mardi 3 février 2026

Avorter au XIXe siècle

Avorter au XIXe siècle (lois, expériences, récits)



Appel à communications


Colloque interdisciplinaire et international

19-20 novembre 2026



Archives nationales de France (Pierrefitte-sur-Seine)



dirigé par


Aurélie Barjonet (Université de Lille, Alithila)

Ivan Jablonka (Université Sorbonne Paris Nord, Pléiade)



Voici comment, dans Thérèse Raquin (1867), Zola évoque l’avortement : « À tout prix, elle voulut débarrasser son sein de cet enfant qui la glaçait et qu’elle ne pouvait porter davantage. Elle ne dit rien à son mari, et, un jour, après l’avoir cruellement provoqué, comme il levait le pied contre elle, elle présenta le ventre. Elle se laissa frapper ainsi à en mourir. Le lendemain, elle faisait une fausse couche. »

Mais comment avorte-t-on ordinairement ? Que se passe-t-il avant et après ? Quelles sont les conséquences physiques, psychologiques et sociales de cet acte que les religions et les lois condamnent ? Les romans sont-ils les seuls témoignages disponibles sur ce phénomène illégal et donc clandestin ?

Au XIXe siècle, l’avortement est une réalité difficile à cerner. Il est d’abord, sur le plan légal, un crime contre les personnes et la société ; les femmes le commettent au risque de leur réputation, de leur liberté, de leur vie. Ensuite, comme dans Thérèse Raquin, on distingue mal l’avortement de la fausse couche. Si les termes médicaux sont fluctuants, l’acte se révèle de plus en plus fréquent au fil du siècle. Dès lors, la législation semble impuissante à enrayer le « crime d’avortement », sans compter que les jurés d’assises ont tendance à acquitter les accusées, jeunes célibataires ou mères de famille.

Répression, secret, clandestinité, tabou expliquent que l’avortement soit spécialement mal connu au XIXe siècle, entre la tolérance diffuse de l’Ancien Régime et les luttes féministes qui mèneront à sa légalisation dans les années 1960-1970. D’où la nécessité de s’intéresser à l’histoire, à la législation, aux mots et aux représentations de l’avortement dans un « long » XIXe siècle (des révolutions atlantiques des années 1770-1790 au début du XXe siècle). Centré sur l’Europe et les espaces coloniaux, ce colloque se veut pluridisciplinaire, ouvert aux études littéraires, médicales, juridiques, à l’histoire, à l’histoire de l’art et à la démographie.


Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes suivants.



Axe 1 : Qu’est-ce qu’avorter ?

Tout au long du XIXe siècle, les médecins débattent sur les termes à employer pour caractériser l’interruption de grossesse, ainsi que sur les dilemmes moraux consistant à savoir s’il faut sauver la mère ou l’enfant. Que recouvrent des termes comme « avortement », « fausse couche », « manœuvres abortives » ? Dans quels cas l’avortement est-il inévitable, toléré, voire licite ? De leur côté, les femmes recourent à un certain nombre de « manières de faire », qui ne se limitent pas aux breuvages ni aux tiges de fer.



Axe 2 : Réprimer l’avortement

La législation (en France, l’article 317 du Code pénal) criminalise à la fois la femme qui avorte et celle/celui qui l’avorte. À la fin du XIXe siècle, des procès retentissants mettent en cause des « faiseuses d’anges » et leurs complices des deux sexes. Quelle forme la répression prend-elle ? La loi, la jurisprudence, les archives, les rapports médico-légaux, les articles de presse, les journaux féministes en portent-ils la trace ?



Axe 3 : Vivre l’avortement

De nombreux actrices et acteurs participent à cette activité clandestine, pour la faciliter ou au contraire la réprimer : femme enceinte, conjoint, amant, confidente, médecin, sage-femme, policier, juge, etc. À quelles pratiques sociales l’avortement donne-t-il lieu ? Les femmes qui avortent et les « faiseuses d’anges » ne sont-elles représentées que comme des criminelles ? Existe-t-il des textes qui montrent leur arrestation ?



Axe 4 : Raconter l’avortement

Les représentations littéraires convoquent une stylistique de l’allusion et une rhétorique de l’euphémisme. Par quels détours, métaphores et litotes s’écrit ce qui ne peut décemment se dire ? L’avènement du réalisme et du naturalisme dans la seconde moitié du XIXe siècle change-t-il la donne ? Les romans ont-ils suscité le scandale, l’empathie, la peur, la colère ? La fiction renchérit-elle sur ces pratiques dangereuses et illégales ?



Modalités de soumission

Les propositions de communication, comprenant un résumé de 1 500 à 2 000 signes ainsi qu’une courte biographie, sont à envoyer avant le 15 mars 2026 à l’adresse suivante :

colloque.avortement19@gmail.com

Les communications, en français ou en anglais, pourront se faire par visio-conférence sur demande motivée.



Comité d’organisation

Aurélie Barjonet (Université de Lille, Alithila)

Ivan Jablonka (Université Sorbonne Paris Nord, Pléiade)



Comité scientifique

Pedro Paulo Catharina (Université fédérale de Rio de Janeiro)

Charlène Fanchon (Archives nationales de France, département des Archives privées)

Tiphaine Gaumy (Archives nationales de France, département Justice et Intérieur)

Aïcha Limbada (Université d’Artois)

Bibia Pavard (Université Paris Panthéon-Assas)

Myriam Roman (Université de Lille)

Michael Rosenfeld (Vrije Universiteit Brussel / Université catholique de Louvain)

Valérie Stiénon (Université Sorbonne Paris Nord)



Avec le soutien de :

Archives nationales de France

Institut universitaire de France

Laboratoire Analyses littéraires et histoire de la langue, ULR 1061 (Université de Lille)

Laboratoire Pléiade (Université Sorbonne Paris Nord)



Bibliographie indicative

Berthiaud (Emmanuelle), « Le vécu de la grossesse en France aux XVIIIe et XIXe siècles », Histoire, médecine et santé, n° 2, novembre 2012, p. 93-108.

Betta (Emmanuel), Animare la vita. Disciplina della nascita tra medicina e morale nell’Ottocento, Bologne, Il Mulino, 2006.

Buchet Rogers (Nathalie), Fictions du scandale : corps féminin et réalisme romanesque au dix-neuvième siècle, West Lafayette, Purdue University Press, 1998.

Cabanès (Jean-Louis), Le Corps et la Maladie dans les récits réalistes (1856-1893), Paris, Klincksieck, 2 vol., 1991.

Cahen (Fabrice), Gouverner les mœurs. La lutte contre l’avortement en France, 1890-1950, Paris, INED, 2016.

Counter (Andrew), « Zola’s fin-de-siècle Reproductive Politics », French Studies, vol. 68, n° 2, 2014, p. 193-208.

Fine (Agnès), « Savoirs sur le corps et procédés abortifs au XIXe siècle », Communications, n° 44, 1986, p. 107-136.

Fuchs (Rachel), Poor and Pregnant in Paris : Strategies for Survival in the Nineteenth Century, New Brunswick, Rutgers University Press, 1992.

Harkness (Nigel), Downing (Lisa), Stephens (Sonya), sous la direction de, Birth and Death in Nineteenth-century French Culture, Amsterdam, New York, Rodopi, 2007.

Hofeneder (Veronika), Slickers (Carolin), sous la direction de, Literatur und Abtreibung. Von der Romantik bis zur Gegenwart, Berlin, Frank & Timme, 2025.

Kaluszynski (Martine), « La femme (criminelle) sous le regard du savant au XIXe siècle », in Cardi (Coline), Pruvost (Geneviève), sous la direction de, Penser la violence des femmes, Paris, La Découverte, 2012, p.286-299.

Le Naour (Jean-Yves), Valenti (Catherine), Histoire de l’avortement, XVIe-XIXe siècle, Paris, Seuil, 2003.

McLaren (Angus), « Abortion in England, 1890-1914 », Victorian Studies, vol. 20, n° 4, été 1977, p. 379-400.

Mossman (Carol), Politics and Narratives of Birth : Gynocolonization from Rousseau to Zola, New York, Cambridge University Press, 1993.

Pavard (Bibia), Si je veux, quand je veux. Contraception et avortement dans la société française, 1956-1979, Paris, Presses universitaires de Rennes, 2012.

Sohn (Anne-Marie), Chrysalides. Femmes dans la vie privée, XIXe-XXe siècle, Paris, Éditions de la Sorbonne, 1996.

Tatoueix (Laura), Défaire son fruit. Une histoire sociale de l’avortement en France à l’époque moderne, Paris, EHESS, 2024.

Van de Walle (Étienne), « Pour une histoire démographique de l’avortement », Population, vol. 53, n° 1/2, 1998, p. 273-289.

lundi 2 février 2026

Gaëtan Gatian de Clérambault

Quartier général de la folie


Laurent Lemire



Kubik éditions
2026


Un lieu qui « sentait le fond de vieille cale ». C'est ainsi qu'Albert Londres présentait l'infirmerie spéciale du dépôt de la préfecture de police de Paris. Tous les naufragés mentaux échouaient dans cette annexe du Palais de justice de l'île de la Cité.
De 1920 à 1934, un psychiatre y régna en maître absolu. Il se nommait Gaëtan Gatian de Clérambault (1872‑1934)et il a marqué la médecine mentale de son époque.
Il faut dire qu'il avait à sa disposition une mine intarissable. Les intoxiqués, les bizarres et les insensés, envoyés par les commissariats de quartier, défilaient dans son cabinet. Près de 2 000 personnes par an étaient amenées et triées dans ce service d'urgence.
Quartier Général de la Folie fait ainsi surgir un personnage hors du commun qui fut par ailleurs le maître de Lacan.
Un document essentiel qui restitue, dans un style clair et précis, la façon dont les fous étaient perçus et traités dans le Paris de l'entre‑deux‑guerres.

dimanche 1 février 2026

Sommeil et sciences sociales

Sommeil et sciences sociales


Atelier 


Nous avons le plaisir d’annoncer le lancement de l’atelier « Sommeil et sciences sociales », un espace de discussion transdisciplinaire consacré à l’étude du sommeil comme objet des sciences sociales.

Longtemps resté à l’état de programme théorique dans les sciences sociales (Mauss, Elias, Lefebvre), le sommeil fait depuis le début des années 2000 l’objet d’un renouvellement historiographique et anthropologique, notamment à la suite des travaux de Roger Ekirch, puis de recherches développées en Europe. Cet atelier propose d’interroger et de confronter les approches, méthodes et cadres d’analyse mobilisés pour étudier le sommeil dans différentes disciplines des sciences sociales.

Conçu sous un format atelier, chaque séance sera organisée autour d’une thématique : les participant·es qui le souhaitent pourront présenter brièvement leur approche ou les enjeux propres à leur discipline, avant une discussion collective.
Si l’atelier est centré sur les sciences sociales, les praticien·nes intéressé·es sont également les bienvenu·es. 


Informations pratiques 

Titre : Atelier Sommeil et sciences sociales
Première séance : mercredi 4 février 2026, 16h–18h
Lieu : EHESS – Campus Condorcet, salle C570 (5ᵉ étage)
 

Programme prévisionnel 

Séance 1 : Sommeil et matérialité
Mercredi 4 février 2026, 16h–18h
Séance 2 : L’environnement du sommeil
Mercredi 15 avril 2026, 16h–18h
Séance 3 : Imaginaires et perceptions du sommeil
Séance 4 : Sommeil et santé
Séance 5 : Le sommeil, frère de la mort ?
Séance 6 : Classe, genre, « race » : le sommeil en société
Séance 7 : Sommeil, rêve et sciences sociales
 

Organisation 

Amélie Barbier, doctorante en anthropologie (EPHE, LAS)
Louise Berginc, doctorante en histoire (Université Paris Nanterre, ArScAn)
Julie Panet, doctorante en anthropologie (EHESS, CAK)
Sophie Panziera, post-doctorante en histoire (EHESS, CAK)
 

Contact
Pour toute demande d’information complémentaire : sophie.panziera[at]ehess.fr