vendredi 3 mars 2017

Corps et dépendances

Corps et dépendances

Appel à communications

Journée d'étude pluridisciplinaire
Université Jean Moulin Lyon 3 - 10 octobre 2017

Date limite : 30 avril 2017

Cette journée d'étude invite à une analyse de la notion de dépendance dans le cadre d'une réflexion
pluridisciplinaire sur le corps. Si dans son sens ordinaire cette notion semble renvoyer à toute une
série de conditions négatives, elle mérite une approche plus approfondie qui prenne en compte la
multiplicité de(s) dimensions. L'objectif est donc d'interroger la notion de dépendance en mettant en
dialogue plusieurs perspectives, disciplines et méthodologie. Cela dans le but d'ouvrir des pistes de
réflexion inédites et des nouvelles approches à la question.

Argumentaire.
La relation que l'être humain entretien avec son propre corps est toujours marquée par un rapport de
dépendance qui est à la fois instrumental et constitutif (Marzano M. 2007). En effet, il ne s'agit pas
d'une relation univoque, mais d'un rapport double dans lequel l'homme est muni d'un corps tout en
l'étant.
L'homme a un corps et en même temps est un corps, ce qui signifie qu'il utilise son corps comme un
instrument (condition de possibilité d'habiter le monde), tout en se vivant soi-même comme
corporéité (instance de vérification immédiate de son existence) (Marcel G. 1968). En tant que
personne incarnée, sans son corps l'être humain ne pourrait pas exister, ni entrer en relation avec le
monde (Merleau-Ponty M. 1945). En même temps, ce corps dont l'homme dépend est inscrit dans la
caducité du monde charnel, liant l'homme à la nécessité des besoins corporels. Aucun corps ne peut
survivre et perdurer hors d'un rapport de dépendance envers un environnement où puiser les
ressources de son soutien (Plessner H. 1978).
Cependant, ce rapport de dépendance ontologique déborde la simple dimension biologique. Dans
cette double conjoncture entre être et avoir un corps, vivre et survivre n'ont pas la même
signification (Hersch J. 2008). Ne coïncidant pas avec lui-même, l'être humain est toujours obligé
de donner une forme à sa propre existence, en s'exposant aux désirs et passions. De Platon à Lacan,
l'existence humaine a été décrite comme traversée par un manque constitutif qui caractérise toute
tension désirante et qui pousse l'homme à chercher hors de soi les moyens qui lui permettraient de
se combler, afin de pallier à sa propre finitude. C'est dans cette exposition au manque, à la précarité
et à la dépendance corporelle, que les bases de l'interdépendance réciproque se poseraient pour
constituer le terrain partagé de l'égalité entre les êtres humain (Butler J. 2010).
Cependant, ces différentes dimensions de dépendance constitutive sont souvent évacuées de nos
réflexions quotidiennes, surtout lorsque l'on a tendance à surévaluer la notion d'autonomie en terme
d'expression d'une volonté libre, voire toute puissante, opposée à la dépendance (Marzano M.
2006). Tout individu devrait donc revendiquer son autonomie et cela dans l'idée d'être un sujet
indépendant, comblé, auto-fondé et dépourvu de toute vulnérabilité ontologique (Laplantine F.
2010).
Dans cette perspective, la notion de dépendance en relation au corps, relation qui constitue le fond
commun de toute expérience humaine, mérite d'être repensée et de faire l'objet d'une réflexion qui
puisse s'ouvrir à une série de questions actuelles, touchant à différentes disciplines.


Thématiques.
Dans le but d'orienter et de cerner la réflexion autour de cet objet très vaste, quatre axes non
exhaustifs ni exclusifs sont proposés :
1) La question de la dépendance à la fois constitutive et instrumentale de l'être humain par
rapport au corps qu'il est et qu'il a et qui, en même temps, lui permet d'habiter le monde tout en le
liant à ses besoins primaires, à sa vulnérabilité et à sa caducité : comment articuler ce rapport de
dépendance surtout à une époque où le corps, sa santé et sa valorisation semblent être devenus un
fin en soi ? Le rapport de notre corps à des techniques de plus en plus sophistiquées qui permettent
d'améliorer ses conditions de vie, ainsi que de le « restaurer » ou de le « parfaire », est-il une forme
de dépendance ?
2) La question, liée à la première, de la différence entre besoins, désirs et vices : ancienne
question philosophique qui devrait faire l'objet d'un renouveau d'intérêt, surtout dans une société où
la gestion des corps doit concilier d'une part le contrôle imposé par la rhétorique de l'efficacité
productive et de l'amélioration, et d'autre part l'hédonisme qui domine la logique de la
consommation visant à la satisfaction immédiate de tout désir;
3) Dans ce sillon, un troisième axe pourrait être celui de la dépendance dans son sens
d'addiction : comment expliquer la multiplication de toute une série de « dépendances » aux
substances telles que les drogues, le tabac, l'alcool ou les médicaments ? Ou encore les
toxicomanies sans drogue, comme l'hyperphagie boulimique, la dépendance aux sports, le jeu
pathologique ou d'autres conduites compulsives ? Qu'est-ce que nous apprennent ces formes de
dépendance par rapport à l'humain et à sa relation au corps du point de vue philosophique,
psychologique mais aussi neurophysiologique ? À partir de quel moment un comportement de
l'ordre de l'habitude ou de la ritualité, devient-il une dépendance ?
4) Une autre dimension de la dépendance peut faire l'objet d'un quatrième axe. Il s'agit du corps
dépendant qui touche à la maladie, au handicap, à la vieillesse, à toute situation où le corps
nous met face à notre vulnérabilité, à notre dépendance structurelle des autres, qui semble être
l'ennemi premier de la notion d'autonomie sur laquelle on a fondé l'image de l'individu
contemporain. Mais autonomie et dépendance sont-elles véritablement deux notions destinées à
s'exclure mutuellement ?

Modalité de participation
L'appel à communication est adressé aux doctorants et jeunes chercheurs issus de différents
domaines de recherche allant notamment des sciences humaines et sociales au domaine médical, la
psychiatrie, l'addictologie, l'ergothérapie.
Les intéressés sont invités à envoyer une proposition de communication en format pdf à l'adresse
andrealuigi.sagni@gmail.com
Chaque proposition doit contenir les informations suivantes :
–Nom et prénom de l'auteur ;
–Statut et rattachement institutionnel ;
–Titre de l'intervention ;
–Résumé de 500 mots maximum décrivant la problématique et la mise en contexte du sujet ;
–Bibliographie indicative.

Date limite pour l'envoie des propositions : 30 avril 2017.
Date de la journée: 10 octobre 2017
Lieu : Université Jean Moulin Lyon 3


Comité d'organisation :
Quentin Bazin, doctorant (ED 487)
Jean-Félix Gros, doctorant (ED 487)
Andrea Sagni, doctorant (ED 487)
Contact : andrealuigi.sagni@gmail.com

Références
Butler J., Ce qui fait une vie, Paris:La Découverte 2010 ;
Haber S., L'aliénation. Vie sociale et expérience de la dépossession, Paris: Actuel Marx PUF 2007 ;
Hersch J., L'exigence absolue de la liberté. Textes sur les droits de l'homme (1973-1995), Genève:
MetisPresses ;
Laplantine F., Je, nous et les autres, Paris: Le Pommier 2010
Marcel G., Être et avoir. Journal métaphysique, Paris:Aubier 1968 ;
Marzano M., Je consens, donc je suis..., Paris : PUF 2006 ;
Marzano M., La philosophie du corps, Paris: PUF 2007 ;
Merleau-Ponty M., Phénoménologie de la perception, Paris :Gallimard 1945 ;
Plessner H., Die Stufen des Organishen und der Mensch, Berlin : de Gruyter 1978.

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