mardi 22 février 2022

Camille Laurin, psychiatre et politicien

Camille Laurin (1922-1999). Psychiatre francophone, politicien souverainiste et catholique personnaliste



Appel à communications



Journées d’étude organisées par Alexandre Klein (Université d’Ottawa) et Martin Pâquet (Université Laval)


Université Laval – 6-7 octobre 2022


Mode hybride



En 2005, en épilogue de son ouvrage de témoignage sur ses années passées aux côtés de Camille Laurin, Robert Filion[1] rappelait que de nombreux aspects de la vie et de l’œuvre de l’homme politique restaient encore à raconter. Deux ans auparavant, le journaliste Jean-Claude Picard avait certes fait paraitre une biographie conséquente[2], la seule à ce jour, sur celui qui fut une figure majeure de la psychiatrie comme de la politique québécoises, mais beaucoup restait en effet encore à faire et à dire. En 2013, le sociologue Jean-François Simard, constatant à son tour le peu d’intérêt jusqu’alors porté au père du mouvement souverainiste et de la fameuse loi 101, s’attachait, avec l’aide de plusieurs auteurs, dont d’anciens collaborateurs de Laurin, à étudier ses principales contributions politiques[3]. Pourtant, aujourd’hui, il semble toujours possible de faire le même constat : près de vingt-trois ans après son décès, très peu de chercheurs et de chercheuses sont effectivement intéressés au parcours et aux réalisations de Camille Laurin. Bien sûr, son nom apparait souvent, ici et là, dans des études d’histoire politique, religieuse ou médicale, et quelques hommages ont bien été publié, à l’instar du livre de Filion, par des collègues, des admirateurs ou des élèves[4]. Mais les travaux historiques s’intéressant directement et pleinement à son parcours et à ses réalisations restent rares[5].

À l’occasion du centenaire de sa naissance, nous souhaitons donc contribuer à combler ce manque historiographique important en réunissant des chercheur.es en sciences sociales (histoire, sociologie, sciences politiques, etc.) intéressé.es à aborder l’une ou l’autre des dimensions de la carrière ou de la vie de ce personnage multiple, complexe et éminemment interdisciplinaire.

Plusieurs axes, non exhaustifs et non restrictifs, pourront ainsi être envisagés :

1. Sa carrière de psychiatre reste encore, pour beaucoup, à étudier, que ce soit sa formation à l’Université de Montréal, sa spécialisation aux États-Unis puis en France, au cours de laquelle il mena notamment, pour le compte des responsables de l’Université de Montréal, une enquête sur les institutions psychiatriques locales, ou encore sa carrière à l’Institut Albert-Prévost où il fut un réformateur sans concession. Son implication dans la commission Bédard (1961-1962), dans la commission Régnier (1962-1964) ou dans la création de l’Institut Philippe-Pinel doit également à être davantage explicitée, de même que sa pratique d’enseignant ou d’expert judiciaire. Enfin, les connexions importantes entre son activité de psychiatre et son activité politique demandent également à être précisées.

2. Sa carrière politique d’ailleurs, si elle a fait l’objet de beaucoup d’analyses et de commentaires, ne fut le sujet que de peu d’études détaillées. Comment et pourquoi est-il entré en politique ? Quel fut son rôle exact dans la formation du Parti Québécois ? Quel était son rapport à l’indépendance du Québec ? Quel député fut-il, dans sa circonscription de Bourget comme à l’Assemblée nationale ? Que retenir de ses mandats ministériels, au Développement culturel, à l’Éducation et l’enseignement supérieur, puis à la Santé et aux services sociaux ? Quid de son poste de Vice-Premier Ministre ? Enfin, qu’est-ce qui peut être dit de plus sur son travail autour du projet de loi 101, sur sa démission de 1984 ou sur ses relations avec René Levesque ou Jacques Parizeau ?

3. Son action pour la francophonie mérite également d’être soulignée et interrogée. Outre son implication dans l’avènement de la Charte de la langue française, quelles furent ses contributions à l’affirmation du fait français ? Comment son action réformatrice dans le domaine de la psychiatrie, par exemple, participa de la défense de la francophonie ? Quelles furent, en outre, ses relations avec les minorités francophones à travers le Canada ?

4. Son rapport à la religion, enfin, reste à éclaircir. Fervent catholique, celui qui envisageait d’être prêtre avant de finalement s’engager dans la voie médicale a toujours conservé une foi solide et un engagement religieux certain, tout en participant pourtant activement à la sécularisation de la société québécoise (en particulier des institutions psychiatriques). Quel rapport la religion entretient-elle avec son engagement psychiatrique, politique ou francophone ?



Au-delà de ces quatre grands axes, nous accueillerons bien sûr toutes les contributions permettant d’éclairer un pan de la vie et/ou de l’œuvre de Camille Laurin, ainsi que sa réception historiographique et mémorielle.

Les propositions de communication, composées d’un résumé de 500 mots maximum et d’une courte biographie, sont à adresser à aklein@uottawa.ca avant le 31 mars 2022.

Nous envisageons enfin la publication d’un ouvrage collectif issu des communications présentées lors de ces journées.




[1] Robert Filion, Une saison chez Camille Laurin : carnet d’un compagnon de route, Montréal, IQ, 2005


[2] Jean-Claude Picard, 2003, Camille Laurin, l'homme debout, Montréal, Éditions Boréal.


[3] Jean-François Simard (dir.), 2010, L’œuvre de Camille Laurin. La politique publique comme instrument de l’innovation sociale, Québec, Les Presses de l’Université Laval.


[4] Graham Fraser, « L’insondable Dr Laurin et ses 6 millions de patients », L’Actualité, 3(9), septembre 978, p. 26-34 ; Arthur Amyot, « Camille Laurin, l’universitaire, le pédagogue, le psychiatre-psychanalyste, le politicien. Un témoignage », Filigrane. Revue de psychanalyse, 13(2), 2004, p. 96-118 ; Jacques Drouin, « Souvenir : Camille Laurin (1922-1999) », L’Évolution psychiatrique, 66(3), juillet-septembre 2001, p. 527-528 ; Gilbert Paquette, « Camille Laurin : le courage et la détermination », L’Action nationale, 99(4), avril 2009, p. 16-17.


[5] L’un de nous s’est en effet attaché à étudier son activité de psychiatre (Alexandre Klein, « Préparer la révolution psychiatrique depuis Paris. Camille Laurin et l’histoire médicale française au service de la réforme du système québécois de santé mentale », Revue d’histoire de l’Amérique française, 71 (3-4),‎ 2018, p. 87-110 ; Alexandre Klein, « Les sources américaines de la formation psychiatrique à l’Université de Montréal. À propos d’une enquête inédite de Camille Laurin sur l’enseignement de la psychiatrie aux États-Unis (1962-1964) », Mens, 2020, à paraitre) et à rendre compte du rôle central de cette dernière dans son engagement pour la francophonie (Alexandre Klein, « “Une révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie”. Retour sur la mobilisation du psychiatre Camille Laurin pour la francophonie québécoise », Colloque Acteurs et mobilisations : militants, intellectuels, engagements et francophonies canadiennes, CRCCF, Université d’Ottawa, 10 mars 2017), mais cela reste partiel.

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