jeudi 13 juin 2024

De la psychiatrie dans l’aire anglophone

Who Cares ? De la psychiatrie dans l’aire anglophone : People and Places 

Appel à communication 

Colloque international

Université Paris Nanterre

6-7 février 2025

Who Cares? De la psychiatrie dans l’aire anglophone est un groupe de chercheuses nouvellement constitué au sein du département d’études anglophones de l’Université Paris Nanterre, affilié au CREA EA 370.

Nous travaillons sur l’histoire de la psychiatrie dans le monde anglophone et souhaitons encourager les échanges sur ce sujet et en développer la dimension internationale. Notre objectif est également de favoriser l’émergence de liens et de comparaisons entre les perspectives historiques sur la psychiatrie telles qu’elles existent dans les aires francophone et anglophone.

Dans le cadre de notre projet, nous organisons notre première conférence internationale sur l’histoire de la psychiatrie dans le monde anglophone, à l’Université de Paris Nanterre. Elle portera spécifiquement sur le thème « People and places » (6-7 février 2025) et inaugurera une série de trois : « People and places » (6-7 février 2025), « Theories and policies» (février 2026) et « Circulations and transfers » (février 2027).

L’histoire de la psychiatrie est caractérisée par l’étendue de son champ disciplinaire, que Jan Goldstein attribuait à la nature même de la psychiatrie, discipline ancienne qui curieusement « manquerait de la stabilité que l’âge confère en général ». Si cette histoire a d’abord été écrite par des psychiatres et des professionnels de la santé (les plus connus étant Ida Macalpine et Richard Hunter), depuis les années 1970-1980 elle fait également l’objet d’un intérêt croissant de la part des spécialistes d’histoire sociale, culturelle et intellectuelle, ainsi que des historiens des sciences et de la médecine.

Le terme « psychiatrie » doit être entendu dans son acception la plus large, tel que défini par l’historien Roy Porter : une discipline « vieille comme le monde si on la considère comme un terme générique désignant toute tentative de secourir les esprits atteints par la maladie ». Cette approche est en parfaite adéquation avec la définition qu’en propose l’Oxford English Dictionary, qui décrit la psychiatrie comme la « branche de la médecine s’intéressant aux causes, au diagnostic, au traitement et à la prévention des maladies mentales ». Bien que le terme « psychiatre » ait été utilisé en français dès 1802, le mot psychiatrist n’est apparu que bien plus tard dans la langue anglaise, en 1875, alors que celui de psychiatry semble être utilisé depuis 1846. Ces usages asynchrones ne signifient pas pour autant que l’expression « histoire de la psychiatrie » ne doive s’appliquer qu’à partir du 19e siècle, et son emploi est pleinement justifié dans toute recherche historique portant sur le traitement et la prise en charge des malades mentaux. Le cas de Bedlam à Londres, fondé en 1247 en tant que monastère, puis transformé en hôpital et considéré aujourd’hui encore comme le plus ancien « hôpital psychiatrique » au monde, est une illustration parfaite de l’existence de pratiques psychiatriques avant même que le terme n’ait été inventé.

Au-delà d’un simple jeu de mots, la polysémie du titre de notre projet Who cares ? pose la question de l’attention portée au patient dans la relation thérapeutique, ou de la négligence de ce dernier par le soignant. Porteuse du sentiment d’incompréhension, de mépris ou d’indifférence que le patient peut parfois ressentir au cours de la thérapie, elle met en évidence le décalage entre la perspective du médecin, souvent centrée sur la pathologie, et l’expérience subjective du patient. D’autre part, en interrogeant la notion même de soin, elle évoque également l’échec possible des soignants dans leur prise en charge de certains aspects de la maladie, jugés secondaires ou négligeables. Elle interroge également l’attention accordée aux malades mentaux et le respect (ou le manque de respect) dont ils font l’objet de la part du grand public, attitude intimement liée aux perceptions et aux mentalités d’une société donnée à une époque donnée, ce qui en fait un véritable enjeu social et historique. La question « Who cares ? » conduit par ailleurs à réfléchir à la place, au rôle et à la reconnaissance de l’histoire de la psychiatrie dans le champ plus large de l’histoire sociale et politique du monde anglophone.

Le lieu de prise en charge de la maladie mentale, dans son sens littéral mais aussi métaphorique, ainsi que le rôle des personnes impliquées dans les soins aux malades mentaux (qu’il s’agisse des patients eux-mêmes, de leurs familles, des médecins, des soignants ou des communautés locales), ont fait l’objet de recherches et d’études d’une grande variété. Dans la continuité des travaux fondateurs de Gerald Grob, des chercheurs comme Kathleen Jones, Andrew Scull, Roger Smith, Jonathan Andrews ou Peter Bartlett ont ancré leurs études sur les institutions psychiatriques dans l’histoire institutionnelle, sociale et politique. Des générations d’historiens ont considérablement enrichi leur approche des lieux de soins en psychiatrie par la prise en compte de facteurs tels que le genre, l’appartenance ethnique et/ou la colonisation (par exemple Elaine Showalter, Joan Busfield, Hilary Marland, Catharine Coleborne, Angela McCarthy, Leonard Smith, Waltraud Ernst, Dinesh Bhugra, Roland Littlewood). Sous l’influence majeure de Roy Porter dans les années 1970-1980, l’historiographie de la maladie mentale a également tenté de décentrer l’histoire des maladies mentales en prenant en compte non plus le cadre des institutions psychiatriques mais celui des communautés mêmes, et ce à une époque de désinstitutionalisation grandissante (Akihito Suzuki, Peter Bartlett, David Wright, Rob Ellis). Cette tendance s’est poursuivie ces dernières années, notamment avec l’essor de la microhistoire qui s’intéresse aux expériences individuelles de la maladie mentale, que ce soit dans le cadre familial ou institutionnel, les historiens s’attachant, par des approches diverses, à donner une voix aux patients comme Porter les y incitait (Jonathan Andrews, Rob Ellis, Leonard Smith, Rory du Plessis, Jane Hamlett).

Au début des années 2000, le « tournant spatial » (spatial turn) a donné lieu à des travaux portant spécifiquement sur la question du soin en institutions ou en dehors et qui étudient en profondeur le langage géographique convoqué dans l’analyse de l’histoire des maladies mentales (Chris Philo). Dans l’historiographie récente, les études transnationales ouvrent également de nouvelles voies de recherche en histoire de la psychiatrie (Waltraud Ernst, Thomas Mueller).

Ce colloque international, qui se tiendra à l’Université Paris Nanterre les 6 et 7 février 2025, accueillera donc toutes les contributions qui, dans une approche historique de la psychiatrie et plus généralement du traitement de la maladie mentale, porteront sur la question People and Places du Moyen-Âge à la fin du XXe siècle dans les pays anglophones.

Nous vous invitons à soumettre vos propositions sur « People and places » avant le 30 juin 2024.

Les propositions de communication (pour des présentations de 20 minutes), rédigées en anglais (environ 250 mots) et accompagnées d’une courte notice biographique dans un document Word unique, doivent être envoyées à l’adresse suivante whocaresconference@gmail.com

Veuillez noter que les interventions se feront uniquement en présentiel et en anglais.

Les thématiques suivantes pourront être abordées : 

  • Études des lieux et des espaces thérapeutiques (institutions privées/publiques, familles, soins de proximité)
  • Études historiques des patients en psychiatrie et de leurs relations avec leur lieu de soins/confinement
  • Activités individuelles et collectives au sein de l’institution
  • L’art à l’hôpital
  • Classification nosographique / Désignation des patients et des lieux de soins
  • Institutionnalisation / démantèlement des hôpitaux psychiatriques ou désinstitutionnalisation
  • Mouvement des communautés thérapeutiques (années 1960)
  • Pratique du soin dans la communauté (années 1980)
  • Le rôle des soignants dans des lieux spécifiques
  • L’importance de la localisation, de l’architecture, de la géographie spécifiques dans la détermination / le choix / la mise en place des soins
  • Circulation des patients/ des soignants
  • Approches historiographiques des personnes et des lieux en rapport avec les questions de santé mentale.



Bibliographie sélective:
https://whocares.hypotheses.org/selected-bibliography

Comité d’organisation:

Cécile Birks, Claire Deligny, Laurence Dubois (Observatoire de l’aire britannique), Elisabeth Fauquert (Politiques américaines) and Laetitia Sansonetti (Confluences)




Who Cares ? Psychiatry in the English-speaking world: People and Places

Call for Papers 

International conference Université Paris Nanterre

6-7 February 2025

Scroll down for French version

Who Cares? De la psychiatrie dans l’aire anglophone is a newly-formed group of scholars from the Université Paris Nanterre, Department of English Studies, CREA EA 370, working specifically on the history of psychiatry in the English-speaking world. We are keen to encourage discussions on this subject and strengthen its international dimension. Our aim is also to foster further discussions on links and comparisons between historical perspectives on psychiatry in the French and the English-speaking worlds.

As part of our project, we are organising our first international conference on the history of psychiatry in the English-speaking world on the specific topic of “People and Places”, at the Université Paris Nanterre in early 2025. This will be the first of a series of 3 conferences: “People and Places” (6-7 February 2025), “Theories and Policies” (February 2026) and “Circulations and Transfers” (February 2027)

The history of psychiatry raises the question of its disciplinary breadth, which Jan Goldstein once attributed to the very nature of psychiatry, an old discipline somehow “lack[ing] the stability that age would seem to confer”.1 While it was originally written by psychiatrists and healthcare professionals (most famously, Ida Macalpine and Richard Hunter), it also increasingly caught the attention of scholars in social, cultural and intellectual history, as well as historians of science and medicine from the 1970s-80s onwards.

The term “psychiatry” is to be taken in the broadest sense of the word, as defined by historian Roy Porter – a discipline which is “as old as the hills if we treat it as a portmanteau term for all attempts to minister to minds diseased”.2 This approach is perfectly in line with the definition from the Oxford English Dictionary, presenting psychiatry as the “branch of medicine concerned with the causes, diagnosis, treatment and prevention of mental illness”. Though the term “psychiatre” was used in French as early as 1802, the word “psychiatrist” only appeared much later in the English language, in 1875, while “psychiatry” seems to have been in use since 1846. This does not mean however that the phrase “history of psychiatry” should only apply from the 19th century onwards, and it is entirely justified when dealing with any historical research on the treatment of the mentally ill. The case of Bedlam in London, that was founded in 1247 as a monastery, then transformed into a hospital and is still considered today as the oldest “psychiatric” hospital in the world, provides a perfect example of the existence of psychiatric practices even before the coining of the term.

Far from being a mere play on words, the polysemy in our project title “Who cares?” raises the question of the attention paid to the patient in the therapeutic relationship, or their neglect.3 Evoking the feeling of incomprehension, contempt or indifference that the patient may feel during therapy, it highlights the gap between the doctor’s perspective, often focused on pathology, and the patient’s subjective experience. On the other hand, questioning the subject of care, it underlines the possible failure of caregivers to treat certain aspects of the illness, deemed secondary or negligible. It also questions the attention granted to the mentally ill and the respect (or lack thereof) shown towards them by the public at large, an attitude that is intricately linked to the perceptions and mentalities of a given society at a certain period of time, making it a genuine social and historical issue. What is more, the question “Who cares?” is intended as a reflection on the place, the role and the recognition of the history of psychiatry in the wider field of the social and political history of the English-speaking world.

The literal and metaphorical place of mental illness, as well as the role of the people involved in the care of the mentally ill (be they the patients themselves, their families, the doctors, nurses/attendants, or the local communities), has been analysed in a variety of ways. Following the seminal influence of scholars such as Gerald Grob, the likes of Kathleen Jones, Andrew Scull, Roger Smith, Jonathan Andrews or Peter Bartlett have anchored their studies on mental institutions in institutional, social and political history. Generations of historians have successfully enriched their approach to mental health hospitals via gender, race and/or colonial studies (e. g. Elaine Showalter, Joan Busfield, Hilary Marland, Catharine Coleborne, Angela McCarthy, Leonard Smith, Waltraud Ernst, Dinesh Bhugra, Roland Littlewood). Under the major influence of Roy Porter in the 1970s-80s, the historiography of mental illness has also attempted to decentre histories of mental illnesses, from the psychiatric institutions to other parts of the community in an era of deinstitutionalisation (Akihito Suzuki, Peter Bartlett, David Wright, Rob Ellis). This trend has continued in recent years, with the rise of micro-histories of experiences of mental illness whether in household or institutional settings, and historians have adopted various approaches to tackle Porter’s call to give a voice to the patients (Jonathan Andrews, Rob Ellis, Leonard Smith, Rory du Plessis, Jane Hamlett).

In the early 2000’s, the “spatial turn” encouraged further studies of care in and outside institutions, engaging in thorough reflections on the geographical language used to analyse the history of mental illnesses (Chris Philo). Transnational studies in recent historiography have been opening up new avenues for research in the history of psychiatry (Waltraud Ernst, Thomas Mueller).

This international conference, to be held at Université Paris Nanterre on 6-7 February 2025, will thus welcome all historical approaches to psychiatry and more generally to the treatment of mental illness which reflect on the topic “People and places” from the Middle Ages to the end of the 20th century in English-speaking countries.

We invite proposals on “People and places” to be submitted by June 30 2024.

Paper proposals (20-minute presentation format), written in English (approximately 250 words) and accompanied by a short biographical note in a single Word document, should be sent to
whocaresconference@gmail.com

Please note this Call for Papers is for in-person presentations only

The presentations will be exclusively in English

Topics may include: 

  • Studies of therapeutic places and spaces (private/public institutions, families, community care)
  • Historical studies of psychiatric patients and their relations to their place of care/confinement
  • Individual and collective activities within the institution
  • Art in hospitals
  • Labelling patients / places
  • Institutionalisation / demise of mental hospitals/ places of care or deinstitutionalisation
  • Therapeutic community movement (1960s)
  • Care in the community (1980s)
  • The role of professional carers in specific places
  • The importance of locality, architecture, specific geography in determining care
  • Circulations of patients/carers
  • Historiographical approaches to people and places in relation to mental health issues.


Selected bibliography:
https://whocares.hypotheses.org/selected-bibliography

Conference organisers:

Cécile Birks, Claire Deligny, Laurence Dubois (Observatoire de l’aire britannique), Elisabeth Fauquert (Politiques américaines) and Laetitia Sansonetti (Confluences)

La médecine du tri

La médecine du tri II. L'extension d'un paradigme ?
 

Appel à communications

Colloque

5 et 6 décembre 2024
Amphi Buffon, Université Paris Cité (Paris 13e)


Co-organisé par le Centre Georges Canguilhem, l'Institut La Personne en médecine, l'UMR
SPHERE (Université Paris Cité), l'UMR Iris (CNRS, Inserm, EHESS, Université Sorbonne
Paris Nord, UFR SMBH) et l’ERC Gendhi (Gender and health inequalities).


Le tri ou triage en santé, hérité de la médecine de guerre et de catastrophe, désigne
l'arbitrage opéré afin de prioriser les patient·es, c'est-à-dire décider dans quel ordre ils et elles
seront soigné·es et, in fine, qui sera soigné·e ou non. Ce concept fait l'objet de malentendus
entretenus par l'évident problème éthique qu'il pose et par le tabou social, politique et médical
qu'il engendre. La pandémie liée au SARS-CoV-2 a fourni un exemple des tensions qui
émergent lorsqu'il est évoqué. Alors que les responsables politiques et institutionnels
affirmaient qu’il n'y avait pas de tri à l’hôpital, des professionnel·les de santé, notamment les
urgentistes et les spécialistes en médecine intensive et réanimation, rétorquaient que le tri faisait
partie de leur pratique ordinaire et qu’il avait été mis en oeuvre selon des critères connus,
transparents et fondés sur des considérations strictement médicales. Les premier·es mettaient
l'accent sur l'exclusion du soin que désigne le tri et qui est moralement et politiquement
inacceptable. Les second·es évoquaient la priorisation indispensable à l'optimisation de
ressources qu'ils et elles ont été contraint·es de pratiquer, tout en continuant de faire primer
l'intérêt du patient ou de la patiente individuel·le sur celui de la collectivité.
Ces prises de positions laissent dans l’ombre l'existence et la complexité de multiples modalités
de triage qui conduisent à l'exclusion de l'accès aux soins de certain·es patient·es, triage dont
ni les personnalités politiques, ni les professionnel·les de santé ne souhaitent endosser la
responsabilité. Nier l’existence d’un « triage médical » ou limiter cette notion à des pratiques
discutées collectivement en situation de pénurie de ressources semble davantage être une
stratégie pour rendre invisibles les pratiques ordinaires de tri, dont l'étendue est pourtant bien
documentée et discutée, notamment à travers la notion de continuum de tri (Leichter-Flack
2014). Si le tri est particulièrement médiatisé en situation d'urgence ou de catastrophe où sa
pratique est explicite et encadrée - tout en posant des questions éthiques majeures (Iserson et
Moskop 2007; Persad, Wertheimer, et Emanuel 2009; Koch 2012; Emanuel et al. 2020), il est
encore peu médiatisé et peu questionné en dehors de ces contextes. Sa gestion relève alors
davantage de décisions politiques et médicales et de logiques économiques et sociales souvent
inconnues des citoyen·nes, des usager·es en santé et même des professionnel·les de santé.
En 2012, un premier colloque interdisciplinaire avait montré que le tri constituait un « envers »
du soin, et non un acte réservé aux situations de rareté des ressources médicales. L’ouvrage qui
en était issu, La médecine du tri. Histoire, anthropologie, éthique, démontrait que le tri pouvait
être regardé comme un fondement de la pratique médicale actuelle (Lachenal, Lefève, et
Nguyen 2014), s'articulant plus largement à la biopolitique contemporaine (Fassin 2018). Il
commençait d’en recenser les multiples terrains : services d’urgences, greffe d’organes,
addictologie, chirurgie cardiaque, médecine reproductive, réanimation neuro-vasculaire, soins
palliatifs, Permanences d’Accès aux Soins de Santé, VIH et SIDA, protocoles de recherche, etc.
Au coeur de la pandémie de Covid-19, le tri clinique effectué entre les individus semblait
découler d'un triage systémique appliqué aux populations, influencé par de multiples
déterminants liés aux politiques de santé, tels que la faiblesse de la prévention et de
l’articulation entre ville et hôpital, les inégalités territoriales dans l'offre de soins, etc.
(Gaudillière, Izambert, et Juven 2021).


Pendant la crise pandémique, la question du triage a été appréhendée par des professionnel·les
de santé, des chercheur·es en SHS et par le Comité consultatif national d’éthique (saisine de
novembre 2020) comme un déni à lever et comme le prisme au travers duquel interroger des
pratiques en santé ordinaires et informelles. Cependant, la mise en débat de cet enjeu de justice
sociale et de démocratie sanitaire est finalement passée au second plan et a retrouvé son
invisibilité. La question de la gestion des ressources en santé est à nouveau devenue
majoritairement l’apanage des politiques sanitaires, puis des professionnel·les de santé. Reste
le constat d’une occasion manquée d’un débat public sur l’affectation des ressources, dans un
exercice démocratique que la pandémie aurait pu initier.


Ainsi, ce colloque a pour objectif de continuer à documenter la diversité des terrains et des
pratiques de priorisation et de tri, de cerner l'extension du paradigme du tri dans la médecine
contemporaine, et de relier les opérations de tri à leurs contextes politiques, sociaux et
économiques, ainsi qu'aux contraintes qui influencent les principes, les valeurs et les choix des
protagonistes concerné·es. Ce colloque se propose aussi de faire un état des lieux des savoirs
en SHS sur le triage en médecine, et de poursuivre et promouvoir les recherches, débats et
questionnements que la crise sanitaire a permis de (ré)ouvrir : Comment se sont (re)configurées
les pratiques de tri ? Quelles permanences et/ou ruptures pouvons-nous décrire ? Quels
changements conjoncturels en expliquent le développement ? Quels effets ont eu la pandémie,
la « pénurie » de soignant·es, ou encore la mutation de services hospitaliers comme ceux des
urgences, sur le triage ? Comment ces pratiques et/ou leur transformation modifient-elles le
travail médical et les interactions entre patient·es et professionnel·les du soin ? Qu’en est-il de
la médiatisation du triage ? Ces questions pourront être abordées à partir de différents axes dont
la liste qui suit est non limitative.


Axe « Politiques publiques »
Nous poursuivons l’hypothèse que les politiques publiques et leur élaboration
participent aux différentes formes de triage, en organisant la rareté des ressources et en
conditionnant les accès aux soins. Le triage opère ainsi simultanément à de multiples niveaux.
Il s’incarne dans la définition même des besoins en santé et des arbitrages effectués par les
politiques publiques, dont la genèse peut rendre compte des rapports de force engagés (comme
dans le cas du VIH/Sida). Il se poursuit dans la manière dont les agent·es intermédiaires de
l’action publique s’approprient ces politiques, une appropriation façonnée par les tensions et
luttes de pouvoir qui traversent leurs milieux, que ce soit entre segments professionnels (Bucher
et Strauss 1961), ou entre différents corps de métiers aux intérêts divergents. Il se termine avec
le face à face même des professionnel·les de terrain avec les patient·es et usager·es. La
configuration organisationnelle et gestionnaire des services de santé, ainsi que leur filiarisation,
ont un impact significatif sur l'accès aux soins et sur leur qualité ( Vassy 2004, Belorgey 2012,
Morel 2016, Geeraert 2021). Ces continuums de triage se manifestent dans les soins palliatifs
(Thay et Lefève 2023), ainsi que dans les domaines du VIH/SIDA et de la vaccination contre
le Covid-19 (Gelly 2023). En outre, les processus d'appropriation et de privation des biens de
santé entraînent une répartition inégale de ces ressources (Gelly 2023).


Sont attendues des communications rendant compte de l’influence des processus d’élaboration
des politiques publiques sur les pratiques de triage et sur les inégalités sociales de santé. Les
propositions portant sur des terrains originaux ou répondant à des enjeux contemporains de
démocratie sanitaire, tels que les pénuries de personnel, la fermeture de lits, les déserts
médicaux, l’aménagement du territoire, et les ruptures d’approvisionnement médicamenteux,
qui mettent en exergue la médecine du tri, sont particulièrement bienvenues. Les
communications qui aborderont ces enjeux par l’étude de la médecine ambulatoire ou libérale
et de ses liens avec le milieu hospitalier, ou qui élargiront ces analyses à l’étude de la prise en
charge de pathologies moins documentées jusqu’à présent, seront particulièrement appréciées.
Les travaux approfondissant la compréhension de ces enjeux sur des terrains déjà explorés
seront tout autant bienvenus.


Axe « Outils du triage »
Ces politiques publiques nécessitent, pour entrer en application, d’être accompagnées
d’outils plus ou moins spécifiquement élaborés à cet effet. Ces derniers laissent une marge de
manoeuvre variable aux protagonistes qui en font l’usage. Une attention particulière pourrait
être accordée aux divers outils du tri, aux conditions de leur élaboration, leur mise en application
et aux effets de leurs usages sur les processus de triage. La tarification à l’activité (T2A) favorise
par exemple la prise en charge de pathologies jugées « rentables » pour les établissements
(Juven, Pierru, et Vincent 2019). En outre, les différents dispositifs de tri permettent des
amplitudes d’exécution variables. Elles sont moins grandes pour les protocoles de tri des
malades aux urgences que pour les recommandations de bonnes pratiques cliniques, dont la
portée est souvent plus générale et les tâches moins spécifiquement encadrées (Trépos et Laure
2010). Enfin, les barrières administratives aux soins, fortement liées à l’accès à des titres de
séjour et à une couverture sociale, sont aussi à envisager comme « outils du triage » (Georges-
Tarragano 2015; Izambert 2016; Gabarro 2022).


Axe « Travail et pratiques professionnelles »
Les travaux en sciences sociales consacrés aux pratiques des professionnel·les de santé
apportent de nombreux éclairages. Parfois, le tri opéré a fait l’objet de formalisation, constituant
le coeur de métier de certain·es professionnel·les. C’est par exemple le cas des Infirmier·es
organisateur.ices de l’accueil (IOA) dans les services d’urgences (Ridel 2020). L’étude de
l’élaboration, de la mise en place et de l’application de ces pratiques formalisées indique que
les questions cliniques et éthiques soulevées par les pratiques de tri s’entremêlent à des enjeux
de distinction professionnelle et de préservation des conditions de travail. Certaines
communications pourraient envisager le tri selon cette focale, participant ainsi à développer les
analyses croisant les enjeux de postures professionnelles avec ceux du triage en médecine.
Cependant, le triage des patient·es opéré par les professionnel·les de santé peut également
apparaître sous des formes non formalisées et plus ou moins invisibilisées.


Dès les années 1960, des travaux en sciences sociales ont montré que le triage des patient·es
était réalisé en fonction de critères sociaux. Ils ont montré que les personnes en demande de
soin ne bénéficiaient pas toutes d'un égal accès aux services de santé, selon la gravité de leur
pathologie certes, mais également selon leur appartenance sociale. Celle-ci influence par
exemple l’allocation par les médecins de ressources thérapeutiques rares, susceptibles de
prolonger la vie des malades (Glaser et Strauss 1968). Ces dernières années, ces travaux,
quelque peu oubliés par la sociologie de la santé française, connaissent un regain d’intérêt,
notamment grâce à la mobilisation de la notion de « valeur sociale » des patient·es (Paillet
2021). Les pratiques différenciées des professionnel·les de santé participant à la reproduction
des inégalités sociales de santé sont documentées de manière croissante, en témoigne
notamment le double numéro intitulé « Santé Critique 1 et 2 » paru dans les Actes de la
recherche en science sociales. L’intrication des rapports sociaux (notamment de genre, de classe
et de race) dans les interactions entre patients et soignants aboutissant à des prises en charges
différenciées ont aussi fait l’objet de travaux remarqués (Sauvegrain 2012; Prud’Homme 2016;
Loretti 2019; Darmon 2021). Cette littérature concerne particulièrement le monde hospitalier
ainsi que des pathologies spécifiques.


Les communications qui documenteront comment les conditions de travail des
professionnel·les de santé peuvent amplifier ou au contraire diminuer ces pratiques informelles
du tri seront particulièrement appréciées. Une attention particulière pourrait également être
portée aux pratiques de sélection des patient·es motivées par des avantages financiers,
notamment dans l’exercice libéral de la médecine et des professions paramédicales. A titre
d’exemple, on pourrait discuter de l’effet des pratiques de dépassement d’honoraires et des
luttes actuelles d’une branche de la profession médicale pour étendre le secteur 2. Enfin, dans
le but de diversifier l’étude des pratiques de tri, une place importante pourrait être accordée à
des sujets moins documentés comme, pour n’en citer qu’un exemple, les longs et incertains
processus de reconnaissance et de réparation des maladies professionnelles (Marchand 2022).


Axe « Patient·es »
Enfin, les intervenant·es sont invité·es à documenter les actions des patient·es lorsqu’ils
et elles sont aux prises avec ces pratiques de tri. Sont-elles identifiées par ces dernier·es ?
Lorsque c’est le cas, quelles stratégies sont adoptées dans cette compétition qui peuvent les
opposer ? Comment celles-ci différent en fonction de leur dotation en capital social,
économique, culturel, et de leur « bonne volonté sanitaire » (Arborio et Lechien 2019) ? En
outre, les mobilisations sociales autour de ces enjeux pourraient éclairer les conditions qui
rendent possible (ou non) l’ouverture de discussions sur le tri.


La présentation cloisonnée de ces thématiques sous forme d’axes vise seulement ici à guider
les propositions. L’articulation de ces différentes dimensions dans les communications sera
bienvenue, tout comme leur historicisation. Aussi, les recherches qui aborderaient la question
du tri sous un autre angle ou à partir de terrains éloignés seront bien accueillies. Les propositions
de communications sur la médiatisation du tri seront également lues avec une attention
particulière.


Le concept de triage est intrinsèquement interdisciplinaire, tant dans ses définitions que dans
ses enjeux. Nous invitons des propositions qui abordent ce sujet à travers des prismes
sociologiques, historiques, ou philosophiques, mettant en lumière les tensions éthiques
récurrentes, notamment dans l'opposition qu'il peut exister entre logique de santé publique et
singularité de la relation de soin. Nous accueillons également favorablement les analyses
épistémologiques explorant les manières dont le triage contribue à établir et modeler les normes
concernant les patient·es, les pratiques soignantes et les conceptions des pathologies.
 

Modalités de soumission :
- Les propositions de communication sont à envoyer à l’adresse mail :
medecinedutri2024@gmail.com
- Résumé de la communication : 3000 signes maximum (hors bibliographie)
- Comprenant impérativement les éléments suivants : Nom, prénom du(des) auteur∙e(s),
rattachements institutionnels, courriel de contact, titre de la communication,
méthodologie de recherche.
 

Comité scientifique :
Nicolas Belorgey, sociologue, Chargé de recherche au CNRS, Paris Dauphine – Irisso
Sophie Crozier, médecin réanimateur, cheffe du service de réanimation neurovasculaire –
Hôpital Pitié Salpétrière (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris)
Céline Gabarro, sociologue, Maîtresse de conférences à l’Université de Lille – CeRIES
Guillaume Lachenal, historien, Professeur à Sciences Po – Médialab
Milena Maglio, philosophe, Espace Ethique Ile de France– SPHère
Sylvie Morel, sociologue, Maîtresse de conférences à l’Université de Nantes – CENS
Laure Pitti, sociologue, Maîtresse de conférences à l’Université Paris 8 – Cresspa
Comité d’organisation :
Céline Lefève, philosophe, Professeure à l’Université Paris Cité (SPHère), directrice du Centre
Georges Canguilhem et de l’Institut La Personne en médecine,
Cyril Knecht, doctorant en sociologie (USPN-IRIS).
Inès Labainville, doctorante en sociologie (INSERM-USPN-IRIS)
Roger Thay, médecin, Groupe Diaconesses Croix Saint Simon, docteur en philosophie,
Université Paris Cité-SPHère
 

 

Références :
Arborio, Anne-Marie, et Marie Helène Lechien. 2019. « La bonne volonté sanitaire des classes
populaires. Les ménages employés et ouvriers stables face aux médecins et aux normes de santé
» 10 (1): 21.
Belorgey, Nicolas. 2022. « Nouvelle gestion publique dans les hôpitaux : les raisons du tri »:
Sociétés contemporaines N° 123 (3): 23‑50.
Bucher, Rue, et Anselm Strauss. 1961. « Professions in Process ». American Journal of
Sociology 66(4): 325‑34.
Darmon, Muriel. 2021. Réparer les cerveaux, sociologie des pertes et des récupérations post-
AVC. Paris: La Découverte.
Emanuel, Ezekiel J., Govind Persad, Ross Upshur, Beatriz Thome, Michael Parker, Aaron
Glickman, Cathy Zhang, Connor Boyle, Maxwell Smith, et James P. Phillips. 2020. « Fair
Allocation of Scarce Medical Resources in the Time of Covid-19 ». The New England Journal
of Medicine 382 (21): 2049‑55.
Fassin, Didier. 2018. La vie: mode d’emploi critique. La couleur des idées. Paris: Éditions du
Seuil.
Gabarro, Céline. 2022. « Entre tri gestionnaire et tri professionnel: Réorientation et éviction des
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Gaudillière, Jean-Paul, Caroline Izambert, et Pierre-André Juven. 2021. Pandémopolitique:
réinventer la santé en commun. Paris: la Découverte.
Geeraert, Jérémy. 2021. « Dans la salle d’attente du système de santé: enquête dans les
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Rennes.
Gelly, Maud. 2023. Les politiques du tri: d’une épidémie à l’autre (sida, covid). Action
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Georges-Tarragano, Claire. 2015. Soigner (l’)humain: manifeste pour un juste soin au juste
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Glaser, Barney G., et Anselm L. Strauss. 1968. Time for Dying. Observations. Chicago: Aldine
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Izambert, Caroline. 2016. « Logiques de tri et discriminations à l’hôpital public : vers une
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mercredi 12 juin 2024

L'expérimentation médicale

The Occasional Human Sacrifice: Medical Experimentation and the Price of Saying No
 

Carl Elliott



Publisher ‏ : ‎ W. W. Norton & Company (May 14, 2024)
Language ‏ : ‎ English
Hardcover ‏ : ‎ 368 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 1324065508
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-1324065500


Shocking cases of abusive medical research and the whistleblowers who spoke out against them, sometimes at the expense of their careers.

The Occasional Human Sacrifice is an intellectual inquiry into the moral struggle that whistleblowers face, and why it is not the kind of struggle that most people imagine.

Carl Elliott is a bioethicist at the University of Minnesota who was trained in medicine as well as philosophy. For many years he fought for an external inquiry into a psychiatric research study at his own university in which an especially vulnerable patient lost his life. Elliott’s efforts alienated friends and colleagues. The university stonewalled him and denied wrongdoing until a state investigation finally vindicated his claims.

His experience frames the six stories in this book of medical research in which patients were deceived into participating in experimental programs they did not understand, many of which had astonishing and well-concealed mortality rates. Beginning with the public health worker who exposed the Tuskegee Syphilis Study and ending with the four physicians who in 2016 blew the whistle on lethal synthetic trachea transplants at the Karolinska Institute, Elliott tells the extraordinary stories of insiders who spoke out against such abuses, and often paid a terrible price for doing the right thing.

mardi 11 juin 2024

Une histoire environnementale des mondes du travail

La sueur et la poussière. Une histoire environnementale des mondes du travail



Colloque conjoint du RUCHE et de l’AFHMT

Toulouse – 19-20-21 juin 2024


Maison de la recherche – Amphi F 417

5, allée Antonio-Machado
31058 TOULOUSE Cedex 9



Mercredi 19 juin

9h30 – Accueil – café

9h45 – Introduction : Renaud Bécot (Sciences Po Grenoble, PACTE), Romain Grancher (CNRS, FRAMESPA), Judith Rainhorn (Université Paris 1, CHS) et Solène Rivoal (INUC Albi, FRAMESPA)

Session 1. Respirer au travail

10h00-10h20 − Patrick Fournier (Université Clermont-Auvergne, CHEC), « S’exposer au mauvais air : travailleuses et travailleurs dans les hôpitaux français (XVIe-XVIIIe siècle) »

10h20-10h40 – Charles-Antoine Wanecq (CNRS, CHS), « Les limites de l’irrespirable. Masques et appareils respiratoires dans la protection du corps des mineurs (années 1860-1950) »

10h40-11h00 − Arthur Emile (EPFL), « Les fumées des trains à vapeur, un débordement industriel et professionnel (France et Grande-Bretagne, années 1860-1930) »

11h00-11h20 − Jennifer Klein (Yale University), « “We’re Taking All the Risks and They’re Getting All the Profits”: The Social Geography and Class Politics of Toxicity in Southeastern Louisiana »

11h20-12h00 – Discussion modérée par Nicolas Hatzfeld (Université d’Évry, IDHES)

Pause déjeuner : 12h00 – 13h30

Session 2. Travailleurs et environnements liquides

13h30-13h50 – Claire Judde de Larivière (UT2J, FRAMEPSA), « Ramasser les ordures et curer les canaux. Le travail de gestion des immondices à Venise à la fin du Moyen-Âge »

13h50-14h10 − Benjamin Bothereau (EHESS, CAK) et Raphaël Morera (CNRS, CRH) « Les “travailleurs” de l’ile de Camargue face aux aléas naturels. Une histoire au ras du sol des communs hydrauliques arlésiens (XVIIIe siècle) »

14h10-14h30 – Émilie Pasquier (Sciences Po, Paris, Centre d’histoire), « La domestication de l’eau du Nil et les recompositions du travail urbain au Caire (1865-1919) »

14h30-14h50 – Anaël Marrec (Nantes Université, Centre François Viète), Séverine Misset (Nantes Université, CENS) et Collectif ESTUER « Les ouvriers de Cheviré face aux transformations de l’estuaire de la Loire. Conflits socio-environnementaux et stratégies d’alliance (1954-1986) »

14h50-15h30 – Discussion modérée par François Jarrige (Université de Bourgogne, LIR3S)

Pause-café : 15h30 – 16h00

Session 3. Subsistances et travail de la nature

16h00-16h20 − Maëlys Blandenet (ENS Lyon, HISoMA), « L’agriculture est-elle juste ? Enquête écocritique sur la valorisation axiologique du travail de la terre dans le monde romain (République-Haut Empire) »

16h20-16h40 – Jack Bouchard (Rutgers University), « The bourgeois’ fishery: Urban centers, agriculture, and the energy flows of fishwork in the sixteenth century »

16h40-17h00 − Rémi Grisal (Aix-Marseille Université, TELEMMe), « "La viande de la terre". Une émeute de briquetiers pour le travail de l’argile sur le chantier du premier chemin de fer à Marseille »

17h00-17h20 − Ferruccio Ricciardi (CNRS, Lise), « Extraire les ressources dans une concession coloniale : une étude sous l’angle du travail de subsistance (Afrique équatoriale française, 1900-1940) »

17h20-18h00 – Discussion modérée par Corine Maitte (Université Gustave Eiffel, ACP)

18h15-19h15 – Assemblée générale du RUCHE



Jeudi 20 juin

9h15-10h00 – Conférence : Molly Warsh (University of Pittsburg), « Noble Fish and Beastly Humans: Gender, Reproduction, and Labor in the Early Modern Spanish Tuna Fisheries »

Session 4. Collaborations professionnelles

10h00-10h20 − Clothilde Noé (Université de Tours, Citeres), « Le destrier fort et delivre, isnel et remuant, un acteur sur le champ de bataille ? »

10h20-10h40 – Mickaël Wilmart (EHESS, CRH), « Travailler avec son environnement dans les campagnes du XIVe siècle. Le cas des bergers »

10h40-11h00 − Emmanuel Porte (Aix-Marseille Université, TELEMMe), « Le matachin et l’alano. Sublimer une relation anthropocanine par de nouvelles normes professionnelles dans les abattoirs madrilènes (1719-1847) »

11h00-11h20 − Daniel Faget (Aix-Marseille Université, TELEMMe) et Hugo Vermeren (CNRS, TELEMMe), « Le moine au travail. Marchandisation des phoques dans la Méditerranée contemporaine »

11h20-12h00 – Discussion modérée par Violette Pouillard (CNRS, LARHRA)

Pause déjeuner : 12h00 – 13h30

Session 5. Alertes silencieuses et mobilisations à bas bruit

13h30-13h50 – Daniel Samson (Brock University), « Mill Dust and the 19th-century Worker: James Barry of Six Mile Brook, Nova Scotia »

13h50-14h10 − Bastien Cabot (Sciences Po, Paris, Centre d’histoire), « Les travailleurs, sentinelles de l’environnement ? Mineurs, ouvriers et riverains à Salsigne (Aude), des années 1930 aux années 1980 »

14h10-14h30 – Renaud Meltz (UPF/CNRS, CRESAT) et Florence Mury (MSH-P/CNRS & EASTCO), « Poussières radioactives et sueurs polynésiennes : retombées des essais nucléaires et rapport à l'environnement des travailleurs du CEP »

14h30-14h50 – Marc Elie (CNRS, CERCEC), « Métaux lourds et silence pesant. Ouvrières et ouvriers face à la crise environnementale et sanitaire de l’URSS finissante »

14h50-15h30 – Discussion modérée par Thomas Le Roux (CNRS, CRH)

Pause-café : 15h30 – 16h00

Session 6. La part du travail en contexte colonial

16h00-16h20 − Guillaume Gaudin (UT2J, FRAMESPA) et Jean-Paul Zuñiga (EHESS, CRH), « Le bois et la forêt en contexte colonial : exploitation de la main d’œuvre et de la ressource (Amérique, Philippines XVIe-XVIIe siècle) »

16h20-16h40 – Jonas Matheron (Université Paris 1/Université Rennes 2, SIRICE), « Travailler en forêt dans l'Algérie coloniale (années 1860-années 1950) »

16h40-17h00 − Pascal Marichalar (CNRS, Iris), « Travailler sur la montagne aux étoiles et la protéger. Le cas du Mauna Kea à Hawai'i »

17h00-17h20 − Nathalia Capellini (Université de Genève), « Travailler dans la forêt tropicale : apprentissage et craintes dans la mise en place de l'exploitation pétrolière en Amazonie 1960-1980 »

17h20-18h00 – Discussion modérée par Emmanuelle Pérez Tisserant (UT2J, FRAMESPA)



Vendredi 21 juin

Session 7. Paysages au travail, paysages du travail

9h00-9h20 − Anna Speyart (Princeton University), « Labor, Landscape, and the Seasons in the Early Modern Tuscan Ice Industry »

9h20-9h40 – Anne Montenach (Aix-Marseille Université, TELEMMe), « Gendering workscapes. Genre, travail et environnement montagnard au XVIIIe siècle »

9h40-10h00 – Jawad Daheur (CNRS, CERCEC), « L’attraction terrestre au secours de la sylviculture : le transport des bois par gravité dans les montagnes d’Europe centrale (milieu du XIXe-début du XXe siècle) »

10h00-10h20 − Matti Leprêtre (EHESS, CERMES3), « Des workscapes aux chaînes de commodités globales : approvisionner l’Empire allemand en plantes médicinales (1884-1945) »

10h20-11h00 – Discussion modérée par Adeline Grand-Clément (UT2J)

Pause-café : 11h00 – 11h15

Session 8. De l’environnement pathogène aux métiers qui tuent

11h15-11h35 − Marsha McCoy (Southern Methodist University, Dallas), « The Athenian Silver Mines of Laurion: The Sweat, Dust, and Environmental Challenges of Ancient Metal Extraction »

11h35-11h55 – Florian Julien (Université Paris 8, IDHES), L’espace de travail souterrain des carrières du XIXe siècle : entre dommages manifestes et opacité des pratiques

11h55-12h15 – Marie Thirion (Université Grenoble-Alpes, LUHCIE), « ‘Des luttes sur la santé au travail aux luttes environnementales : les mobilisations autonomes à Porto Marghera (1967-1980) »

12h15-13h00 – Discussion modérée par Alexis Vrignon (Université d’Orléans, POLEN)


14h30-16h30 – Visite guidée autour du site d’AZF : Laure Teulières (UT2J, FRAMESPA), Olivier Saint-Hilaire (EHESS, Iris) et Michael Llopart (FRAMESPA)

Affects et cultures matérielles des intempéries

Affect and Material Cultures of Weathering - Histories, Temporalities, and Spaces


Call for papers 



Please submit a 250-word abstract and an author bio to animesh.chatterjee@uis.no by 15 July 2024.


10-11 December 2024 | Stavanger, Norway

Workshop organised at the Greenhouse (University of Stavanger)



Funded by Marie Sklodowska-Curie Actions Grant No.10106421

With the support of ICOHTEC
Greenhouse Centre for Environmental Humanities



This call invites scholars of histories of science, medicine and technology, environmental history, art and architectural histories, and historically-based literary and cultural studies to think with the weather and weathering, and discuss linkages between affect, material cultures, climate and weather from the late-eighteenth to mid-twentieth centuries.


One of the well-known ironies of the current climate crisis is that, despite its planetary and temporal scale, its effects manifest themselves in everyday experiences of seasons and weather. Present-day anthropological studies have engaged with the concept of weathering to underscore lived experiences of climate change and (extreme) weather events as inseparable from socio-political factors that differentiate human bodies across space and time.

While weathering enables interactions between large-scale climate science, meteorological events, and the embodied socio-political to think about environmental justice and activism, it is now imperative to bring historical studies closer to extending weathering as an element in addressing historical realities of class, race, colonialism, nationalism, gender and spatial hierarchy.


This two-day workshop seeks to explore how people have historically understood and experienced climate and weather through material cultures of instruments to measure and quantify these larger phenomena, but also public and domestic spaces, everyday technologies, clothing, nutrition, and their own bodies. Who made environmental, urban, political and cultural decisions, and who faced the consequences? What set of affects has weather and the material world produced, and how could affects be deployed in understanding weathering? How do narrative, historical archive, film, photography, and art represent the affective elements of consciousness, values, meanings and relationships of climates, weathers, and material cultures in the past and the present?

The workshop also invites participants to discuss how vastly different temporal and spatial scales, methodologies, sources, and styles of historical inquiry could be applied for the sorts of lessons that might be sought within current institutional arrangements and policy processes.


Contributors may engage with one or more of the following themes, or even suggest new ways of thinking about:

• historical, temporal and spatial scales of climate and weather;

• material cultures in weathering and understanding weather;

• human and more-than-human bodies as instruments in historical scientific studies of weather;

• affects, emotions, continuity and change in past experiences of weather and climate;

• climate and weather in the arts;

• introducing history, affect and material cultures in climate policies.


The workshop will take place in-person in Stavanger, Norway. Accommodation and meals during the workshop will be covered. Participants must, however, arrange their own travel to and from Stavanger.


Please submit a 250-word abstract and an author bio to animesh.chatterjee@uis.no by 15 July 2024.

Please direct your questions to either Animesh Chatterjee (animesh.chatterjee@uis.no) or Melina Antonia Buns (melina.a.buns@uis.no).

lundi 10 juin 2024

Faire de la psychiatrie dans l'Europe d'après-guerre

Doing psychiatry in postwar Europe. Practices, routines and experiences
 

Edited by Gundula Gahlen, Volker Hess, Marianna Scarfone and Henriette Voelker 


Publisher: Manchester University Press
Publish Date Apr 2024 

Series: Social Histories of Medicine
ISBN: 9781526173461 


Doing psychiatry engages with the history of European psychiatry in the second half of the twentieth century through a close and fresh look at the practices that contributed to reshape the mental health field. Case studies from across Europe allow readers to appreciate how new 'ways of doing' contributed to transform the field, beyond the watchwords of deinstitutionalisation, the prescription of neuroleptics, centrality of patients and overcoming of asylum-era habits. Through a variety of sources and often adopting a small-scale perspective, the chapters take a close look at the way new practices emerged and at how they installed themselves, eventually facing resistance, injecting new purposes and contributing to enlarging psychiatry's fields of expertise, therefore blurring its once-more-defined boundaries.


Just another turn? Practices, doing psychiatry and historiography - Volker Hess and Marianna Scarfone
 

Part I - Visions and Dreams
1 New practices, new institutions: Group psychotherapy in Greece and the Open Psychotherapy Centre of Athens, 1960s-80s - Despo Kritsotaki

2 The Gorizia experiment: The genesis of therapeutic practices in Basaglia's psychiatric community (1962-68) - Marica Setaro

3 Social psychiatry in the making: Practices at Heidelberg's Psychiatric University Clinic in the 1960s and 1970s - Gundula Gahlen

4 'The general atmosphere of this admission unit is reassuring and optimistic': Modernism, architectural research and evolving psychiatric reforms in post-war England - Christina Malathouni


Part II - Experimentation
5 Non-hierarchical experimentation: The outpatient treatment of drug-using young people in Finland, 1969-75 - Katariina Parhi

6 Last resort or early intervention: Discourse and practice of psychosurgery in Strasbourg (late 1940s-early 1960s) - Florent Serina

7 Treating mutism in Hungarian child psychiatry, 1957-60 - Gábor Csikós

Part III - Reflections

8 Changing attitudes: Psychoanalytic therapy of psychoses in 1950s clinical psychiatry - Marietta Meier

9 In the wake of Goffman? Doing social sciences at the site of psychiatry in Austria - Monika Ankele

10 Writing patients: Group psychotherapy and reform efforts in 1970s GDR university psychiatry - Henriette Voelker

Part IV - Crossing institutional boundaries 

11 Neuroleptics outside psychiatry: Sedating deviant youth in the 1960s and 1970s in Belgium's juvenile institutions - Benoît Majerus and David Niget

12 Psychiatric practices beyond psychiatry: The sexological administration of transgender life around 1980 - Ketil Slagstad

Poste sur le traitement de la folie criminelle et de la dangerosité psychiatrique

 Poste d'ingénieur d'étude sur le traitement de la folie criminelle et de la dangerosité psychiatrique

Appel à candidatures

Un poste d’ingénieur d’étude sera ouvert au CERMES3 à l’automne 2024 dans
le cadre du projet « PSYDANGER. Dangerous Affairs. The rise of the dangerousness
complex, psychiatric reform and the development of human rights in Europe, 1950-
2000 » (ANR-DFG FRAL 2022) sous la responsabilité de Nicolas Henckes (CR CNRS).


Contexte
Le projet de recherche « PSYDANGER- Dangerous Affairs. The rise of the dangerousness
complex, psychiatric reform and the development of human rights in Europe, 1950-2000 »
(ANR-DFG FRAL 2022) cherche à rendre compte des transformations contemporaines du
traitement de la folie criminelle et de la dangerosité psychiatrique en Allemagne, France et
Italie et, précisément, du rôle croissant joué par la notion de dangerosité dans les systèmes
pénaux de ces trois pays au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Il vise à la fois à
cartographier les contours changeants de ce que nous appelons le complexe de la
dangerosité, soit l’assemblage de droits, savoirs, institutions, techniques, professions,
constitué autour de cette notion, et à rendre compte des dynamiques historiques expliquant
son essor. L’hypothèse au centre du projet est que celles-ci relèvent avant tout d’une
transformation des relations entre droits et psychiatrie au cours de la seconde moitié du XXe
siècle. Pour mettre à l’épreuve cette hypothèse, le projet se propose d’analyser les façons
dont a été problématisée la dimension psychiatrique des actes criminels dans une série
d’affaires ayant eu un retentissement médiatique au cours de la période.
Missions
Le ou l’ingénieure sera en charge de constituer et de contribuer en collaboration avec les
chercheurs du projet à la création et l’analyse d’un corpus d’affaires judiciaire impliquant
une discussion de la folie criminelle en France au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
Son travail comprendra la collecte de données textuelles, la préparation des analyses, la
participation à l’élaboration et à la discussion de ces analyses, la préparation de rapports de
recherche. Il ou elle sera plus largement associée à l’ensemble des activités du projet
Psydanger.


Activités

  • Collecte de données historiques, d’archives et documentaires.
  • Rédactions de notes et d’articles scientifiques.
  • Participation aux réunions de projet.
  • Des missions sont éventuellement à prévoir en France et à l’étranger pour la collecte
    de données d’archives ou des réunions de projet.
    Compétences
  • Intérêt pour l’histoire de la psychiatrie, de la médecine et/ou de la justice en France
    après la seconde guerre mondiale.
  • Maîtrise des méthodes de travail d’archive, de collecte et d’analyse de données
    documentaires.
  • La connaissance de l’allemand et/ou de l’italien est un plus.
    Niveau de diplôme
  • Etre titulaire d’un master en histoire ou en sciences sociales au plus tard au début du
    contrat

Temps de travail

Temps plein


Rémunération

De 2 419,53 € à 2 546,59 € bruts mensuels, en fonction de l’expérience sur un poste
équivalent


Durée : 12 mois


Environnement
Le Cermes3, Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société, est un
laboratoire multidisciplinaire consacré à l’analyse sociale des transformations des mondes
des sciences, de la médecine et de la santé ainsi que leurs rapports à la société. Il réunit des
sociologues, des historiens, des anthropologues, des politistes, des économistes et des
psychologues dont les travaux sont distribués en 3 axes : diversification des pratiques et des
lieux du soin; politiques des savoirs; innovations, marchés et protection sociale. Le Cermes3
est un laboratoire du CNRS (UMR 8211), de l’Inserm (U988) de l’EHESS et de l’Université
Paris Cité.
Le projet est conduit en collaboration avec des chercheurs de l’Institut für Geschichte,
Theorie und Ethik der Medizin à la Heinrich-Heine-Universität, Düsseldorf.


Date de prise de fonction : Au plus tard à partir du 1er octobre 2024


Contact et modalités de candidature
Envoyer CV et lettre de motivation à Nicolas Henckes, nicolas.henckes@cnrs.fr
Date limite : le 10 juillet 2024

dimanche 9 juin 2024

Une histoire de l’hôpital

Une histoire de l’hôpital, du Code d’Hammourabi à l’Intelligence Artificielle



Daniel Moysan et Jacques Berlie


À l’aube du 3e millénaire, deux praticiens de l’actuel monde hospitalier ont porté leurs pensées sur son histoire en s’approchant le plus possible de son origine. Après les difficiles périodes d’itinérance, les humains se stabilisèrent dans leurs territoires pour y vivre et… se combattre. Cela nécessitera la création d’armées avec des soldats blessés à maintenir en état de se battre.
Lors du 3e millénaire av. J.-C., l’invention de l’écriture cunéiforme à l’époque du souverain de Babylone Hammourabi (en Mésopotamie), fût établi un texte contenant les lois régissant dans une attribution divine la vie socio-économique dont les questions relatives à la santé sont groupées sous le nom de « Code d’Hammourabi ». Cette « empreinte divine » se répandra dans le monde méditerranéen et européen occidental sous une forme polythéiste. Après l’hôpital byzantin, le modèle européen apparaîtra avec les croisades et les ordres religieux à Jérusalem.
L’invention de l’imprimerie ouvrira une nouvelle étape avec la création de l’Hôpital des « Pôvres » à Beaune en 1462 pour soigner les malades. Bien que la contre-réforme catholique qui suivit le schisme entre Luther et la Papauté eût tenté de revenir à sa primauté terrestre lors du Conseil de Trente, elle dut y renoncer sous la poussée scientifique. Ce furent alors les souverains François 1er avec Ambroise Paré, Louis XIII et Saint Vincent de Paul, Anne d’Autriche… des ordres religieux qui perpétuèrent dans l’ordre occidental cet esprit de Charité. Mais les guerres se poursuivant en Europe sur un fond religieux, les besoins militaires s’accrurent conduisant Louis XIV à créer en 1708 le Service de santé des Armées.
Avec le Code Napoléon, ce fut la Grande Armée tant pourvoyeuse de batailles et de victimes. Le 19e siècle fut un siècle charnière dominé par une volonté de développement de l’Hygiène sociale. L’action hospitalière s’est ensuite développée dans un esprit de dévotion et de protection sociale intéressant l’ensemble du public avec des sanatoriums, des aériums et les hôpitaux spécialisés. L’étape suivante est celle initiée en 1945 avec la Sécurité Sociale ouverte à l’ensemble de la population.
L’avenir dominé par la survenue inévitable de l’Intelligence Artificielle doit encore nécessiter un monde hospitalier apte à travailler dans un esprit de charité entre les deux espaces définis par Blaise Pascal dans ses Pensées entre le « ciron et l’infiniment grand » 


Auteurs

Praticien de la gestion administrative hospitalière, Daniel Moysan au terme d’une carrière au Service Santé des Armées (SSA) achevée avec les fonctions d’inspecteur, s’engagea à apporter l’expérience acquise dans les domaines de la vie hospitalière.
Élu Maire et président de communauté en 2008, réélu en 2014 dans sa terre natale de la presqu’île de Crozon, son objectif premier fut de la doter d’un hôpital. Daniel Moysan associait ainsi son expérience à celle de la mise à disposition d’un équipement médical et hospitalier adapté, « Population-Territoire ». Il engagea ainsi une réflexion sur le concept « Hôpital : pourquoi, par qui et comment ? » et décida de l’analyser depuis les temps anciens jusqu’à l’Intelligence Artificielle, l’ensemble intégrant les découvertes humaines favorisant l’évolution du concept.
Pour équilibrer les deux aspects de son histoire, l’institution physique, technique et les inventeurs, il proposa au Docteur Jacques Berlie de suivre les aspects médicaux de cette étude jusqu’à l’émergence de l’Intelligence Artificielle impactant certes l’hôpital, mais requérant toutefois un contrôle mondial. L’expérience de son ami de longue date ne pouvait mieux répondre à son attente: médecin familier de la recherche clinique, épidémiologiste, oncologie, statisticien et informaticien à la Section Cancer de l’INSERM puis au centre René Huguenin de Saint-Cloud devenu l’hôpital de l’Institut Curie.
Originalités

Le livre, très documenté, présente l’histoire tout à fait étonnante de « l’hôpital ». Écrit dans un style fluide, il peut se lire comme un roman ou être feuilleté à l’occasion pour y découvrir une nouvelle pépite.   

Contact presse
presse@saint-germain.us