mercredi 6 janvier 2016

Histoire des relations de santé

Histoire des relations de santé aux XIXe et XXe siècles

Appel à communications


Colloque organisé par Alexandre Klein (Université d’Ottawa) dans le cadre des activités du réseau Historiens de la santé

11 et 12 mai 2016
84e congrès de l’ACFAS
Université du Québec à Montréal


Depuis sa création en mai 2012, le réseau de recherches Historiens de la santé permet à des chercheur(e)s francophones du monde entier de s’informer, d’échanger, de partager et de régulièrement se réunir autour des problématiques historiques relatives à la santé et à la maladie. Après deux colloques, qui se sont tenus respectivement en 2012 et 2014 lors des 80e et 82e congrès de l’ACFAS, et la publication en 2015 d’un premier ouvrage collectif, le réseau se propose d’organiser une nouvelle rencontre à l’occasion du 84e congrès de l’ACFAS qui aura lieu à l’Université du Québec à Montréal du 9 au 13 mai 2016. Dans la lignée de ses précédentes manifestations, consacrées à l’historiographie de la santé puis à la notion de réseau en histoire de la santé, le réseau a à nouveau choisi une thématique actuelle d’importance et de nature transversale afin de permettre à des historiens de différents horizons et travaillant sur des questions variées de se retrouver pour échanger et dialoguer : les relations de santé. 
Rarement abordée pour elle-même, car difficilement appréhendable par l’historien, la relation soignant-soigné est longtemps restée le point aveugle de l’histoire de la santé, alors même qu’elle en constitue le cœur. Heureusement, depuis quelques années, et sous l’impulsion du renouvellement de l’historiographie médicale, elle fait l’objet d’une attention nouvelle que ce soit directement au moyen de collectifs dédiés (Belmas & Nonnis-Vigilante, 2013 ; Chabot, Hickey & Paquêt, 2012) ou indirectement par le biais de travaux spécifiques comme ceux sur l’histoire des patients (Rieder, 2010 ; Pilloud, 2013). Mettant en évidence l’importance et la richesse de cet objet d’étude central en histoire de la santé, ces différents travaux ont rappelé la nécessité d’en poursuivre et d’en approfondir l’analyse. C’est l’objectif de ce colloque qui entend se pencher sur les différents types de relations autour desquelles se sont organisés les soins de santé au cours des XIXe et XXe siècles.
Loin du fameux et réducteur colloque singulier entre le médecin et son patient, la notion de « relation de santé » entend rendre compte de la pluralité des acteurs engagés dans les questions de santé et de maladie, ainsi que de la diversité des relations qui peuvent les unir. Des interactions au sein d’une équipe de soin au dialogue qui s’instaure entre un malade et ses proches, en passant par les relations entre un patient et son infirmière, son ostéopathe, son représentant religieux ou son pharmacien, les rapports entre médecins généralistes et médecins spécialistes, les liens des professionnels de santé à l’administration ou au gouvernement, le monde de la santé est traversé, modelé et déterminé par un nombre incalculable de relations diverses et complexes. Questionner ces relations permet de témoigner de la diversité du champ de la santé, et ainsi de rappeler la nécessaire pluralité de son histoire.    
En se concentrant sur la période contemporaine, ce colloque entend questionner et éclairer les fondements historiques d’une relation de santé actuelle qui, au-delà de son inhérente diversité, apparaît souvent comme problématique. Il souhaite ainsi combler un certain vide historiographique fondé sur les idées reçues selon lesquelles d’une part, il n’y aurait pour le XIXe siècle, contrairement au Siècle des Lumières, que peu d’archives permettant d’étudier la relation soignant-soigné, et d’autre part, il reviendrait uniquement à la sociologie ou à l’anthropologie d’étudier cette relation, particulièrement à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Les relations de santé contemporaines sont en outre des objets historiques de choix, à la fois répondant aux exigences historiographiques nouvelles de l’histoire globale et interdisciplinaire de la santé et offrant la possibilité d’aborder les principaux champs de recherche qui composent cette dernière. Du développement des différentes professions de soins à l’émergence et à la prolifération des sciences et technologies médicales, en passant par la médicalisation des consciences et des territoires, la normalisation déontologique et légale des cadres du soin, l’affirmation du patient comme acteur et agent de sa santé, ou la transformation des rapports entre santé et société, la question des relations de santé permet d’aborder, de relier et de faire dialoguer l’ensemble des domaines de recherche de l’histoire de la santé. Véritable cœur de l’expérience de la santé et du soin, les relations de santé ne peuvent qu’être le point nodal de leur histoire.  

Ouvert à tous les travaux historiques francophones relatifs aux relations de santé dans leur pluralité, portant sur le XIXe siècle ou le XXe siècle, et ce indépendamment de leurs orientations historiographiques, méthodologiques ou géographiques, ce colloque souhaite néanmoins être une occasion privilégiée de réfléchir aux problématiques suivantes :
-          La pluralité des relations de soin et la diversité du marché de la santé
Loin de se limiter au cabinet du médecin, la relation que les hommes et les femmes entretiennent avec leur santé impliquent des acteurs variés, se déroulent dans des lieux divers et prend donc des formes multiples. De l’auto-santé à la médecine hospitalière en passant par le recours aux médecines alternatives ou complémentaires, la gestion familiale ou communautaire du soin, le suivi par un médecin de famille ou un spécialiste, l’introduction d’une dimension religieuse ou spirituelle dans la démarche de soins, la relation soignant-soigné peut prendre autant de formes qu’elle peut impliquer d’acteurs différents. Qu’en est-il de ces différentes relations ? Peut-on encore parler d’une relation soignant-soigné ? Comment le champ de la santé a-t-il répondu à cette multiplicité au cours de l’époque contemporaine ? 
-          L’émergence de la figure du patient acteur de sa santé
Parmi les transformations médicales et sociopolitiques qui ont marqué l’histoire contemporaine de la santé, l’émergence au cours de la seconde moitié du XXe siècle de la figure d’un patient acteur de sa santé est l’une des plus importantes, mais également des moins étudiées. Au-delà comme en deçà de l’apparition de ceux que les sociologues ont nommés « les nouveaux malades » et de l’apogée d’une revendication marquée par l’épidémie de Sida, l’histoire de la figure du patient contemporain reste presque entièrement à écrire, afin de mieux comprendre les transformations du monde de la santé au XXe siècle, mais surtout de rattraper un important retard historiographique préjudiciable à toute l’histoire de la santé.  
-          Le rôle et l’impact de la réglementation des relations de santé
De la morale médicale à l’affirmation d’un droit à la santé en passant par les grands codes de déontologie médicale et la revendication du droit des malades, l’histoire contemporaine de la santé a vu la relation de soin s’organiser, se normaliser, se légiférer, et se définir de manière inédite. Qu’en est-il de ce phénomène et de son impact sur les relations de santé ? Quels nouveaux acteurs et quelles nouvelles relations ont ainsi vu le jour ? Qu’en est-il de la nature même de la relation de santé quand elle se trouve ainsi décrite, encadrée, voire déterminée ?
-          La place des technologies médicales
L’évolution des sciences et des technologies médicales a été si importante au cours de l’époque contemporaine que la médecine serait entrée dans un paradigme nouveau, celui de la biomédecine. Quel est l’impact de ces changements sur les relations de santé ? Existent-ils des relations proprement biomédicales de santé ? Comment le développement des sciences et des technologies de la santé modifient les relations existantes, bouleversent leur organisation, voire en fait apparaître de nouvelles ?
-          Le cas de la santé mentale
Toujours abordée en parallèle de l’histoire de la santé, la santé mentale s’impose pourtant comme un espace de choix, notamment pour aborder la problématique de la relation de soin. Du traitement moral pinélien à la revendication de soins communautaires suite au processus de désinstitutionnalisation, en passant par le développement de la psychanalyse et des diverses psychothérapies, la question de la relation est cœur de l’histoire contemporaine de la santé mentale.
Enfin, les propositions mettant l’accent sur les échanges ou les comparaisons France-Québec seront particulièrement bienvenues. 

Les chercheur(e)s intéressé(e)s sont invité(e)s à soumettre une proposition contenant :
-          Un résumé en français d’un maximum de 250 mots comprenant une courte mise en contexte du sujet, une problématique claire ainsi qu’une présentation du corpus étudié.
-          Une courte biobibliographie de 100 mots incluant votre nom complet, votre statut universitaire, votre rattachement institutionnel, vos coordonnées, vos champs de recherche ou d’intérêts, ainsi que vos précédents travaux et principales publications, s’il y a lieu.
Avant le 20 février 2016 à aklein@uottawa.ca

Pour plus de détails sur le congrès de l’ACFAS dans lequel ce colloque aura lieu : http://www.acfas.ca/evenements/congres/congres-2016   

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