mardi 3 janvier 2017

Histoire(s) et culture(s) matérielles des professions de la santé


Des objets sous la loupe : histoire(s) et culture(s) matérielles des professions de la santé

Appel à communications


4e workshop de la Société suisse d’histoire de la Santé et des soins infirmiers, vendredi 16 juin 2017 à l’Insitut d’histoire de la médecine de l’Université de Berne.

Responsables : Véronique Hasler (historienne et physiothérapeute, HESAV et IUHMSP Lausanne), Kristin Hammer (sage-femme et historienne, ZHAW Winterthur), Sabina Roth (historienne indépendante, Zürich).

Les professionnels de la santé mobilisent quotidiennement des objets, mais aussi leur propre corps, dans la réalisation des soins, des thérapies ou dans l’accompagnement à la naissance. Si certains de ces objets ont suscité la curiosité et ont donné lieu à toute une littérature, comme le stéthoscope devenu l’un des symboles des médecins, un grand nombre d’autres ont été jusqu’à récemment quasiment absents des recherches historiques. Cela tient en partie à l’accès aux savoirs, souvent réservé aux seuls initiés. Pour autant, les objets constituent un excellent point de départ pour explorer les pratiques et techniques professionnelles dans leur diversité et leurs spécificités au plus près du terrain.

Parmi d’autres, l’approche parfois controversée de l’histoire matérielle, l’histoire des techniques ou la théorie de l’acteur-réseau développée par une équipe de sociologues français permettent de multiplier les regards sur les objets, les considérant tantôt dans leur matérialité la plus crue ou tantôt à l’égal d’acteurs sociaux. De cette manière, les objets mobilisés par les professionnels de la santé peuvent, par le biais de leur matérialité, nous faire accéder aux conditions concrètes de leur utilisation dans un lieu donné et une période passée. De même, qu’ils peuvent nous faire accéder aux conditions de production des savoirs – dans leur acception la plus large – et dans une certaine mesure à la relation aux corps examinés et soignés. Ainsi, le stéthoscope créé par Laennec il y a 200 ans visait autant la performance, c’est-à-dire une meilleure capacité d’écoute des bruits corporels utiles au diagnostic, que la pudeur, comme sensibilité et norme sociale située.

Bien évidemment, les objets ne se développent pas hors de tout ancrage social. Ils ne sont ni figés – que ce soit dans leur forme ou leur usage – ni le fruit d’un progrès linéaire et continu. Leurs « biographies sociales », faites de succès, de transmissions, mais aussi d’échecs, d’oublis, de détournements ou d’adaptations sont de ce point de vue particulièrement intéressantes. Ils peuvent en effet monter ou descendre l’échelle sociale du prestige, varier dans leur fonctionnalité en passant du domaine thérapeutique, hygiénique jusqu’à celui du bien-être. Leur valeur symbolique peut parfois concurrencer leur valeur instrumentale. Ainsi, le Pinard, un stéthoscope obstétrical est-il resté pendant une longue période le moyen de surveillance du foetus le plus universellement utilisé et pour la sage-femme un lien fort avec sa patiente et son bébé, autant qu’avec ses consoeurs.

L’usage des objets et du corps s’inscrivent donc dans une société, une culture. Ils contribuent à ce titre à construire ou consolider des groupes sociaux, comme entité ou segment au sein des professions de la santé. Ils donnent lieu à l’édiction de normes et de catégories sociales agissantes, ils jouent sur l’horizon des possibles. Dans ce sens, objets, gestes et technologies s’entrecroisent (ou pas) avec des attentes sociales. Comment analyser le succès des rayons ultra-violets au début du XXe siècle, censés contribuer à renforcer le corps humain, autrement que par la conjonction d’une offre technologique avec une attente sociale. De nombreux instituts médicaux, physiothérapeutiques ou esthétiques d’alors possèdent en effet cette installation et proposent ce soin à visée thérapeutique. Dans ce cas, est-ce prioritairement la demande du public qui crée l’offre ou à l’inverse, l’offre qui crée la demande ? Et que dire de la durée de vie d’un objet, d’un geste ou d’une manoeuvre dans la pratique des soignant.e.s et des sages-femmes ? Sont-ils soumis à des réévaluations en termes de légitimité ou de validité ? Se transmettent-ils par oral ou donnent-ils lieu à des descriptions consignées par écrit ? Et, dès lors, de la part de qui et dans quel but ? Provoquent- ils des controverses et des disputes ? Incarnent-ils des enjeux de pouvoir ? Telles sont quelques-unes des questions que le 4e Workshop 2017 de la Société Suisse d’histoire de la santé et des soins infirmiers propose de traiter.

Les chercheur.e.s et professionnel.le.s de la santé intéressé.e.s sont invité.e.s à proposer des communications reliées à la thématique générale. Les propositions, d’une demi-page environ, accompagnées de renseignements sur le.la contributeur.trice et son rattachement institutionnel, doivent être adressées jusqu’au 15 février 2017 à l’adresse électronique suivante : gpg@gpg-hss.ch.

Les frais de voyage seront remboursés et un petit repas à midi est offert. Pour tout renseignement supplémentaire, veuillez vous adresser à veronique.hasler@hesav.ch.

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