de la peste noire qui a décimé entre 30 et 50 % des Européens en cinq années seulement au Moyen-âge (1347-1352).

Au-delà des inquiétudes purement sanitaires, les épidémies constituent un objet de recherche, qui peut être interrogé par toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, en articulation plus ou moins étroite avec les approches épidémiologiques, sanitaires et écologiques. Inscrit au croisement fructueux de l’interdisciplinarité portée par la Maison des sciences humaines de l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA), ce colloque a pour ambition d’appréhender la diversité des dimensions des crises épidémiques contemporaines et passées, en partageant les interrogations, les analyses, les savoirs et les outils des différentes disciplines : histoire, géographie, géopolitique, sociologie, sciences politiques, droit, lettres, économie-gestion, psychologie, sciences de l’éducation et de la formation, etc.

Réapparu à la faveur de l’épidémie de la Covid-19, l’intérêt pour l’étude de la complexité des phénomènes épidémiologiques a pris un tour résolument nouveau, surtout face aux défis multiples et énormes qu’ils soulèvent dans un monde déjà largement gagné par les incertitudes vis-à-vis du futur.

Les organisateurs de ce colloque souhaitent mettre l’accent sur trois thématiques principales :


Ce que les épidémies disent des sociétés et de leur fonctionnement

Longtemps inexpliquées, les épidémies ont d’abord été interprétées comme la marque de châtiments divins. Avec les progrès de la science, elles sont progressivement entrées dans la sphère des explications scientifiques, mais aussi dans celle des querelles et des controverses entre les savants, interrogeant ainsi la toute-puissance de la science. Malgré ce passage de l’irrationnel au rationnel, toutes les épidémies sont accompagnées de peurs anciennes et ravivées (dont ont rendu notamment compte la littérature, le théâtre et l’iconographie), mais aussi de peurs nouvelles face à l’effondrement des certitudes et le spectacle de la mort aveugle et collective, spectacle répercuté dorénavant par les médias d’information en continu. La vulnérabilité des sociétés fragilisées n’en apparaît que plus grande, tandis que les représentations et les croyances sont profondément malmenées, attisées encore par les moyens de communication numériques actuels et les réseaux sociaux. La propagation des fausses informations (« infodémies », selon l’expression proposée en mars 2020 par le directeur de l’Organisation Mondiale de la Santé) n’a guère de mal à prospérer, avec son lot de nuisances, de manipulations et d’intentions complotistes. Ces fausses informations constituent autant de menaces dangereuses pour les démocraties. Au cœur des épisodes épidémiques, l’émotion prend alors volontiers le pas sur la réflexion, tandis que s’accroissent les défiances à l’égard des médias, des institutions, ou des scientifiques.

A un niveau plus individuel, la peur de la maladie nouvelle, associée aux restrictions d’interactions sociales pour y faire face, impacte le fonctionnement psychologique des individus, à différents niveaux, émotionnel, cognitif et social. Cela modifie en conséquence les représentations et perceptions que les individus se font d’autrui ainsi que les comportements déployés, favorisant ainsi l’émergence de nouvelles normes sociales.

Déjà considérables sur les plans humains, sociaux et sociétaux, les épidémies se doublent aussi, et se doubleront encore à l’avenir, de bouleversements économiques majeurs. La seule crise de la Covid-19 devrait ainsi s’accompagner d’environ 12 000 milliards de dollars de pertes pour 2020-2021 selon le FMI. Des pans entiers d’activité s’en trouveront fragilisés, ce qui fera exploser le chômage (particulièrement chez les jeunes, les précaires et les moins qualifiés) et, partant, les inégalités au sein même des pays et entre les pays. La mondialisation contemporaine s’en trouve profondément et sévèrement questionnée dans ses logiques organisationnelles et son fonctionnement incompatible avec le développement durable, d’autant que la crise de la Covid-19 et ses suites (et celles qui ne manqueront pas de suivre selon les épidémiologistes) ne peut se penser sans être articulée avec les menaces à venir en matière de dérèglement climatique, spectre avec lequel elle partage de très nombreux paramètres.

Moments privilégiés pour les examens de conscience, les épidémies apparaissent alors comme des épreuves de vérité pour les sociétés et les Etats en révélant leurs failles et de leurs faiblesses.


Actions et logiques à l’œuvre, d’hier à aujourd’hui

Passé le temps de la sidération, Etats, populations et sociétés victimes des épidémies réagissent plus ou moins rapidement selon des modalités très diverses que ce colloque entend aborder sur le temps long. Ces différentes modalités d’adaptation aux épidémies reflètent la diversité, la plus ou moins grande réactivité et implication des acteurs en présence, tant publics que privés : Etats, collectivités locales, institutions, entreprises, ONG, etc., sans oublier la société civile qui, souvent organisée en dehors des réponses étatiques, se singularise par sa spontanéité, son inventivité et l’efficacité de son engagement. A côté de la réaction de la puissance publique, des milieux médicaux et sanitaires confrontés à l’urgence de la situation et au défi de l’organisation et de la coordination (soigner, sauver, prévenir, alerter), les sociétés sont confrontées à la nécessité de se mobiliser dans un réflexe de survie élémentaire. Les épisodes épidémiques accélèrent par ailleurs l’avènement de tendances de fond qui étaient déjà en gestation. Première pandémie de l’histoire suivie en temps réel par toutes les chaînes d’information, la Covid-19 a suscité à cet égard des changements nombreux et importants, dont l’évocation ci-dessous ne donne qu’une approche partielle.

Les épidémies mettent d’abord à rude épreuve les démocraties. Au nom de considérations de santé publique, les atteintes à la liberté sont en effet potentiellement nombreuses et la peur des mesures de restriction des libertés individuelles et collectives est largement partagée (velléités de surveillance, de punition ou de contrôle des populations, tant sur les plans sanitaire, administratif, policier que médical/ux). Notons que les régimes forts ont souvent récupéré les événements pour faire avancer leur cause, en justifiant l’emploi de mesures expéditives et de moyens exceptionnels.

Pour éviter l’effondrement économique, les Etats ont repris l’avantage en développant des dispositifs hardis et très coûteux de soutien aux secteurs d’activité et aux entreprises, montrant au passage leur rôle toujours indispensable alors que la logique de mondialisation avait eu tendance à les reléguer au second rang. Le redémarrage des activités pourrait s’articuler avec l’accélération des mutations indispensables à mettre en œuvre dans le cadre des transitions énergétiques et climatiques. Des formes nouvelles et alternatives d’activités pourraient aussi émerger à cette occasion (raccourcissement des chaînes d’approvisionnement, retour au local, circuits courts, économie du partage, numérisation et robotisation accélérée, montée des compétences, etc.). Surtout, l’électrochoc de la crise épidémique récente a révélé la profonde désindustrialisation des pays développés et leur dépendance vis-à-vis des pays émergents quant à leurs approvisionnements stratégiques (principes actifs des médicaments, matériel médical, etc.). Au nom de la souveraineté industrielle et économique, de nombreux pays ainsi que l’Union européenne ont entrepris de réviser leurs stratégies en appelant à réindustrialiser leurs économies et leurs territoires, en s’appuyant notamment sur la relocalisation d’activités. Mais les obstacles et les handicaps sont nombreux à surmonter ainsi que devrait le montrer ce colloque.

Le travail et le rapport au travail ont aussi été durablement bouleversés par la crise épidémique, notamment avec l’explosion du télétravail, qui a concerné un tiers des emplois en France durant la période de confinement. Les mobilités quotidiennes ont été particulièrement impactées, comme en témoignent aussi l’explosion des espaces de coworking partout dans le monde (développé). Le rapport à la ville connait lui aussi de nouveaux et fructueux questionnements, dans le cadre des aménagements futurs. Les velléités de mobilité des cadres depuis les métropoles vers les villes moyennes en constituent une facette intéressante. Les mobilités de plus grande envergure (tourisme international) sont quant à elles totalement bouleversées. Ces évolutions très rapides et contraintes obligent à établir de nouveaux rapports aux échelles et à l’espace.

Ces nouveaux modes d’organisation produisent des réponses innovantes et inédites à l’urgence. En tant que vecteurs rapides d’adaptation, ils sont porteurs de nouveaux défis encore mal explorés, mais dont la pérennisation est nécessaire surtout si les situations de confinement et de restriction des mobilités devaient se réitérer. Les secteurs culturels et sportifs ont été mis de côté et en partie virtualisés durant cette période, les fragilisant peut-être durablement au profit pour le secteur culturel des grands groupes qui maîtrisent la diffusion de masse.


Quel(s) savoir(s) extraire de l’expérience particulière de la Covid-19?

Moments d’incertitude radicale, les épidémies présentent des permanences, mais aussi des spécificités inédites liées à la complexification de nos sociétés. La réapparition brutale en 2020 d’une pandémie que personne n’attendait (en dehors des épidémiologistes hélas inaudibles qui tiraient depuis des décennies la sonnette d’alarme) révèle que la mémoire des épidémies est le plus souvent courte, au-delà des simples souvenirs intergénérationnels (cas de la grippe espagnole par exemple). Le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) apparu en Chine en 2002 et considéré comme la première maladie grave et transmissible apparue au début du XXIe siècle, en fournit un excellent exemple, puisque les politiques préventives ont été levées quelques années seulement après son passage dans la plupart des pays (destruction des énormes stocks de masques de protection périmés en France). La gravité de la Covid-19 (par rapport au SRAS de 2002 qui n’a totalisé que 800 morts dans le monde, avant de disparaître mystérieusement sans qu’un vaccin ne lui soit trouvé) marquera-t-elle un tournant salutaire ? Quelles en seront les conséquences sociétales et individuelles ?

Les leçons de l’impréparation aux chocs épidémiques sont pourtant nombreuses, notamment parce qu’elles rappellent que les Etats ont un devoir d’anticipation (« Etat-prévoyance ») face aux risques, aux crises épidémiques et aux nouvelles menaces (apparition de virus nouveaux et mal identifiés), amplifiées encore par l’explosion démographique, les mobilités internationales ou encore le changement climatique. Il leur faut adopter des politiques et des stratégies de prévention adéquates, de même que des politiques d’innovation scientifiques ambitieuses, mutualisées et coordonnées. Ces objectifs sont difficiles à atteindre faute de véritables ententes au niveau international, comme en témoigne, malgré l’urgence sanitaire, le retrait des Etats-Unis de l’OMS en 2020, dont ils étaient le plus gros contributeur. Le chacun pour soi étatique est-il surmontable face aux épidémies ? Les épidémies, on le voit, s’inscrivent aussi pleinement dans la géopolitique. Ne parle-t-on pas déjà d’une « géopolitique du vaccin » pour décrire la rivalité acharnée que se livrent entre elles les firmes pharmaceutiques, mais aussi les Etats, dans la maîtrise de cette innovation scientifique, seule à même de permettre au monde de se rouvrir alors qu’il se confine et se calfeutre ?

Les atermoiements et les erreurs des Etats commises à chaque réapparition des épisodes épidémiques invitent donc à repenser l’armature de l’action publique nationale, mais aussi internationale, afin de la rendre plus résiliente, plus rapide et efficace dans ses réactions.

Parmi les enseignements les plus spectaculaires de la crise de la Covid-19 figurent plusieurs idées fortes et importantes qui creusaient auparavant leur sillon, mais qui ont trouvé à l’occasion de l’épidémie une caisse de résonance inespérée : la montée de la conscience publique en matière de santé ; la recherche d’une plus grande quête de sens ; le repositionnement de l’économie au service des humains et non des seuls actionnaires ; la contestation de la logique de marché dans un cadre hyper libéral et d’hyper mondialisation ; la recherche d’une autre mondialisation, plus solidaire et plus écologique ; etc. Celles-ci fourniront autant de matière à discussion.

Accélérateurs de changements et de mutations, les épidémies n’ont pas fini de remodeler nos sociétés.


Modalités de contribution

Les propositions de participation devront être soumises en français en une page Word standard, Times new roman 12 (environ 550 mots). Elles devront s’inscrire dans l’un des trois thèmes proposés. Les résumés doivent clairement présenter les objectifs de la communication (originalité, méthode, voire résultats). La proposition de communication sera accompagnée de cinq mots clefs au maximum, du numéro de la thématique et de la ou des discipline (s) concernées (s). Une bibliographie précise et spécifique peut être indiquée (10 références au maximum) en plus des 550 mots de présentation. 

La date limite pour l’envoi des propositions est fixée au 15/12/2020

à colloque2021-epidemies@univ-reims.fr. Réponses à partir du 25/01/2021.

Actes sur sélection d'articles. 


Comité scientifique (URCA)
Muriel FRISCH (CEREP),
Stéphanie CAILLIES (C2S),
Véronique LE RU (CIRLEP),
Isabelle POUTRIN (CERHIC),
Jean-Louis HAQUETTE (CRIMEL),
Jean-Paul DOMIN (REGARDS),
Fabrice ROSA (CEJESCO),
Serge PUGEAULT (CRDT),
François BOST (HABITER),
Alain DEVOS (GEGENAA). 
Comité d’organisation (URCA)
François BOST (chargé de mission MSH),
Perrine DELETTRE (directrice du développement lettres et sciences humaines MSH),
Philippe ODOU (directeur de l’école doctorale SHS),
Angélique RANVIER (directrice administrative MSH),
Fabrice THURIOT (directeur du développement droit, économie, gestion et sciences sociales MSH). 

Bourses de la Linda Hall LIbrary

Linda Hall Library 2021-22 fellowship program

Call for applications

The Linda Hall Library is now accepting applications for its 2021-22 fellowship program. These fellowships provide graduate students, postdoctoral researchers, and independent scholars in the history of science and related STS fields with financial support to explore the Library’s outstanding science and engineering collections.

The Linda Hall Library holds over half a million monograph volumes and more than 48,000 journal titles documenting the history of science and technology from the 15th century to the present. Its collections are exceptionally strong in the engineering disciplines, chemistry, and physics. The Library also boasts extensive resources related to natural history, astronomy, environmental and earth sciences, aeronautics, life sciences, infrastructure studies, mathematics, and the history of the book.

Due to the public health risks associated with the coronavirus pandemic, all Linda Hall Library fellowships during the 2021-22 academic year will be virtual. Instead of traveling to Kansas City, virtual fellows will conduct research from off-site using digitized resources in the Library’s collections. These virtual fellowships reflect the Library’s ongoing efforts to expand the accessibility of its holdings while protecting the safety of both patrons and staff.

Although they will be working off-site, virtual fellows will be active members of the Linda Hall Library’s social and intellectual community.

Each fellow will receive:

  • A virtual introduction to the Library’s collections
  • Personalized research assistance from members of the Library’s reference staff
  • The ability to request complimentary scans of Linda Hall Library resources in accordance with the Library’s digitization policies
  • Opportunities to participate in the Library’s in-house works-in-progress seminar alongside scholars from the University of Missouri-Kansas City, the University of Kansas, and the Clendening History of Medicine Library, as well as working groups organized by the Consortium for the History of Science, Technology and Medicine
  • Chances to share their projects with new audiences in Kansas City and around the world through the Library’s public lecture series, newsletter, or other online platforms
  • Invitations to Library programs and social events including coffee breaks, brown bag lunches, happy hours, etc.


Please share this information with graduate students, colleagues, or anyone else who might be interested in the Linda Hall Library’s fellowship program. All application materials are due no later than January 15, 2021. For further information, please visit https://www.lindahall.org/fellowships/ or e-mail fellowships@lindahall.org.