« Hystérique » est désormais une blessure ; pourtant, l'usage du terme persiste dans le champ médical et psychologique. Telle est la curieuse situation dont Julia Legrand propose dans cet ouvrage d'éclairer les ressorts. Retraçant la genèse de cette catégorie et l'histoire de sa consolidation, elle montre comment le développement de son utilisation comme blessure sexiste dans le sens commun a abouti dans les années 1970 à sa suppression des classifications officielles, sans autant conduire à son abandon. En effet, les troubles borderlines et histrioniques lui ont simplement été substitués, si bien que pratique, l'étiquette demeure utilisée pour désigner une forme de « folie douce » et disqualifier la parole des femmes – quand bien elle ne serait même plus accolée de manière exclusive. Analysant ce psyque cette continuité révèle de l'état de la psychanalyse et de la la psychanalyse chiatrie, l'aune trice interroge en outre la réappropriation de la figure de l'hystérique par les mouvements féministes, d'abord comme outil de lutte contre la réduction au silence et la pathologisation de colères politiques. Elle livre ainsi une réflexion originale sur les conditions et les limites d'une démarche plébiscitée dans les milieux militants : le retournement du stigmate.

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